Nomura Yoshitarō
L’inspecteur Imanishi et son acolyte Yoshimura enquêtent sur le meurtre d’un vieux policier, un brave homme retrouvé sur une voix ferrée proche de la gare de Tokyo. Les deux hommes vont parcourir le pays de long en large, à la recherche d’un mystérieux coupable. Ils devront reconstituer le passé de la victime pour découvrir une vérité surprenante concernant un célèbre pianiste .
Cinéaste prolifique avec plus de soixante-dix réalisations, Nomura Yoshitarō (1919-2005) a cependant acquis une reconnaissance par son approche du registre policier, adaptant des classiques du genre. Il collaborera en particulier avec le grand romancier Matsumoto Seichō [1], pour une série de cinq projets communs [2].

Un écrivain dont les romans tournent le dos à toute notion d’héroïsme et d’exploits hors du commun pour décrire la banalité du quotidien des victimes, la plupart du temps des petites gens, puis la tâche souvent fastidieuse des fonctionnaires de police pour démêler le vrai du faux : Le Vase De Sable version cinéma est justement la laborieuse enquête pas à pas de deux flics pas spécialement charismatiques et encore moins fantasques, mais pleins de pugnacité et de bon sens. Si l’énigme policière est au premier rang, intrigue oblige, la dimension humaine de celle-ci s’avère vite tout aussi essentielle, manière de respecter l’esprit et la lettre de son modèle livresque.

Motivations d’un coupable potentiel ou avéré, frustrations et aspirations vis à vis de son entourage familial ou social, préoccupations des policiers en quête d’une vérité trop bien dissimulée, le moteur de l’histoire est ici plutôt que dans la seule recherche du meurtrier, lequel est d’ailleurs percé dès la première partie du film. Une bonne façon de tourner définitivement le dos aux Whodunit anglo-saxons [3], et donner épaisseur et complexité au supposé méchant en remontant aux sources de son passé, tandis que l’enquêteur patine entre deux fausses pistes et acquiert à son tour une humanité palpable.

Pour autant, si le rythme général est lent, la mise en scène n’a rien de statique, baladant nos héros aux quatre coins du pays, la caméra jouant sur le contraste entre gros plans révélateurs d’un état d’esprit et panoramiques fragilisant telle silhouette isolée au milieu du décor. L’utilisation de quelques longs flashbacks amènera le spectateur au plus proche de la vérité, des séquences fortement chargées en émotion où l’enfance du concertiste suspect défile au son de sa dernière et superbe création musicale. Au final, chacun aura dévoilé sa part d’humanité, à commencer par les détectives plus touchés qu’il n’y paraît.

Long-métrage tournant le dos au moindre glamour, Le Vase De Sable se sert du registre policier pour proposer un regard empathique vis à vis de ses personnages, révélateur des mentalités d’un pays, et, nous entretenant, au-delà, de la condition humaine. Aucune superstar véritable pour appuyer le caractère d’authenticité de la chose, mais des gueules de cinéma, comme Tetsuro Tamba, fidèle du cinéaste et légendaire présence des écrans nippons [4], ou Ogata Ken, interprète de Mishima et acteur fétiche chez Imamura Shohei [5], parmi une intéressante distribution fleurant bon la fine fleur du cinéma insulaire des seventies. Ou comment un cinéma de divertissement et authentiquement populaire [6] s’avère d’une richesse et d’une profondeur inattendues ... Sauf pour ceux qui auront déjà fait l’effort de lire les remarquables bouquins de monsieur Matsumoto.
Michel Boléchala, le 10 mars 2008
Le Vase De Sable est aussi et d’abord un roman de Matsumoto Seichō initialement publié au Japon en 1961 et traduit en France aux éditions Picquier en 1987

[1] souvent surnommé « le Georges Simenon japonais », formule réductrice mais pas totalement fausse quand on connaît le dimension sociale de ses polars, on ne compte malheureusement que trois traductions françaises dans sa pléthorique bibliographie : outre Le Vase De Sable, seuls Tokyo Express et le recueil La Voix ont été publiés aux éditions Picquier
[2] outre ce film, citons L’Été Du Démon/Kichiku un film de 1978, puis Warui Yatsura en 1980, Giwaku, 1982 et enfin l’année suivante Meiso Chizu
[3] pour « qui l’a fait ? », style de romans à énigmes popularisés par Conan Doyle ou Agatha Christie
[4] décédé en 2006
[5] vu plus récemment dans le magnifique Nagai Sanpo
[6] un des plus gros succès du cinéma japonais de l’époque
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