May 18 | Kim Ji-Hun
18 mai 1980. La Corée du sud vit sous la coupe autoritaire du général Chon Tu-Hwan. A Kwangju, des manifestations étudiantes vont rapidement dégénérer en de violents affrontements avec les forces de l’ordre, avant que les forces armées ne commettent un impensable massacre de la population présente.
Comment, pour un événement encore récent et emblématique d’une période tourmentée, composer un projet cinématographique rentable ? Les producteurs de May 18 [1], en dévoilant cette page d’histoire sanglante au plus large public, dont une jeunesse n’ayant bien entendu pas vécu la chose, ont accès leur film sur le grand spectacle édifiant, à grand renfort d’héroïsme si ce n’est de patriotisme. Là, un traumatisme causé par une opposition frontale avec la dictature militaire va mettre en évidence les qualités de courage, de partage et d’abnégation d’un groupe donné, échantillon représentatif voire archétypal de la population civile.
Amplitude du champ, mouvements de foule coupés par des ralentis singularisant telle ou telle réaction individuelle, la réalisation utilise tous les effets dramatiques attendus, soutenu par une musique de circonstance assez peu discrète. Car May 18 n’est jamais avare en pathos, surchargeant inutilement une intrigue qui aurait mérité un peu plus de recul et de profondeur, surtout pour un spectateur non au fait des faits racontés. Difficile en effet de comprendre les enjeux d’une situation politique fort méconnue vue d’ici. Pourquoi l’armée tire-t-elle soudainement sur la foule ? Ce ne sont pas les quelques conciliabules vite expédiés des généraux dépêchés sur place qui nous éclaireront vraiment sur la question.

Reste alors le plaisir de regarder un parfait mélodrame non dénué de charme ni de souffle, se permettant qui plus est de vraies scènes de pure comédie. Si l’identification à des protagonistes voulus sympathiques peut fonctionner pleinement, et si les cinéastes coréens n’en sont pas à leur premier essai en la matière, le mélange des genres s’avère quand même un peu déstabilisant au vu de la réalité tragique qui s’est joué à Kwangju, pour ne pas parler de la cohésion même du film.
Il faut dire qu’entre le père de famille et son pote célibataire qui partage le même humour facétieux, l’ancien militaire droit dans ses bottes qui finira par diriger la rébellion au nom des vraies valeurs du pays, sa fille infirmière et son employé beau gosse un peu maladroit niveau sentiments, dont le jeune frère étudiant (et futur promis de la jolie nurse) tombera sous les balles, la galerie de personnages représente un condensé parfait de héros potentiels touchés par la grâce de l’Histoire, même le supposé méchant restant tiraillé entre le devoir et son attachement à son ex-mentor, le chef des rebelles justement. La distribution capitalise d’ailleurs à fond sur le charisme de ses interprètes, autant de visages connus et appréciés du public.

Mais pas grand chose à attendre de ce rendez-vous quatre étoiles ; le vétéran Ahn Sung-Ki assure sans forcer dans un rôle de figure paternelle idéalisée, tandis qu’on a connu Kim Sang-Gyeong plus inspiré chez Hong Sang-Soo [2] ou dans Memories Of Murder [3]. Cette fois, il surjoue comme l’ensemble de ses partenaires. Seule Lee Yo-Won s’en tire avec les honneurs, insufflant quelque profondeur à son costume d’infirmière éplorée.

Blockbuster utile dans la mesure où il tente de mettre en scène un moment essentiel de la mémoire collective péninsulaire, May 18, tenant d’un cinéma populaire par excellence, propose une vision un peu trop romancée d’une vérité autrement plus terrible. Reste à savoir si cela ne revient finalement pas à en dénaturer l’intensité. Avec le recul de la biographie littéraire et toute la subjectivité du regard d’un des acteurs réels du drame, Le Vieux Jardin [4] s’approchait paradoxalement mieux d’un certain réalisme. Pour plus d’intimité, plus d’introspection ... mais certainement beaucoup moins de spectateurs.
, le 18 mars 2008
Notes
[1] titre original : Des Vacances Formidables
[2] Turning Gate & Conte De Cinéma , respectivement en 2002 et 2005
[3] un film signé Bong Joon-Ho en 2003
[4] un film de Im San-Soo réalisé en 2006 d’après le livre homonyme de Hwang Sok-Yong
