Sasori
Sasori (2008) ©Art Port

Emprisonnée pour des meurtres qu’elle a été forcée de commettre, Nami Matsushima va devoir survivre aux mauvais traitements de ses geôliers et des autres détenues, avant de pouvoir assouvir une vengeance longtemps mûrie. Elle devient alors la redoutable femme scorpion.

S’il est un remake dont la sortie laissait plus à craindre qu’à espérer, c’était bien celui de la Femme Scorpion qui consacra la légendaire Kaji Meiko. Signée Joe Ma Waï-Ho[1], cette énième adaptation du manga de Shinohara Tōru se présente de fait comme une production faussement estampillée HK[2] où les intervenants japonais se voient doublés en cantonnais. Mieux oublier tout de suite les merveilles passées de la saga initiale dirigée par Itō Shunya[3]. L’objet pulvérise en effet les pires cauchemars de tout cinéphile qui se respecte, de quoi se perdre en multiples conjectures quant au bien-fondé d’une telle entreprise.

La première partie s’apparente au film de prison de femmes[4], avec son quota respecté de baston plutôt goreentre filles de préférence déshabillées, le tout dans un décor carcéral idéalement cradingue. Notre héroïne va s’en prendre quelques unes avant de devenir à son tour une machine à tuer fort efficace. Un pitch simplissime que le réalisateur parvient pourtant à rendre confus. Ainsi les motivations des méchants resteront à jamais obscures, tandis que la transformation de Nami en une bête de combat tient du pur artifice, comme celle de son ex-fiancé, le ténébreux Hei Tai. La violence va se déchaîner, l’hémoglobine couler à flots, mais les séquences s’enchaînent sans véritable lien, les gesticulations des prisonnières ne reposant sur aucun véritable fondement narratif. D’autant que ces cruelles amazones pâlissent en regard des plus illustres de leurs devancières à l’élégance canaille. L’amateur pervers de catfight ne verra même pas son quota d’exploitation malsaine respectée ; en plus d’être platement mis en scènes et de bénéficier de surprenantes chorégraphies câblées qui les décrédibilisent d’entrée, ces crêpages de chignon dans la boue ou dans les douches ne recèlent pas la plus petite parcelle d’érotisme. Un comble dans la mesure où le casting fait appel à Natsume Nana, une habituée du circuit AV nippon[5] dans le rôle de la féroce Dieyou. Si l’on ajoute à tout cela une romance digne de la collection Harlequin, on se retrouve avec un cocktail qui flirte dangereusement avec l’indigeste.

C’est alors que notre héroïne, laissée pour morte par ses bourreaux, va être récupérée par un collecteur de corps, à l’occasion maître de kung-fu[6]. On a compris que la seconde moitié de l’histoire peut démarrer, délaissant l’ultraviolence pour une sorte de manga live [7] pompant allègrement le Kill Bill de Tarantino, juste retour des choses dirons certains. Nami va alors dégommer quiconque croise son chemin, armée d’un sabre gentiment prêté par Uma Thurman, avant de plonger sur ses ennemis montés eux-aussi sur ressorts, nouveau miracle des câbles. Cette fois, le ridicule tue ! Le final n’apportera guère d’éclaircies sur les ellipses d’un scénario sans queue ni tête, multipliant les effets d’annonce avant de les oublier en cours de route. Mais personne ne regrettera que le film soit enfin terminé.

Clip promotionnel gonflé au format d’un long-métrage inconsistant, Sasori s’avère finalement un pitoyable spectacle, une tentative bâclée capitalisant sur un mythe cinématographique qui n’en avait de toutes façons nul besoin. Ne pouvant rivaliser avec la silhouette inoubliable de la vengeresse des seventies toute de noir vêtue et coiffée de son grand chapeau, Mizuno Miki n’est jamais le personnage en dépit de louables efforts. L’esthétique cheap et 100% toc des costumes et des décors sont en effet à fuir. Le pire tient cependant dans cette prétention nettement affichée, dans l’absence totale d’humour prévalant sur tout. Un peu comme si Joe Ma Waï-Ho et sa petite équipe de bras cassés étaient fiers de nous proposer une daube pareille. Qu’ils continuent de rêver : ils resteront bien les seuls.


  1. un simple tâcheron du cinéma commercial hongkongais qui a notamment travaillé avec Stephen Chow []
  2. il s’agit en réalité d’une coproduction entre Hong-Kong et Japon []
  3. le réalisateur des trois premiers épisodes de la série []
  4. un sous-genre du cinéma d’exploitation []
  5. pour Adult Video, le cinéma X japonais []
  6. un cameo du comédien Simon Yam Tat-Wah assez réjouissant vu le désastre de l’ensemble []
  7. ce qui dans l’idée n’avait rien de choquant vu le support originel []
2 mai 2010 Aucun commentaire
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  • 蠍子
  • Hong-Kong/Japon 2008.
  • Art Port/Same Way Productions Limited.
  • Avec Mizuno Miki, Dylan Kuo, Emme Wong, Natsume Nana…