Né en 1945 dans la l’île d’Hokkaidō, Ikezawa Natsuki a déjà derrière lui une intéressante bibliographie, lauréat 1987 du prix Akutagawa[1] pour La Vie Immobile ((texte traduit en français chez l’incontournable éditeur Philippe Picquier)). Ce sont cette fois les éditions Actes Sud qui publient l’écrivain[2], Les Singes Bleus bénéficiant d’une superbe et étrange photo de couverture.
L’univers de Ikezawa se situe volontiers aux limites du réel et du légendaire, l’imagination foisonnante du romancier se nourrissant de ses multiples voyages prolongés à travers le monde. Il en va de même pour ce nouveau livre qui conte l’aventure de Yoriko, jeune et pragmatique volcanologue frappée par la prédiction étrange d’un vieil homme facétieux au sujet de la possible éruption du volcan Asama, terrain de prédilection de la scientifique. Ce sujet original s’autorise un grand écart à la fois historique, avec le témoignage d’un passé lointain, et géographique par la relation épistolaire entre Yoriko et son ami/amant aux prises avec une cité en ruines en pleine jungle sud-américaine. L’écrivain reprendra ce thème un an après avec la nouvelle L’Homme qui Revient, parue au Japon en 1990[3].
Au-delà de cette histoire assez déroutante autour du mont Asama, Ikezawa dresse un beau portrait en demi-teinte d’une femme à la croisée des chemins sentimentaux, entourée d’une galerie de personnages masculins représentatifs, du petit garçon Shuzuke au vieux sage Kazuma, en passant par l’opaque Monden, initiateur de toute l’histoire. Le récit alterne ainsi habilement les moments du quotidien de la belle Yoriko avec le développement de l’intrigue elle-même. A l’instar de son héroïne, Les Singes Bleus permettra au lecteur consentant de quitter, l’espace d’un bouquin, un quotidien prévisible pour entamer un voyage aussi intérieur que parfaitement concret, générant vague inquiétude, mais aussi indubitable fascination.
- 真昼のプリニウス
- Actes Sud (2005).
