Regrets D’Hiver | Romain Slocombe
Épilogue de la tétralogie La Crucifixion En Jaune initiée en août 2000, Regrets D’Hiver conte la fin des aventures du photographe spécialiste du fétichisme, Gilbert Woodbrooke toujours aussi obsédé, maladroit et hypochondriaque.
Les combines auxquelles il est mêlé finissent toujours par le dépasser, occasions de se confronter encore aux démons du sinistre passé du Japon durant la dernière guerre, pendant qu’une cohorte de nippones peu farouches s’escrime à encourager une libido volontiers galopante. Situé dans le froid du Hokkaidō, ce dernier volume voit le pauvre Gilbert errer dans les solitudes glacées, choix judicieux correspondant au changement notable d’ambiance pour ce roman où l’anglais trop inconséquent va payer pour toutes les bévues accumulées au cours des précédents épisodes. On est loin d’Un Été Japonais, présentant sous un jour amusé les pérégrinations sentimentalo-sexuelles de ce drôle de photographe. Malgré un humour encore présent, centré sur une autodérision permanente confinant au masochisme, c’est bien l’amertume qui prédomine, baignant une intrigue au tour de plus en plus dramatique jusqu’au final en forme de châtiment sans appel.
Intéressante évolution d’une saga qui revendique ses emprunts aux grands textes de la littérature japonaise. Après Brume De Printemps et sa référence au Parasites de Murakami Ryū, ou La Mer Et Le Poison de Endō Shūsaku, à propos des expérimentations criminelles des officiers japonais pour Averse D’Automne, c’est le classique de Takami Jun, Haut Le Coeur, d’être cité ici. N’oublions pas la figure de Mishima, obsession notoire du romancier.
Rythmé, dynamique, Regrets D’Hiver est le meilleur livre de la série, tant par l’intéressante mise en abîme de la propre vision créatrice de l’auteur, que par une intrigue échevelée où se débattent des personnages toujours aussi agités du bocal.
, le septembre 2006
