Un joli coin de plage à Kanagawa. Là se dresse une pension réservée aux homosexuels, que dirige Himiko, ancienne reine des nuits tokyoites. L’arrivée de l’ombrageuse Saori va perturber les habitudes de la maison sur laquelle veille discrètement le séduisant Haruhiko.
La chronique du quotidien de vieilles gloires du cabaret, désormais rejetées par une société qui leur accordait seulement le droit de la distraire, devient une ode à la différence, à la tolérance et l’acceptation de l’autre, qu’il soit vieux, pédé, malade, voire les trois à la fois. Se permettant d’observer malicieusement la répulsion/fascination qu’exerce cette communauté, qui sur une bande en vélo de gamins du voisinage, qui sur le patron de l’entreprise de peinture qui emploie Saori. Si le cinéaste éprouve une forte empathie pour ces incorrigibles cabots, il ne les idéalise aucunement, posant un regard lucide non exempt de cruauté, mais privilégiant toujours le tact et la pudeur à la lourdeur démonstrative. L’humour est présent aussi, unique remède à l’amertume de personnages n’ayant jamais fondé de famille, ni vécu « normalement », tel ce vieux travesti découvrant tardivement sa petite fille. Une scène, pathétique ou cocasse, c’est selon, illustre ce constat : à l’occasion de la sortie en boîte de la petite troupe, un des pensionnaires habillé en femme brûle d’envie d’aller se refaire une beauté aux toilettes, celles pour dames, bien sûr. En chemin, des retrouvailles inopinées avec un ancien collègue de bureau vont tourner au désastre, l’employé fin saoul invectivant son ex-confrère, confrontation de la douloureuse réalité avec un bien innocent fantasme. Autant de petits événements qui amèneront Saori à accepter et se rapprocher doucement de son propre père devenu Himiko, sphinx hiératique à la noble prestance, et tenter de comprendre le troublant Haruhiko.
La galerie de portraits est riche, l’histoire baigne dans une langueur adaptée au superbe décor, un rythme lent comme parfaite traduction de la douce mélancolie du sujet. Impression renforcée par une belle photographie mélangeant les tons pastels aux éclairages chaleureux de lumière de fin du jour. Un tableau indolent aussi subtil et délicat que les sentiments à l’oeuvre, personnifié à merveille par l’élégance chaloupée de Odagiri Jō (Haruhiko), irrésistible dilettante. Pas étonnant que l’acteur ait été récompensé pour un rôle qui lui va comme un gant. Une carrière à la manière de son aîné Asano Tadanobu, avec qui il partageait l’affiche de Jellyfish (Akarui Mirai) en 2002. Entre blockbusters (Shinobi, Azumi), films d’auteurs comme le Kurosawa, ou projets un peu barrés (Tanuki Goten/Princess Raccoon de Suzuki Seijun), il se construit patiemment une jolie carte de visite. Face à lui, Shibasaki Kō prouve que Battle Royale est désormais loin, excellente en écorchée vive plus fragile qu’elle n’y semble. Une belle distribution les entoure : un étonnant Tanaka Min (Himiko), ou encore Nishijima Hidetoshi l’un des deux amoureux mendiants de Dolls, vu aussi dans Loft.
Un mot sur la musique signée d’une vieille connaissance : Hosono Haruomi, un des acolytes de Sakamoto Ryūichi au sein du légendaire trio électronique eighties YMO. La BO est le savant mélange de sons traditionnels et de rythmiques actuelles qui a fait sa marque, sur d’autres musiques de films ou des albums en solo. Un travail inspiré à déguster tel quel ou avec le support des images pour une osmose parfaite. A l’instar de The Hotel Venus, autre réussite récente et méconnue du grand écran nippon, Maison de Himiko s’avère une jolie surprise, oscillant en permanence entre émotion et ironie, un équilibre subtil pour une oeuvre profondément humaniste ; littéralement, une maison de tolérance.
- メゾン・ド・ヒミコ
- Japon 2005.
- Asmik Ace Entertainment.
- Avec Shibasaki Kō, Odagiri Jō et Tanaka Min.
- himiko-movie.com
