Omoide Poro Poro
Omoide poro poro

Okajima Taeko, employée célibataire vivant à Tokyo, profite de quelques jours de vacances pour se ressourcer à Yamagata, village rural où vivent des proches. Elle participe joyeusement à la cueillette des benibana, fleurs de safran servant de colorant naturel pour les vêtements. Tout en se remémorant les moments de ses onze ans, elle rencontre Toshio, un jeune paysan. Pour cette célibataire bientôt trentenaire, ce sera l’occasion d’une remise en question.

Excellente initiative de la collection Studio Ghibli que de proposer, en même temps que la sortie du DVD des décevants Contes de Terremer ((Miyazaki Gorô, 2006)) celle d’un inédit en salles dont le titre original a été conservé. Une façon de préciser une fois pour toutes le caractère profondément japonais de cette production. C’est d’ailleurs cet aspect qui a peut-être toujours rebuté les diffuseurs nationaux, alors que le film connaissait un joli succès dans l’archipel.

Une véritable chance lui est donc offerte cette fois. Avec Omoide Poro Poro [1], le co-fondateur des studios Ghibli, célébré depuis sa magistrale adaptation en 1989 du roman de Le Tombeau Des Lucioles continue d’étudier la cellule familiale nippone. Après la fillette débrouillarde des faubourgs de Osaka, Kié La Petite Peste (1981), ou plus tard la communauté des ratons-laveurs de Pompoko (1994) et les douces agitations de Mes Voisins Les Yamada (1999), Takahata observe ici, via le prisme du souvenir, le quotidien d’une famille ordinaire s’adaptant tant bien que mal aux mutations des années 60, tout en décrivant la vie rurale débarrassée de tout cliché[2]. C’est aussi et surtout un subtil portrait de jeune femme en proie au doute sur ses aspirations futures. Tout en se fondant à son nouvel environnement campagnard, Taeko se replonge naturellement dans l’époque déjà lointaine de ses onze ans, l’âge du CM2, l’âge des grandes questions. Les multiples facettes de son attachante personnalité se dévoilent à l’occasion de incessants allers et retours entre présent et passé : celle-ci, à la force des expériences vécues, souriantes ou plus amères, pourra faire face à son avenir avec plus de discernement.

Car la remémoration, si elle conserve une grande part de nostalgie, reste bienveillante et source de nouveaux possibles. Entre les séquences quasi-pastorales de célébration de la nature et les anecdotes souvent pince-sans-rire du temps de l’enfance, on pourra toujours reprocher la lenteur d’une intrigue qui n’en est même pas une. Bref, pour qui souhaiterait un semblant de mouvement, c’est vrai qu’il ne passe pas grand chose. Pourtant, le charme opère dès les premières images pour ne plus nous lâcher, comme si la banalité d’une existence, lorsqu’elle est décrite avec une telle justesse de ton et une pudeur de tous les instants, en devenait passionnante, si ce n’est émouvante. Il faut dire que les personnages ont une vraie épaisseur, les situations la qualité du vécu, entre petits drames et grands sourires. Ainsi parmi d’autres séquences amusantes, la première dégustation d’un ananas frais par la famille Okajima réunie autour de cet étrange fruit acidulé. Un petit rien, mais un instant resté mémorable pour Taeko, l’occasion, outre les délicieuses grimaces de la benjamine des filles, de s’attarder sur le cercle familial. Une mère compréhensive, un père quasi-silencieux et distant vis à vis des douces querelles internes, la soeur aînée Nanako, fan des Beatles et des minijupes, la cadette Yaeko, fan enamourée d’une actrice de la légendaire troupe exclusivement féminine Takarazaka. Autant de réminiscences affluant dans la vie actuelle de Taeko, étayage nécessaire pour une femme à la croisée des chemins, se découvrant bien vite un sentiment amoureux pour le sympathique Toshio.

La constante sensibilité déployée jusqu’au final attendu saura contourner les écueils d’un romantisme facile, manière de clore en beauté une histoire dépassant largement le cadre étroit de la seule animation. Peut-être parce que celle-ci, discrète, au service du scénario, reste d’une perfection constante du début à la fin, déployant au moment voulu des plans à tomber. On retiendra par exemple la flamboyance estivale des champs gorgés de lumière, magnificence que seule peut lui contester la vision nocturne d’une petite automobile traversant des étendues solitaires mouillées de pluie, écrins sublimes à l’éveil sentimental des deux héros principaux. En opposition, les flash-back baignent dans des tonalités pastel, images presque en pointillé mais au pouvoir d’évocation certain et à la grâce intacte.

Collaborateur fidèle de Takahata, le regretté Kondo Yoshifumi est cette fois character designer du projet[3]. On pourrait en fait presque parler de trilogie sentimentale officieuse pour le studio Ghibli si on ajoute aux deux déjà cités le joli Umi Ga Kikoeru ((On Peut Entendre La Mer de Mochizuki Tomomi, 1993)). Voyage dans le Japon des rizières autant qu’au pays des souvenirs, Omoide Poro Poro n’a qu’un message à délivrer s’il en fallait un : le bonheur est souvent bien plus près de nous qu’on ne le pense. Quant à celui, plus immédiat, du spectateur, il ne s’effacera pas de sitôt.


  1. Souvenirs Goutte A Goutte []
  2. le film est d’ailleurs adapté du manga éponyme de Okamoto Hotaru & Tone Yûke []
  3. avant de passer lui-même à la réalisation en 1995 avec une oeuvre à la parenté incontestable : Mimi O Sumaseba (Si Tu Tends L’Oreille) []
27 novembre 2007 Aucun commentaire
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  • おもひでぽろぽろ
  • 1991
  • Disney/Buena Vista (2007)
  • www.buta-connection.net