Le Dieu Des Petits Riens | Arundhati Roy
Des jumeaux très liés pendant leur enfance sont les témoins d’événements qui vont les séparer pour toujours. Un premier roman fort, encensé par la critique et qui a gagné le Booker Prize de 1997.
L’ennui, c’est qu’il est exaspérant.
Il se passe plus de cent pages avant que l’on comprenne enfin pourquoi ce livre est un chef d’œuvre et il est fort tentant de le lâcher purement et simplement avant la fin.
Des descriptions à n’en plus finir, d’une complexité chirurgicale, donnent l’impression de faire un inventaire permanent de l’Inde marxiste et des vingt années suivantes. La narration, sans aucune unité de temps, vous perd plus qu’elle ne vous balade. Et la présentation quasi simultanée et complète à l’excès des dix personnages principaux vous donne envie de vous arracher les cheveux. L’auteur semble avoir une sainte obsession du sale, depuis la mouche bleue ivre de la première page jusqu’à l’oiseau dont l’image se reflète dans les couilles du chien incontinent. Ca vous laisse une impression de dégoût à l’encontre de ces régions lointaines et floues, loin de l’image aseptisée des comédies made in Bollywood. Il reste que cette image du Kerala dans lequel l’auteur a grandi est certainement plus proche de la vérité que les bluettes de l’industrie cinématographique.
Au bout de 150 pages, le miracle se produit enfin. Les personnages cessent d’être des noms et des visages que vous mélangez et se métamorphosent en personnes familières. Ils vous touchent de façon surprenante et vous découvrez que cet instantané de l’Inde en pleine transformation apporte des enseignements d’une rare richesse. La question des castes et de l’amour est abordée à travers les yeux des enfants, puis des adultes, avec cruauté et justesse. On se sent pris aux tripes par cette histoire de famille où les victimes ne sont jamais les vrais coupables.
Une excellente lecture en définitive, dans un style parfois très littéraire.
Premiere version publiee dans SHINE#2. Mise à jour le 18 février 2010
, le 19 février
Arundhati Roy n’a pas écrit d’autre roman pour le moment. C’est une femme engagée, une activiste pacifiste et l’auteur de plusieurs essais sur les dérives modernes (la politique des grands barrages, les essais nucléaires en Inde…). Elle a reçut en 2004 le prix Sydney de la Paix pour son engagement social et son appui au pacifisme. Le Dieu des Petits Riens, qui dénonce la tradition des castes en Inde, a valu à Arundhati Roy d’être poursuivie en justice pour obscénité et atteinte à la morale publique.
Un entretien avec l’équipe de l’émission Là-bas si j’y suis diffusé fin janvier sur l’antenne de Radio France est disponible en streaming ou en téléchargement sur leur site non-officiel.
