Mỹ Tâm | Le phở n’est pas la seule soupe vietnamienne
Le vietnamien est une langue musicale, et ses six tons ne feront que le confirmer. My Tam et sa voix grave enchanteront dès lors les amateurs de mélodies kitsch et mélancolique.
La variété existe partout, et le Vietnam et le reste l’Asie, bien qu’inondée d’un flux permanent de J-pop et de C-Pop, possède bien entendu leurs artistes. La soupe est monnaie courante dans chaque pays, puisque s’il y a bien une chose qui ne change pas au delà du nom des artistes c’est ce hobbie typiquement asiatique : le karaoké. My Tam est l’une de ces chanteuses dont les titres sont ré-interprétés des milliers de fois par le commun des mortels.
Née en 1981, elle n’a pas débarqué dans la musique du jour au lendemain contrairement à beaucoup de ses compatriotes starlettes, ancienne étudiante au conservatoire d’Ho Chi Minh elle est loin d’être une idol d’élevage. Elle s’investit d’ailleurs de plus en plus dans son art, puisqu’elle tente de composer et d’écrire des chansons. Son style reste très carré et prévisible : la ballade lascive. Aussi bien dans son premier album Mãi Yêu (soit Love Forever, dont la chanson éponyme est un énorme tube) que dans le troisième, Yesterday & Now qui est composé à 95% de slows, seul Mua He Thuong Yeu changera l’ambiance musicale pendant ses 3 minutes de pop légère et sucrée tout comme la reprise du tube mondial Ketchup Song en vietnamien ; si l’écrire semble surréaliste l’entendre encore plus.
Rien de violent, rien d’hardcore, l’œuvre de My Tam et de son compositeur principal est décidément calibrée pour les soirées karaoké familiales. Đâu Chỉ Riêng Em (ou Not Only Me), deuxième album de la jolie vietnamienne est légèrement différent puisqu’en plus d’une incursion dans la dance music basique avec une reprise du grand prix de l’Eurovision de 1965, Poupée De Cire, Poupée De Son – soit Bup Be Khong Tinh Yeu en vietnamien dans le texte, titre à écouter au moins une fois dans sa vie –.
Cet opus est en effet est parsemé de reprises à faire trépigner d’envie Béatrice Ardisson et qui occuperont sans nul doute vos soirées blind test.
Couvertes de prix divers et variés récompensant son style et sa popularité tout autant que sa musique, My Tam est l’une des chanteuses pop les plus appréciée au Vietnam. Elle fit voler en éclat les records de vente de disques en 2003 avec Yesterday and Now (Ngày Ấy Và Bây Giờ) et mit d’accord public et critiques. Le sirupeux Wish (Ước gì) tiré de ce troisième opus est d’ailleurs resté dans toutes les mémoires comme en leur temps My Heart Will Go On à travers le monde ou First Love chez les nippons.
Une des nombreuses performances télévisées de Wish.
Après une série de concerts à la hauteur de ses ventes de disque [1], la « princesse de la V-pop » mis un frein à sa boulimie de reprises hasardeuses et repris sérieusement composition et production de titres. En découla The Color Of My Life (Hoàng Hôn Thức Giấc), album sucré dans la lignée du précédent.
Spoliée de Victoire de la Musique locale de la Meilleure artiste féminine [2] la jeune femme reste là numéro un de son pays.
Fly, marqua un changement drastique de style influencé sans nul doute par la production coréenne. La K-pop est tout comme le reste de ces semi-acronymes sensés définir un genre musical qui recouvre en gros ce que nous appellerions dans nos contrées de la varietoche bas de gamme [3]. Se démarquant linguistiquement les uns des autres et contenant une palette variées de sous-genre allant de la bluette pour adolescente en pamoison au hip hop pour adolescent dans le coup, en passant par le rock pour adolescent rebelle. Si la production asiatique a en commun cette passion immodérée pour les morceaux hyperglycémiques les différences se font sentir, le Japon a exploré les sons électroniques, la Chine aime les instruments traditionnels et la Corée de son côté a embrassé à pleine bouche les sons made in USA du hip-hop et du R&B. L’influence se fait donc fortement ressentir dans ce cinquième album. Changement d’image, cours de danse, et de chants on fait de My Tam une chanteuse un peu moins « La Chance Aux Chansons » sans pour autant en arriver aux putasseries de Kōda Kumi ou Lee Hyori.
My Tam ne lâchera plus la péninsule coréenne, et après un maxi en hangul elle réunira la même équipe pour l’enregistrement de The Return (Vút Bay), son sixième opus. Et quel retour en arrière puisqu’exeus le R&B de supermarché : revoilà au galop les ballades lascives et doucereuses. Les fanas de Yesterday & Now et les puristes de variété vietnamienne apprécierons.
Vendue au grand capital telle la grande majorité de ses consoeurs asiatiques My Tam a profité de son physique agréable et de sa notoriété pour monnayer son image. Égérie de plusieurs marques, elle a comme beaucoup de stars mégalos « crée » son parfum, My Time, dont le nom s’insère dans l’éminément commercial projet musical The Time and Me. Entreprise concrétisé par la sortie de son sixième album en 2008 et plus tard la création de son label MT Production. A quand donc la ligne de strings Princesse My Tam Tam ?
Article original publié dans SHINE#3 - réactualisé pour Shinezine
, le 25 juin 2008
Discographie
- 2001 – Love Forever
- 2002 – Not Only Me
- 2003 – Yesterday & Now
- 2005 - The Color of My Life
- 2006 - Fly
- 2008 - The Return
