Loft
Loft ©Gaumont

Hatuna Reiko est une romancière en panne d’inspiration. Sur les conseils de son éditeur, elle s’installe dans une bâtisse campagnarde semi-abandonnée, faisant face aux locaux scientifiques universitaires où travaille l’archéologue Yoshioka Makoto. Après qu’elle ait surpris une nuit son étrange voisin en train de charrier dans ce loft ce qui ressemble à un corps enroulé dans un drap, des événements étranges commencent à venir perturber son quotidien, voire même à influer sur sa propre santé.

Passé maître dans le film de genre décalé depuis ses grandes réussites comme Cure ou Kairo, Kurosawa Kiyoshi cultive depuis toujours l’art de la distanciation, sachant explorer d’autres univers tel le remarquable Jellyfish qui permettait de confronter Odagiri Jō à un inquiétant Asano Tadanobu dans un faux polar des banlieues japonaises.

Si le cinéaste divise, trop intello brumeux pour les uns, tandis que d’autres ne voient en lui qu’un réalisateur de films pour festivals, nul doute que ce dernier opus ne va pas les réconcilier avec le bonhomme. Car Kurosawa signe ici un long-métrage déroutant où il s’amuse à jouer avec des genres cinématographiques qu’il malaxe à loisir. Partant d’une étrange histoire fantastico-scientifique autour de la découverte d’une momie, l’intrigue bifurque vers une romance très échevelée sur fond d’obsessions névrotiques où des héros passablement perturbés se débattent avec leurs démons intérieurs tout en se volant la vedette à tour de rôle. Jeu tout aussi perturbant pour le spectateur puisque le thriller s’invite également au beau milieu du traditionnel film de fantôme annoncé. De cette catégorie-là, l’homme a semble-t-il fait le tour, et ce ne sont pas les apparitions un peu cheap de la momie en question qui renouvelleront quoique ce soit à son approche du genre. L’intérêt est ailleurs, dans ce brassage des influences plus maîtrisé qu’il n’y paraît.

Loft ©GaumontCar la patte Kurosawa, elle, est omniprésente : une façon unique de cadrer des intérieurs vaguement inquiétants, une ambiance sonore extrêmement travaillée, une image soudainement granuleuse, l’amateur ne sera pas dépaysé. L’atmosphère est aussi lourde que dans Seance (Korei, 2000), mais moins délétère cependant, moins premier degré ?
Le metteur en scène a un atout majeur avec sa distribution séduisante où le charismatique Toyokawa Etsushi (visage bien connu des amateurs de drama) donne la réplique à la jeune Eguchi Noriko une beauté à la Fukada Kyōko, tandis que la caméra sublime en permanence le beau visage expressif de Nakatani Miki[1], le film basculant de fait dans une évidente ode à la sensualité de cette héroïne vaguement allumée mais tellement jolie dans sa robe à fleurs rouges.

Loft surprendra donc un peu les habitués du maître, mais il ne les décevra pas, ne serait-ce que par sa capacité à laisser le champ libre aux interprétations les plus diverses, constante essentielle du cinéaste. Invité à l’occasion du festival Kinoyato en novembre 2006 pour y présenter Loft, le discret mais malicieux Kurosawa dont l’humilité semble aussi déconcertante que les traits d’humour dont il a gratifié son auditoire ce soir-là, lâchait ainsi une petite phrase résumant bien la vision amusée qu’il garde sur ses propres créations : « Vous les français êtes réputés pour apprécier les choses obscures, vous n’allez pas être déçus ! ». Malicieux, on vous le disait.


  1. Ring 1 & 2The Hotel VenusMemories of Matsuko… []
27 novembre 2007 Aucun commentaire
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  • LOFT ロフト
  • Japon 2005.
  • ARTE/Gaumont (2007)
  • Avec Nakatani Miki, Toyokawa Etsushi, Eguchi Noriko, Nishijima Hidetoshi, Osugi Ren.