Last Friends

Fuji TV

Grosse production Fuji de la saison printanière, Last Friends est l’exemple type de la lourdeur de direction d’acteur, de réalisation et de scénarisation des séries TV nippones dites « grand public ».


Michiru [1] recroise par hasard une amie de lycée, Ruka, qui lui propose de se joindre à elle et une autre amie dans une colocation. Après un refus poli, puisqu’elle vient d’emménager avec son fiancé, Michiru retourne dans son quotidien en apparence idyllique. Passage à tabac de Michiru (Nagasawa Masami) par son copain (Nishikido Ryō)Mais elle ne sait pas ce qui l’attend… Sur cette rencontre impromptue viendront se greffer toutes les préoccupations et autres traumas variés des protagonistes qui se regardent le nombril en chougnant avant de se noyer dans une débauche de phrases sentimentales. Du Dawson à la sauce soja en somme.

Centrée sur les déboires sentimentaux des deux héroïnes, Last Friends ne néglige pour autant pas les squatteurs provisoires ayant tous un commun un passé difficile : Takeru [2], maquilleur et barman à ses heures perdues, est révulsé par l’idée de sexe depuis des attouchements incestueux et Eri [3] hôtesse de l’air (le personnage eu même droit a son spin-off) serial lover finit par s’attacher à Ogurin, déjà marié et cocu gentillet de l’histoire.

Couple idéal à la ville, Michiru et Sōsuke [4] ne sont pourtant pas sur la même longueur d’onde. Jaloux, intrusif et violent Sōsuke fini par poser la main sur sa copine, ce qui précipite son emménagement dans la maison de Ruka et ses amis.

Prenant de front les problèmes de violence domestique, Last Friends est beaucoup plus évasif quant il s’agit de parler de l’homosexualité de Ruka [5]. Lookée à la garçonne pour que nous puissions identifier son orientation sexuelle explicitement sans que jamais le mot « lesbienne » ne soit prononcé, elle souhaite changer de sexe. Mais surtout, elle en pince pour Michiru dont l’installation dans ses murs réveille des sentiments qu’elle croyait morts et enterrés ; elle n’hésite d’ailleurs pas à l’embrasser d’un chaste baiser à la première occasion, mais que les esprits prudes ne s’échauffent pas, cette démonstration d’affection sera la scène la plus osée du drama qui comme tous les autres s’en tiendra à des accolades précipités de kokuhaku (soit « déclarations d’amour »).

Ruka (Ueno Juri)Le sur-jeu est une constante indissociable des drama nippons mais à la décharge de l’excellent casting de Last Friends, la réalisation et la dramatisation extrême de chaque situation, et ce par tous les procédés les plus lourdingues possibles, jouent un rôle clé dans la relative « nanardise » de la chose. Au programme : musique constante, gros plans, direction d’acteur improbable, larmes par camion-citernes entiers.

On est encore loin de l’intelligence et des prises de risque des séries étasuniennes ou de la liberté de ton des séries familiales comme Plus Belle La Vie chez nous (qui comme on le sait est le comble du subversif…). Nombreux sont les shows américains « grand public » qui pétillent, ne laissent pas indifférent, osent confronter les points de vus, osent provoquer le débat. Les scénaristes de Last Friend se contentent pourtant d’aligner les lieux communs.

Des séries diffusées sur le câble [6] sont difficilement comparables aux productions plus classiques des grands network. Cependant elles restent d’un niveau largement supérieur à l’offre de la télévision japonaise et, depuis quelques années, du cinéma de masse contrôlé par les mêmes industries. Tant qu’on appliquera à tout va ces sempiternelles structures narratives et dramatiques et tant que la censure (voire autocensure ?) en amont sera aussi évidente, rien ne changera vraiment. On s’ennuiera ferme en contemplant les dégats, ponctuant ce spectacle médiocre de nos rires nerveux.

Malgré un début fort qui a pour seul mérite de traiter deux thèmes ignorés par les fictions télévisés japonaises depuis des années Last Friends s’embourbe vite dans la routine et la caricature (Life eut le même problème). Même avec un sujet en or, des acteurs qui ont fait leur preuves et une BO efficace [7] le network le plus puissant du Japon réussi à décevoir.

Résultat, comme pour la majorité des séries asiatiques, l’histoire tout entière ne mériterait pas plus qu’un téléfilm d’1h30.

Les joies de la colocation vue par la TV

Aude Boyer, le 4 juillet 2008

7 commentaires

Last Friends – Anonyme, le 19 septembre 2008

bravo pour votre belle analyse bien pourri d’un drama vraiment geniale, prenant du debut a la fin. Osez en plus parler de "Plus belle la vie", la series beauf, dans un article dedier a last friends, montre votre ridicule. Je comprend qu’avec des articles de cette teneur votre magazine ai coulé.

Last Friends – Anonyme, le 17 octobre 2008

je suis d’accords avec le commentaire de la personne qui a écrit avant moi. En écrivant des textes de ce genre, je comprends parfaitement que le "magazine" n’est pas pu tenir le rythme. Faire un magasin ? un blog ? sur la culture asiatique, et "rabaisser" par la suite pratiquement tout les dramas que vous avez commenté, moi je comprends pas trop. Il faudrait peut être songé a changer votre style d’écriture et écrire des choses beaucoup plus passionnante à lire, par ce que franchement, là, limite on se fait ch** à lire les articles (excusez la vulgarité ^^).

Mais si vous faites quelque chose qui a un rapport avec les dramas (ce n’est qu’un exemple), soyez au moins un fan de drama, ou bien mettez les chose qui vous plaise, ça éviterait de raconter n’importe quoi rien que pour faire un article, et pour suivre la mode...enfin bref.....

Last Friends – Thag, le 9 novembre 2008

Last Friends est mon drama préféré.Ca change de lire une critique,car jusqu’à maintenant je n’ai lue que des articles qui en parlent en bien. Même si je ne suis pas tout à fait d’accord avec ce qu’il y a écrit,je partage votre point de vue sur certaines choses comme la caricaturisation de Ruka.Une lesbienne ne ressemble pas forcement à un garçon manqué(et je ne dis pas ça car je n’aime pas ce personnage,au contraire je la trouve très attachante). Pour conclure,même si cet article est plutôt acide et que l’auteur n’a visiblement pas aimé ce drama,il nous faut bien des critiques car tout n’est pas parfait.

Last Friends – Anonyme, le 10 juin 2009

Ruka n’est pas gay, Ruka est ftm....c’est une grosse différence..

Last Friends – Morgane, le 18 juin 2009

Je suis d’accord avec la personne qui est juste avant moi. Vous n’arrêtez pas de dire que le personnage de Ruka est une caricature parce qu’elle est lesbienne et masculine. Vous oubliez quelque chose de capital : Ruka n’est PAS lesbienne ! Elle est transsexuelle ! Je ne vois donc pas en quoi voir un personnage féminin se sentant homme s’habiller de façon masculine est une caricature ! Elle se sent homme, elle ne va donc pas porter des robes et les cheveux longs !

Cela va également à l’encontre de la critique de l’auteur de l’article, qui regrettait que le mot "lesbienne" ne soit pas prononcé dans la série. Mais pourquoi parler de lesbienne dans une série où il n’y en a pas ? Avant de critiquer, il faut faire attention ^^

Last Friends – Aude Boyer, le 21 juin 2009

FtM *recherche google* ok ok... Cela dit, ca non plus ca n’est pas dit. Qu’elle n’ose pas le verbaliser devant sa famille (son pere dans mes souvenirs), pourquoi pas, mais on reste dans un flou pudibond tout le long contrairement aux situations des deux autres perso.

Je peux toujours modifier mon propos sur ce point, mais ca ne changera pas mon avis general : FtM (cad transgenre pour ceux qui ne suivraient pas) ou pas, que l’un des seules figures lesbiennes de la prod TV jap soit forcement un "butch" je trouve ca caricatural. Ca ne change pas non plus le reste de mon propos sur la pauvrete scenaristique de la serie et le jeu d’acteur pathetique de toute la distribution.

Last Friends – Aude Boyer, le 21 juin 2009

Avant de me refaire tancer parce que je viens d’assimiler une nouvelle fois dans ma reponse homosexuels et transgenres, je signale que la nuance depasse sans doute pas mal de monde y compris le telespectateur lambda nippon, et ce malgre la foultitude de new-half presents sur les plateaux TV depuis quelques annees.

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