Monsieur Han | Hwang Sok-Yong
Monsieur Han, c’est le grand-père d’une famille déchirée dont le drame familial est la guerre de Corée. C’est la candeur, l’intégrité face aux travers les plus bas et les plus vils, la jalousie, la traîtrise, mais sans conteste éminemment humains.
Après trente-cinq ans de colonisation japonaise, américains au sud et soviétiques au nord se disputent la tutelle de la reconstruction de l’État coréen, les tensions s’accentuent et se figent au 38e parallèle, ce qui scindera la Corée en deux. L’histoire de Monsieur Han, c’est avant tout une histoire d’hommes et de femmes pris dans un conflit importé d’ailleurs. Une histoire de chair, de sentiments bruts révélés par une guerre qui n’appartient pas encore tout à fait au peuple coréen.
Monsieur Han, médecin de profession, se sépare de sa famille pour fuir le nord et rejoindre le sud. Là-bas, dans un climat de chasse aux sorcières, il rencontrera tout d’abord l’espoir, une femme, un travail et la possibilité d’un nouveau départ, puis, soupçonné d’espionnage, il connaîtra tour à tour la trahison, la torture et l’emprisonnement. Jamais on ne tombe dans le misérabilisme, c’est juste triste à pleurer parce qu’empreint d’authenticité, les personnages, inspirés de membres réels de la famille de l’auteur, dépeignent avec profondeur et force toute la dimension humaine de ce drame.
Certains parlent de générations sacrifiées pour la liberté et la démocratie, aujourd’hui encore la Corée reste le seul pays plongé dans une atmosphère de guerre froide. Tout sacrifice a un prix, pour celui-là ce fut le déchirement d’une nation. Monsieur Han, c’est le grand-père impuissant et victime d’une génération monstrueuse créée par l’ethnocentrisme et l’orgueil. Ne dit on pas en Corée, « Quand les baleines chahutent, les crevettes trinquent ».
Chronique publiée dans SHINE#2
, le 7 septembre 2006
