Le Silence De L’Innocence | Somaly Mam
Le témoignage de Somaly Mam, une jeune femme cambodgienne luttant contre les réseaux de prostitution très actifs qui exploitent et maltraitent les jeunes femmes et les enfants de son pays.
À trente-sept ans, Somaly Mam traîne elle-même un terrifiant passé : vendue très jeune comme esclave, elle a subi précocement privations, violence, humiliations, avant d’être violée par un commerçant chinois. Autant de souvenirs sordides que la femme tente aujourd’hui encore d’exorciser au travers de son association [1], créée en 1997 avec son mari Pierre Legros pour tenter de venir en aide aux nombreuses victimes qui travaillent dans les bordels locaux.
On aura compris qu’il ne s’agit pas vraiment d’un livre de salon littéraire, mais bien d’un document livré brut de coffrage qui ne s’encombre pas de belles formules, encore moins de politiquement correct !
On pourra ainsi s’étonner de jugements à l’emporte-pièce ou d’avis lapidaires, voire un brin simplistes [2], mais le passé de la dame excuse beaucoup de choses ... toujours est-il que la sincérité et le bien-fondé du projet ne pourront se prêter à aucune critique.
La structure même du bouquin est assez lâche, variant du journal de bord à la confession intime, entre deux présentations de cas de jeunes filles sauvées de l’enfer ou rapidement décédées des suites de leur condition de vie plus que précaire. L’écriture à la première personne dans un style simpliste renforce le caractère “pris sur le vif” de l’ensemble.
C’est alors un sentiment de malaise qui assaillera le lecteur, devant cet étalage de cruauté parfaitement gratuite faite aux gosses d’un pays en ruine devenu nouveau paradis du tourisme sexuel au sein d’un engrenage de corruption galopante généralisée. La vision de Somaly Mam fait froid dans le dos, mais se veut porteuse d’espoir, en dépit des menaces et autres tentatives d’intimidation du crime organisé sur sa personne et ses proches.
Le Silence De L’Innocence a le mérite de parler du Cambodge autrement qu’au travers des récits et analyses traitant de la période Pol Pot (indispensables au demeurant), bien que les faits exposés en soient une conséquence plus ou moins directe. Un tableau certes guère plus reluisant que celui des exactions du pouvoir communiste entre 1975 à 1979, mais un ouvrage qui dépasse le seul aspect émotionnel pour fournir un état des lieux consternant d’une zone de quasi non-droit régie par le pognon et tout ce qui peut en découler.
, le 5 septembre 2008
Notes
[1] l’ Afesip (Agir pour les femmes en situation précaire) est une ONG à visée internationale qui a pour objectifs le sauvetage et la réinsertion sociale des personnes réduites en esclavage sexuel. Elle opère au Cambodge mais couvre aussi Thaïlande, Vietnam et Laos
[2] ainsi cette phrase inénarrable page 31 : « Je pense, comme beaucoup de gens ici, que, si les Khmers rouges n’avaient pas tué autant de monde et s’il n’y avait pas eu la famine, leur régime aurait pu durer » ou page suivante, cet avis définitivement tranché sur les khmers et les chinois face aux ethnies des montagnes dont l’auteur est originaire : « Pire encore que les khmers : les chinois. Racistes au dernier degré, ils nous insultent, nous traitent de moricauds, de porte-malheur (...) J’ignore comment sont les chinois en Chine, mais au Cambodge ils sont comme ça »
