My Little Lover
My Little Lover - DR

À l’occasion du tout nouvel album de My Little Lover, Fantasy, sorti dans les bacs le 21 janvier 2004, après plus de deux ans et demi d’absence, revenons un peu sur la carrière d’un groupe d’exception dans toute la J-Pop et peut-être même du monde entier, de part la qualité de sa musique et la voix incroyable de sa chanteuse.

My Little Lover est issu de cette vague d’artistes japonais du milieu des années 90, comme SPEED, Globe, Amuro Namie, Kiroro etc. L’économie mondiale était au beau fixe à cette époque et la confiance également, les maisons de disques n’hésitaient donc pas à lancer des tonnes de chanteurs et autres groupes, faisant même de la surenchère pour avoir le monopole et à prendre des risques. La crise étant revenue, et la sinistrose avec dans tous les secteurs de l’économie mondiale, cette période faste est désormais révolue et les mêmes maisons de disques, étant en plus dans un trip de profit maximal, libéralisme sauvage oblige, ne se contentent plus que de sortir des clones de ce qui marche déjà ou d’exploiter jusqu’à la corde les vedettes confirmées.

Evergreen (My Little Lover)My Little Lover débarque presque par hasard en 1995. Au départ, c’était un juste duo que l’on apercevait à la télévision. La chanteuse, longiligne et un peu gauche quand il s’agissait de danser (trop de jambes), s’appelle Akko, diminutif de Akiko (Akamatsu est son nom). Le guitariste derrière, c’est Fujii Kenji. Juste un duo ? Que nenni ! une éminence grise est derrière ces deux jeunes gens : Kobayashi Takeshi. Né en 1959, il a une longue et solide carrière de producteur derrière lui, entre autre avec Mr. Children, groupe également phare à la même période. Il rencontrera d’ailleurs Akko, de 15 ans sa cadette, comme ça puisqu’elle était choriste de ce groupe en 1994. Kobayashi Takeshi fait tout ou presque. Auteur, compositeur, multi-instrumentistes (guitare, basse, clavier), arrangeur et producteur. La totale ! Fujii Kenji n’est pas en reste non plus puisqu’il compose également quelques musiques pour le groupe. Il arrive que Akko écrive certains textes également. Le groupe se suffit à lui-même. Après quelques titres, Takeshi décidera de sortir de l’ombre pour inclure My Little Lover définitivement et former le trio que l’on sait.

Leur premier album, sorti fin décembre 1995 et baptisé Evergreen, est un véritable chef-d’œuvre de pop. Malgré son âge il n’en reste pas moins l’album de la consécration pour le groupe car rempli de tubes. C’est avec ces dix premières chansons que l’influence musicale des années 60/70 se fait le plus sentir. L’intro de Free parle d’elle-même : les cordes, la basse et surtout la petite mélodie au Clavinova rappellent tout de suite les premiers simples des Jackson Five. Et que dire de My Painting, tout droit venu de Sonny & Cher ? Quasiment tous les titres sont parfaits, les musiques rappellent beaucoup les années 60 dans ce qu’il y a de mieux et la voix de Akko, bien que débutante à l’époque, renverse l’auditeur par sa pureté. Nous tenons là une des clés du succès du trio car la voix de Akko est exceptionnelle en elle-même, aussi bien en studio qu’en live, c’est à souligner. Les singles Man & Woman ou Hello Again – Mukashi Kara Aru Basho - sont les titres les plus connus du groupe au Japon. Ce dernier fut d’ailleurs la sixième meilleure vente de single dans tout le Japon pour l’année 1995.

Presents, sorti le 4 mars 98, est dans la continuité d’Evergreen. Ceux qui ont adoré ce premier album ne seront pas dépaysés. Beaucoup de pop et de mélodies enchanteresses. Il est évident que les chansons proposées là ont été écrites en même temps que les premières mais qu’Evergreen ne pouvait pas toutes les contenir. Elles furent mises de côté pour servir plus tard. L’album reprend également un grand nombre de singles sortis entre temps, comme par exemple l’incroyableShuffle ou Yes – Free Flower. Le packaging de ce second Cd prend tout le monde à revers puisqu’il est entièrement blanc. Mis à part le nom du groupe, le titre de l’album et les références, extérieurement, de photos, point. Juste un tout petit bout d’Akko au dos. L’intérieur se rattrape avec tout un tas de photos du groupe. Après celui des Beatles, un autre album blanc, ou presque, indispensable !

New Adventure arrive la même année, en 1998. Ici, le groupe se renouvelle un peu. My Little Lover n’est pas en panne d’inspiration mais cet album est celui de la transition. Le trio change un peu de style et abandonne les années 60 pour revenir à un peu de modernité. New Adventure aborde un nouveau cap sans pour autant trahir ou choquer l’auditeur qui a aimé les deux précédents albums. Stardust fait beaucoup penser au Sweet Bitter Symphony du groupe The Verve par sa mélodie toute en cordes frottées. On retrouve enfin la chanson Alice, qui nous avait déjà entêtés en 96, ainsi que le très rock Animal Life. Au chapitre des découvertes, Days ou Fallin’Blue font figure de trésors cachés et auraient pu sortir en simples. A noter que la chanson Destiny fût le générique d’un drama nommé With Love.

My Little Lover - DR

The Waters, sorti fin 1998, fait suite à New AdventureThe Waters est une sorte d’album-concept plutôt bizarre et pas vraiment réussi. Est-il mauvais ? Non, le mot ne serait pas juste. Disons qu’il contient trop de remplissage et que c’est un peu désagréable. Les premières plages sont occupées par des chansons inédites, mise à part une face B et deux nouvelles versions de Stardust qui n’apportent pas grand-chose de neuf puisque très semblables à l’originale. Tokyo Tower est une chanson musclée, mêlant la techno à des riffs de guitare. Rendez-Vous ou Lonely Heart sonnent comme les premières compositions d’Evergreen et la voix d’Akko a encore gagné en maturité. Après ça, Kobayashi Takeshi s’est amusé à rajouter de très courtes plages et à y cacher un instrumental techno de plus de quatorze minutes appelé Sign Of Thursday qui servira d’ouverture pour la seule et unique K7 vidéo en concert du groupe. Une démarche donc assez particulière pour ce quatrième album, pas mauvais certes, mais pas génial non plus. Bah ! Nous aurions tort tout de même de nous plaindre car, à bien regarder, My Little Lover nous ont sortis trois album en une seule année, dont deux magnifiques.

Le temps passe et My Little commence à traîner des pieds à sortir de nouveaux singles ou d’albums. Entre temps, les membres prennent le temps de vivre. Akko épouse Kobayashi Takeshi et lui donnera deux enfants dans la foulée. Le couple déménage également à New York. Kenji continue de son côté des collaborations musicales. En 2001, enfin de la viande fraîche ! Un single sort, Shooting Star, dans la continuité du groupe, suivi d’un album, Topics. L’album décevra légèrement. My Little Lover ne s‘est pas trop cassé la tête ici. Le trio s’essaye à de nouveaux styles, quelques virages bizarres musicaux mais ce n’est guère réussi. Même Akko ne semble pas en forme vocalement parlant, couinant très souvent. Disons simplement que pour les grands fans de My Little Lover, ce Topics fût une petite joie. Ils furent contents de voir que leur groupe fétiche était toujours des leurs même si, au fond d’eux-mêmes, la déception fut quand même de mise. Peut-être en demandent-ils un peu trop ?

Entre l’album Topics et le nouveau Fantasy, plus de deux ans et demi se sont écoulées. Pour faire patienter les fans, qui eux vieillissent à vitesse grand V, une première compilation de singles, sort fin 2001 ; elle permet de se rappeler de bons moments passés mais aussi, pourquoi pas, de faire découvrir l’œuvre du trio aux profanes. Puis un album unplugged des meilleurs titres du groupe un an plus tard à la même période, fin 2002 : Organic. Une seconde compilation donc, il n’y a que la forme qui change, même si le disque a le mérite de montrer le groupe sous un autre aspect, un aspect plus humain et plus chaleureux et aussi de reprendre autre chose que leurs plus fameux titres. Sympathique donc mais un peu réchauffé tout ça. Les deux compilations contiennent, bien évidemment, chacune leur inévitable inédit mais plus dignes d’une face B qu’autre chose.

Pourtant, les fans avaient cru au retour d’un nouvel album à la même période puisque qu’un single inédit, Survival, était sorti en septembre 2002. Chanson terrible pour l’auditeur et amateur du groupe puisque qu’elle renferme tout le style et la touche de My Little Lover. Un single phare qui, pourtant, passa assez inaperçu. D’ailleurs, My Little Lover passe toujours inaperçu ! Que ce soit dans les émissions télé ou dans les magazines, le groupe est rare. My Little Lover n’attire pas les masses médias. Seules les sorties de leurs disques font qu’on leur accorde une page ou deux. Et quand ils sont invités sur les plateaux, c’est souvent Akko qui s’y colle. Seule ! Fujii Kenji et surtout Kobayashi Takeshi préfèrent de loin les ambiances solitaires et feutrées des studios. On pense de suite à Igarashi Mitsuru, la tête pensante de Every Little Thing qui, comme Kobayashi Takeshi, sécha bien vite les interviews et autres mondanités pour se consacrer au travail en studio. D’ailleurs, il suffit simplement de voir la tronche que tire Kobayashi dans les clips ou les quelques photos des magazines pour comprendre que tout ça le gonfle et qu’il n’a qu’une hâte, c’est de retourner à sa console de mixage ou son échantillonneur…

La quasi totalité de l’année 2003 passa sans le moindre signe de vie du groupe, à part à la fin décembre, période propice aux miracles. Les fans avaient été prévenus par le site officiel un mois à l’avance. Le 21 janvier 2004 sortira le nouvel album du groupe ! A force d’attendre (dans ce genre de loisirs, on passe notre vie à attendre finalement…), on vieillit mais ce genre de nouvelle redonne de la souplesse à l’épiderme.

My Little Lover - DR

Alors, quoi de neuf avec ce Fantasy ? Et bien tout d’abord, le trio est devenu duo. Fujii Kenji a quitté le groupe durant l’été 2003. Ne reste plus que le mari et sa compagne. Trois n’a jamais été un bon chiffre sauf pour les vaudevilles. Là, c’est Kenji qui se retrouve dans le placard… Des rumeurs évoquent des tensions dans le groupe. Kobayashi Takeshi, désormais seul maître à bord du paquebot, largue le côté organique et électrique que pouvait apporter Fujii pour de nombreuses nappes de synthétiseurs, des samples et autres ambiances. Fantasy n’a pas le son des autres albums de My Little Lover. Kobayashi s’est laissé tenté par la mode du faux analogique et de l’électronique minimaliste actuel. Tout cela est très bien présenté et maîtrisé. En producteur expérimenté, il doit probablement savoir « jouer » de la console aussi bien que de sa basse. Les effets dereverse et autres ralentissement de BPM sont très nombreux. Kobayashi désire avant tout créer des climats pour l’auditeur, des sortes de mondes musicaux virtuels. En dix titres, My Little Lover nous livre un album ne comportant, pour l’instant, aucun single. Pas une chanson n’en a été extraite depuis. Démarche assez unique dans la Jpop puisque les albums servent souvent de refuge aux précédents singles, avec quelques inédits dedans histoire de combler. Vite sorti, vite oublier. On passe à autre chose une fois qu’il est vendu. Pas ici.Fantasy est juste un album de dix chansons inédites pour My Little Lover.

Point final. Akko a toujours ce grain magique dans sa voix qui fait d’elle probablement l’une des meilleures vocaliste de tout le Japon. Avec le titre Melody, on atteint au sublime. La voix de Akko, électroniquement trafiquée, associée à la mélodie très dépouillée de la chanson, offre là une véritable démonstration de ce que peut être de la vraie grande musique japonaise. On notera également dans le lot des très bonnes surprises : Period ou Satellite, chanson qui nous fait traîner en longueur pour une fin magnifique et digne d’un space opéra analogique. On retrouve le My Little Lover d’avant avec les titres FantasyKosoku Wo Koete (qui rappelle énormément le Ame No Ne de New Adventure) ou Shiny ShoeGipsy tape dans le même style dans lequel s’enterre Nakamori Akina depuis près de dix ans, à savoir du latino version jap. Les autres pistes sont classiques. Album atmosphérique, onirique presque, qui ne prend pas la tête et n’agresse pas les oreilles, Fantasy ne laissera personne indifférent et prouvera aux vieux fans de My Little Lover que le groupe sait se renouveler quand il le faut.

Globalement, quand on écoute pour la première fois My Little Lover, on ne peut s’empêcher de penser que c’est toute la musique des années 60 qui transparaît. Il est évident que Kobayashi Takeshi est un très grand fan de cette période tellement riche en nouveaux courants musicaux et qu’il s’est brûlé les tympans en écoutant des millions de fois les Beatles ou les Supremes. Et comment ne pas penser aux harmonies vocales des Beach Boys devant la voix de Akko ? Devant certains arrangements, ça saute aux oreilles.

Il est vrai que cette période salvatrice dans le domaine musical continue d’en inspirer plus d’un dans le monde, mais alors que des minables comme Oasis ou Lenny Kravitz, ces faux Beatles à deux balles rendus célèbres par des chroniqueurs musicaux quinquagénaires en pleine descente de trip nostalgique, ne se contentaient que de piller ces recettes pour leur propre compte sans la moindre once d’originalité, My Little Lover apporte sa touche de génie. La voix de Akko nous liquéfie sur place grâce à son timbre parfait et presque enfantin ; les mélodies des musiques, bien que très simples à jouer (l’héritage des années 60, la fameuse « junk culture »), nous transportent avec des guitares baladeuses, parfois accrocheuses, une batterie enjouée, de vrais cuivres tout droit tirés des meilleurs disques de soul Tamla Molown, une basse de qualité et de vrais-faux orgues électriques. On remarque souvent que les textures des claviers sonnent un peu « vieux » et ont une sorte de pleurage leur donnant un côté nostalgique évoquant des photos en noir et blanc.

My Little Lover n’hésite pas à faire appels à de vrais musiciens (en particulier pour les cuivres) au lieu de les remplacer par des machines et ça se sent sur les disques. La modernité pointe quand même parfois son nez avec un peu d’électronique sans pour autant nous imposer les classiques et pesants « poum tchak poum tchak ». En fait, c’est cette recherche mélodique, accentuée par les prouesse vocale d’Akko, qui font toute la richesse de ce groupe. Ici, exit les deux notes de piano jouées en boucle, out le larsen de gratte, ni de voix stridente, fausse et pénible. Qui a dit que les Japonais ne savaient pas faire de la musique ? A acheter les yeux fermés et devraient être remboursés par la sécurité sociale pour tout le bien qu’ils apportent. Un grand groupe, de grandes chansons, une grande voix et le tout est complètement ignoré ou presque par les masses. Si c’est pas du gâchis ça…

Discographie Sélective

1995 – Evergreen | 1998 – Presents | 1998 – New Adventure | 1998 – The Waters | 2001 – Topics | 2001 – Singles | 2002 – Organic | 2004 – Fantasy

13 avril 2004 Aucun commentaire
Leave a comment

  • My Little Lover
  • Japon
  • www.mylittlelover.jp