OUT | Kirino Natsuo
Après le magnifique Disparitions, voici enfin un nouveau roman de Kirino Natsuo traduit en français. Focalisé sur un quatuor de femmes délaissées tant par leurs maris que par la société, OUT est d’abord un polar terrifiant, qui déborde largement du genre pour offrir une vision aiguisée de la place des femmes dans le Japon actuel, loin des clichés de l’épouse serviable et élégante.
L’intrigue, à couper le souffle, pousse très loin le bouchon de l’horreur viscérale, pouvant facilement générer malaise auprès de certains lecteurs. Proche de ses héroïnes, Kirino nous dévoile le Japon « d’en bas », où la xénophobie est récurrente (ici contre les ouvriers brésiliens), les magouilles yakuzas bien implantées, la lâcheté masculine peu discrète, et où la volonté pathétique de quatre femmes pour sortir de la galère peut virer à l’obsession criminelle et morbide. Les descriptions sont alors d’une cruelle lucidité, mais n’excluent jamais une forte empathie pour ce monde délétère.
Le roman évolue rapidement vers le portrait croisé d’un homme et d’une des femmes, personnages à la fois contraires et semblables, aux pensées glaçantes, qui finiront par se rencontrer en un surprenant final, épilogue placé sous le signe d’Éros et Thanatos. Digne héritière du légendaire Matsumoto Seichō pour sa vision sociale omniprésente, Kirino Natsuo nous offre là une remarquable étude des comportements humains face à une terrassante adversité socio-économique autant que morale. Quand le meurtre devient la seule échappatoire à une destinée tournant au désastre, vécu comme catharsis des frustrations latentes, exacerbation plus que radicale de personnalités broyées par un système de plus en plus étouffant.
Chronique publiée dans SHINE#2
, le 1er septembre 2006
