Sad Movie | Kwon Jong-Gwan
Une jeune présentatrice de la télévision tremble pour son futur fiancé, pompier professionnel. Sa soeur qui travaille dans un parc d’attraction cachée sous son costume d’héroïne de dessin animé, tombe sous le charme d’un peintre des rues maladroit. Une mère gravement malade tente une réconciliation délicate avec son petit garçon. Un jeune homme essaye de reconquérir son amour perdu en trouvant du travail...
La romance coréenne, c’est un genre à part entière qui a suivi le développement exponentiel du cinéma de la péninsule depuis le milieu des années 90. Une institution rentable et déclinée à toutes les sauces. Du pur drame à la comédie romantique humoristique, l’éventail reste large, une grande réussite comme My Sassy Girl prenant des éléments sérieux pour les inclure dans un schéma de comédie déjantée.
Des classiques de maîtres reconnus tels Hur Jin-Ho (April Snow, Christmas In August) aux films emblématiques comme Failan, la liste est longue, toute une cohorte de productions moins glorieuses venant l’enrichir régulièrement. Tentatives pour décrocher le jackpot en se basant souvent sur une seule idée, un gimmick de départ, voire sur un acteur (ou actrice) à la mode, bref la répétition d’une recette éprouvée, en moins bien.
Sad Movie chasse sur des terres plus ambitieuses au vu de sa distribution cinq étoiles et du choix d’une multitude d’intrigues très vaguement liées il est vrai.
La caméra ne se prive pas pour mettre en valeur sa troupe de comédiens, argument promotionnel de premier choix, la photographie alternant tons vifs et chaleureux finit de donner un aspect lissé à l’ensemble, Sad Movie est déjà un film « propre ». Reste le scénario : à ce niveau, Kwon et son acolyte Hwang Seong-Gu n’ont pas fait dans la dentelle. Vous êtes venus pleurer ? Vous allez être servis ! Ainsi le couple du courageux pompier et sa copine remporte-t-il la palme du lacrymal jusqu’à l’écoeurement, dans un final aux limites de l’improbable et du grotesque, pendant que la partie consacrée à la mère cancéreuse abandonne toute pudeur. Encore une scène too much supposée déclencher un torrent de larmes à l’instar de la pluie battante qui inonde l’écran, image de la frêle silhouette du garçonnet hurlant sa douleur sous des trombes d’eau pour alourdir un peu plus le cliché et le pathos. Pourtant, ces deux segments commençaient plutôt bien, comédie douce-amère d’un quotidien somme toute banal, le choix du glissement brutal vers le drame n’étant pas en cause, seuls les moyens employés laissent perplexes.
Au petit jeu des comparaisons, les deux autres histoires seront autant de bol d’air bienvenus. Entre la rencontre de l’animatrice du parc avec le grand dadais sympathique et le drôle de travail du type interprété par Cha Tae-Hyeon, l’intrigue est plus crédible, son évolution plus logique, vers un vague à l’âme plus convaincant que la grandiloquence démonstrative lourdingue. Les personnages paraissent mieux cernés, attachants, plus vrais.
Visiblement , les couches sociales plus modestes représentés par ce quatuor ont plus inspiré les deux scénaristes que la catégorie plus aisée décrite de manière stéréotypée dans les autres chapitres.
Au palmarès du meilleur rôle, c’est Cha Tae-Hyeon qui l’emporte : après My Sassy Girl ou Lover’s Concerto, il est décidément impeccable, tandis que Shin Mina (la beauté à l’origine de tous les malheurs du héros de A Bittersweet Life) et Lee Ki-Woo (le jeune suicidaire paumé de Conte De Cinéma) traduisent bien les émotions de leurs personnages, sans conteste mieux gâtés que leurs partenaires. De ce film extrêmement bancal qui alterne le pire et le meilleur, on s’apercevra rapidement que le meilleur lien entre chaque séquence reste sa musique omniprésente, irréprochable quant à elle du début à la fin. Trois thèmes jumeaux proprement imparables se déclinent à l’envie entre instrumentaux et voix susurrantes sur coeurs alanguis, quelques ballades complétant joliment le tableau.
Entre les étranges vocalises de Julee Cruise pour Angelo Badalamenti et son légendaire score pour Twin Peaks, la fraîcheur inaltérable du Butch Cassidy & The Sundance Kid signé Burt Bacharach, et l’élégance des compositions des maîtres français comme Francis Lai, Georges Delerue ou François De Roubaix, la B.O. de Sad Movie déroule ses références avec une classe folle, tout en sonnant toujours profondément coréen. Alors, la folle course de Cha Tae-Hyeon, messager porteur de (mauvaises) nouvelles à des destinataires hasardeux, devient par la magie de la douce mélopée qui l’accompagne un moment de grâce aérien, à se demander si ce ne sont pas les images qui sont venus se greffer sur la musique et non le contraire ! Sad Movie devient soudain un énorme clip à la gloire des acteurs du cru, une autre façon de l’apprécier pour les réfractaires à ce mélo souvent excessif... On ne saura trop conseiller au lecteur de se procurer le double CD, par ailleurs parfaitement réécoutable à l’infini en dehors de tout support cinématographique. De quoi grandement embellir une oeuvre par trop inégale, mais aussi attiser bien des regrets d’être passé à côté d’un grand film tout court.
, le 27 novembre 2007
