Guy Delisle, animateur passionné et passionnant, est envoyé par son employeur à Shenzhen pour une période de trois mois afin de superviser les équipes locales qui produisent une série animée pour enfants. Nous sommes en 1997, Hong Kong qui jouxte Shenzhen vient d’être rétrocédée à la Chine, et l’ensemble du pays subit peu à peu les changements venus du monde occidental.
Pour le narrateur, il s’agit néanmoins d’un choc culturel. À l’époque, il n’y a presqu’aucun étranger à Shenzhen, et la plupart des gens ne parlent pas anglais (et encore moins français, Guy étant québécois). Difficile donc de faire des rencontres ou même de commander à manger. Le récit pourrait sombrer dans une routine désarmante (chambre d’hôtel, boulot, diner, chambre d’hôtel) s’il n’était pas prétexte à de nombreuses anecdotes.
Employés qui dorment sur leur bureau, Chinois obsédés par l’argent et Chinoises obsédées par la blancheur de leur peau, plats improbables et utilisation du vélo en milieu hostile, tout y passe, souvent avec humour, même si on peut sentir quelques pointes d’amertume en filigrane.
La vie à Shenzhen contraste violemment avec celle de Hong Kong ; c’est ce qu’on découvre avec le narrateur alors qu’il décide d’y passer un week-end. Le clivage est sensible, et le retour à Shenzhen douloureux…
En refermant le livre, on a du mal à croire que l’auteur n’y est resté que trois mois, tant le temps défile lentement et les détails de son récit sont nombreux.
Shenzhen est le premier tome des récits de voyage de Guy Delisle, suivi par Pyongyang et Chroniques birmanes. La Chine évoluant à vitesse grand V, le Shenzhen dépeint par Guy Delisle fait partie du passé, et à ce titre ce roman graphique est presque un document historique qu’il convient de lire comme tel.
- Shenzhen
- 2000
- L'Association
- http://www.guydelisle.com/


