Lady Vengeance | Park Chan-Wook
Geum-ja est pour certains une sorcière, pour d’autres un ange, elle sera finalement un peu des deux, une femme blessée en colère. Condamnée à treize ans de prison pour l’enlèvement et le meurtre d’un petit garçon de cinq ans, crime qu’elle n’a pas commis, elle passera son temps derrière les barreaux à fomenter sa vengeance à l’encontre du véritable assassin, un maître d’école psychotique, ex-amant de l’ex-taularde future vraie criminelle.
Lady Vengeance est le dernier volet de la trilogie entreprise par Park Chan-Wook comprenant Sympathy for Mister Vengeance et Old Boy. On a gardé le meilleur pour la fin, la vengeance est un plat qui se mange froid, les femmes sont ici à l’honneur. Elles sont au centre du film, occupent les rôles piliers, dominent, même jusque dans le sexe. Le thème de la vengeance ainsi que la violence se voient traités différemment, plus d’envol, d’onirisme, de colères froides, de prières aussi…
C’est beau, inventif, stylisé, un peu trop peut-être mais pas assez pour s’y perdre. On n’est pas devant un clip sur MTVasia.
Park Chan-Wook se défend de vouloir rendre la violence esthétique, la morale est le thème central, elle est partout, religieuse ou sociale, on en parle en filigrane en abordant des sujets divers comme l’adoption, la prison, le fanatisme religieux, les castes sociales… La vengeance peut-elle être rédemptrice ? De quoi ? De quelle manière se libérer de ce sentiment ? Doit-on y céder ? Geum-ja incarne toutes ces questions, elle souhaite se venger pour trouver une rédemption qu’elle n’obtiendra pas, le pardon du petit garçon qu’elle n’a pas sauvé. Elle trouvera en revanche un autre pardon, celui de sa fille, otage et objet de chantage du véritable criminel, abandonnée à l’adoption. Lady Vengeance est la mise en scène de cette lutte intestine entre la sorcière et l’ange. Redoutable, Geum-ja la sorcière ira jusqu’au bout, s’ébranlera un instant avec l’arrivée de sa progéniture, mais gagnera cette lutte, perdue d’avance pour un ange, déchu probablement.
On jubile à la voir réaliser son oeuvre, aidée d’une pléiade de personnages secondaires aussi dévoués qu’indispensables, à la vengeance, au film. On rit aussi, jaune, de l’humour noir omniprésent. Parce que ce film incarne une certaine idée du beau d’une certaine violence. Parce que c’est un film amoral sur la morale. Parce que Lee Yeong-Ae à la classe dans sa robe à pois. Parce que la musique est envoûtante, l’image aguicheuse mais pas racoleuse, pour tout ça et pour bien d’autres choses encore présentes dans le film, Lady Vengeance est une grande réussite. Il y a certes des imperfections mais nous n’en parlerons pas, parce que le parti est pris, parce que vous devez voir ce film. A noter que l’édition collector de ce dvd [1] comprend divers bonus : le making-of, interviews et bandes annonces à intérêt relatif, mais également la version du réalisateur qui présente la fin du film en noir et blanc.
Chronique publiée dans SHINE#2
, le 3 septembre 2006
Notes
[1] HK Video
