Les Menottes Rouges

Noda Yukio

Jetée en prison pour avoir un peu trop malmené un diplomate étranger, Rei, teigneuse policière de la section spéciale zéro, va être rapidement sollicitée pour débarrasser le pays d’un gang de tueurs ayant enlevé la fille d’un influent politicien local.


Les Menottes Rouges

D’un pitch résolument succinct, Noda Yukio, habitué du cinéma populaire, va réaliser une œuvre opportuniste surfant sur la grande veine contestataire des années soixante-dix, avec tout le culot que l’on peut attendre d’un produit estampillé Pinky Violence dont elle représente aujourd’hui un des sommets. Bénéficiant du magnifique format CinémaScope, d’une photographie ouvertement psychédélique voire baroque, Les Menottes Rouges réserve son lot de violence parfois aux limites du gore ; finalité avouée d’un cinéma d’exploitation fier de ses choix, usant et abusant par ailleurs du physique avantageux de son actrice principale. Sugimoto Miki, ancienne starlette bondage à la pudeur toute relative, n’a peut-être pas le talent de comédienne d’une Kaji Meiko, mais son éternelle moue dédaigneuse et sa silhouette élancée lui assurent une présence certaine face à la caméra. Son personnage subit sans broncher toute une panoplie de sévices gratinés, avant de régler laconiquement leur compte à une bande de psychopathes sans la moindre circonstance atténuante. En face, ce n’est pourtant pas mieux : police dépassée, pouvoir corrompu, les méthodes des soit-disant gentils ne cèdent en rien à la cruauté de leurs adversaires. Si cette peinture d’une société en pleine déliquescence n’est pas nouvelle, elle étoffe une intrigue certes prévisible mais sans temps morts, menant le spectateur ravi jusqu’à l’épilogue paroxystique. Là, la mise en scène orchestre un gunfight dans une zone américaine désaffectée, un combat où tous les coups sont permis, sorte de western barbare et sanglant à la morale finale désabusée. ZEro Woman Glorifiant son héroïne face à une horde de mâles veules, lâches ou sadiques (ou les trois à la fois) [1], Les Menottes Rouges pourrait se voir comme une Foxy Brown [2] aux yeux bridés, partageant une B.O. assez proche, des sonorités estampillées seventies. Cette vision de la femme vengeresse était à l’époque habituelle dans l’exploitation, qu’elle soit japonaise ou occidentale ; tout en flattant les désirs de liberté ou de revanche “féministes” vis à vis de ces messieurs, elle reste d’abord un pur fantasme destiné au public masculin.

Les Menottes Rouges figure la première et la meilleure adaptation du manga éponyme signé Tôru Shinohara [3], laissant loin derrière la horde de succédanés qui seront tournés directement pour un marché vidéo encore inexistant en 1974 ; un âge d’or du genre, une période où la permissivité était de mise, lorsque savoir aller trop loin était la règle. Sans se douter que de ces kilomètres de pellicule tournés surgiraient quelques vrais classiques, joyaux quelque peu vénéneux ou bâtards, mais à l’occasion plus inspirés que pas mal d’œuvres mainstream, et incontestablement plus rigolos.

Michel Boléchala, le 7 août 2009

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