Le Cid Khmer

Il y a très longtemps, la destinée glorieuse et tourmentée du valeureux général Seiha, héros de guerre et amoureux fidèle de la belle Kalyan, orpheline sous la bienveillante tutelle du roi du Cambodge.

Le Cid Khmer est un moyen métrage réalisé par Norodom Sihanouk. Mais oui, l’ancien monarque toujours très populaire, l’ex-chef d’état, le personnage incontournable de l’histoire extrême-orientale des cinquante dernières années. Insaisissable et déroutant homme politique, le guide spirituel pour beaucoup de khmers est aussi écrivain, poète, cinéaste, entre autres talents dont la plupart vous seront révélés en visitant son site officiel. Un authentique artiste autoproclamé si on préfère.

Qu’en est-il de sa version toute personnelle du flamboyant Cid ? L’action se passe aux temps fort lointains où la ville de Saigon faisait encore partie du royaume khmer sous le nom de Prey Nokor. La convoitise des puissants voisins du Vietnam pour cette cité sert de trame historique aux amours contrariées de Seiha et Kalyan. En lieu et place d’une superproduction en costumes, Le Cid Khmer nous plonge dès le prologue dans un imaginaire royaume d’opérette ; une intemporalité, voire une étrangeté que renforcent des décors pour le moins limités[1], et une absence criante de véritable mouvement. Statique au possible, la caméra se cantonne en effet au seul champ-contrechamp, pour un résultat proche du pire théâtre filmé. Ce ne sont pas les dialogues répétitifs cherchant à réexpliquer sans cesse les tenants et aboutissants de l’histoire, ou le récitatif appliqué des acteurs improvisés[2] qui inverseront la donne, rapidement partagés que nous sommes entre un ennui profond et une bienveillance amusée devant tant d’amateurisme.

Le Cid Khmer serait donc une vaste plaisanterie d’un souverain un peu trop touche-à-tout ? Ce dernier revendique un talent authentique[3] et prétend contribuer à l’édification de son « respecté et bien-aimé peuple khmer » auquel le projet est dédié … mais qui ne le verra sans doute jamais, plus préoccupé par un quotidien difficile que par ces images d’Épinal sur pellicule, malgré tout le respect qu’il garde pour le vieux monarque.
Quant au patriotisme anti-vietnamien, Sihanouk se fait un malin plaisir à l’exacerber aux moments-clés, manière de tailler un énième costard à l’ennemi tutélaire qui saura bien le lui rendre en temps voulu.

À y regarder de plus près, la reconstitution cheap [4] déployée par cette surprenante et très démonstrative pochade familiale imposant le protocole royal à ses interprètes bien nourris, figure peut-être la plus parfaite représentation du légendaire kitsch khmer. Reste à savoir si c’est vraiment du cinéma.


  1. en nombre comme en dimension, un comble dans la mesure où le film est tourné dans un authentique palais royal []
  2. choisis dans l’entourage direct de Sihanouk []
  3. que nous ne mettrons pas en doute faute d’avoir visionné le reste d’une œuvre pléthorique []
  4. dont les morceaux de bravoure sont constitués d’un court duel dans les jardins royaux puis surtout d’une pseudo bataille en bord de mer []
19 juin 2009 Aucun commentaire
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  • Cambodge 2005.
  • www.norodomsihanouk.info