Oyez oyez, le dernier né des studios Ghibli est sorti… au Japon tout du moins. Un Miyazaki pouvant en cacher un autre, c’est son fils, Gorō, qui s’est attelé à la réalisation pour un résultat plutôt décevant. Désolé de décevoir vos attentes et de rompre le charme dès l’introduction mais, pour ma part, j’ai regretté mes 1500 yens.
Pourtant tout commençait bien : la patte graphique et l’identité visuelle chères aux productions de Miyazaki père sont respectées, la bande son est accrocheuse et le tout baigne dans un onirisme nous ramenant au berceau de lafantasy, avec ses dragons et ses magiciens.
L’anime se base en effet sur l’œuvre de l’auteur américain Ursula Le Guin intitulée Le Cycle De Terremer, qui se décline, si ma mémoire est bonne, en six opus. Ne pouvant bien sûr prétendre condenser une œuvre aussi dense en un anime de deux heures, Miyazaki fils a choisi d’adapter le troisième volume à l’écran. Une adaptation cependant très libre : par exemple, le personnage de Therru, personnage féminin central du film[1], n’apparaît que dans le quatrième volume de l’œuvre originale de Le Guin. De même, si l’œuvre littéraire initiale se démarquait du reste de la production heroic fantasy (et donc de l’influence originelle de J.R.R. Tolkien) par sa psychologie subtile et par ses personnages échappant à tout manichéisme, on ne peut malheureusement pas en dire autant du dernier Ghibli.
Le scénario en lui même reste également très basique : un jeune héros, Arren, doit libérer le monde d’une magicienne appelée Kumo, qui a ouvert le passage séparant le monde des vivants du monde des morts ; la petite originalité réside dans le fait que, en parallèle de cette histoire principale, Arren doit lutter contre ses propres démons et sera amené à faire un choix. Je n’en dirais cependant pas plus pour ne pas vous spoiler la fin du film. En résumé, une trame basique, toutefois agrémentée d’une quête initiatique, dans la grande tradition des récits du moyen-âge.
En conclusion, on pourrait reprocher beaucoup de choses à Gedo Senki : un résultat visuel sans identité (trop proche de celui d’Hayao), un respect plus qu’aléatoire de l’œuvre originelle de Le Guin, un scénario trop classiquement orienté forces du bien vs forces du mal, etc. Mais, très franchement, tout cela ne serait pas forcément trop gênant si le film restait divertissant ; et là, il y a débat. Pour ma part, j’ai trouvé le film long, trop long ; le rythme n’est pas assez soutenu, l’action quasi absente et les quelques rebondissements scénaristiques auront été trop rares pour me tirer de ma léthargie. Toutefois, je ne peux décemment pas jeter l’anathème sur Gedo Senki : si Gorō n’atteint pas la maestria de son père, il signe une œuvre relativement honnête pour un débutant à la réalisation. Bref, c’est à voir, ne serait-ce que pour la BO réellement envoûtante (vous pouvez écouter le générique chanté par Teshima Aoi sur le site officiel de Ghibli).
- elle aide le héros à révéler son vrai « lui » [↩]
- ゲド戦記
- 2006
- Disney/Buena Vista (2007)
