Alléluia ! Après bien des années d’attente fébrile, le film le plus emblématique des Studios Ghibli (le personnage de Totoro restant le logo de la maison), est enfin disponible dans une version DVD reléguant aux oubliettes l’unique édition française en VHS qui datait un peu.
Ce succès japonais de 1988 a permis au clan Miyazaki d’entreprendre ses ambitieux projets suivants tout en développant un merchandising au-delà de toute quantification. On regrettera l’éphémère et splendide collection Ghibli en boîtiers laqués qui n’a connu que deux volumes (Le Voyage de Chihiro et Princesse Mononoke), tant elle semblait faite pour ce fleuron de l’animation nippone. Contentons-nous alors du double DVD ou, pour les moins riches, de l’édition simple. Car l’important reste le contenu, accès à tout un univers que les médias français découvrent à peine aujourd’hui, effet de mode oblige. Le paradoxe étant encore que Mon Voisin Totoro sorte chez Disney/Buena Vista, éternel jaloux de ce talentueux concurrent et qui a tout fait pour étouffer sa progression en dehors du Japon, avant de devenir son distributeur à l’export. L’oncle Walt n’est pas fou, tant un tel film éclabousse de sa fraîcheur inspirée et de sa poésie la pitoyable absence de créativité de ses propres dessins-animés.
Veinards que vous êtes si vous n’avez pas encore pénétré dans ce monde magique, le choc sera à la hauteur car Totoro c’est encore : un moment de bonheur total, une merveille d’émotion, de drôlerie et de merveilleux fantastique ; une humanité que l’on aimerait souvent trouver dans le cinéma traditionnel ; un discours écologiste profond à la pédagogie souriante ; une perfection graphique constante doublée d’une capacité d’invention renversante ; une magnifique musique signée Hisaishi Joe, sa troisième collaboration avec Miyazaki, pour des refrains devenus des classiques enfantins ; un personnage original attachant, fantasque et bienveillant tout autant qu’étrange et contemplatif. Des adultes crédibles, des enfants vrais, des situations évoquant la nostalgie du paradis perdu de l’enfance. On peut d’ailleurs facilement associer à ce film celui réalisé un an plus tard par le compère de Miyazaki, Takahata Isao : Le Tombeau Des Lucioles, formant alors un des plus beaux diptyques sur l’enfance, ses rêveries et ses angoisses. Si Le Tombeau Des Lucioles en représente l’aspect dramatique, sombre, alors Mon Voisin Totoro en serait le pendant solaire, même si la maladie de la mère des petites filles ternit le tableau.
Vous l’aurez compris, ce DVD était indispensable avant même sa parution, perle rare dans la filmographie pourtant impressionnante d’un créateur unique qui connaîtra ensuite, et enfin, un succès mondial mérité avec Princesse Mononoke à la dimension plus radicale quant à sa vision du rapport de l’homme face à la nature. Plus bucolique et aérien, Mon Voisin Totoro n’en est pas moins et déjà, un premier chef-d’oeuvre.
- となりのトトロ
- 1998
- Disney/Buena Vista (2006)
