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La Mère | Naruse Mikio



Une famille japonaise peu après la deuxième guerre mondiale. Masako, la mère, va devoir pallier l’absence masculine pour gérer un quotidien difficile au sein des quartiers populaires encore marqués par le souvenir du conflit.

Pendant longtemps, La Mère a été le seul film signé Naruse Mikio connu dans nos contrées, avant que différentes opportunités ne permettent la découverte d’un immense cinéaste. okasan Metteur en scène du quotidien, des petites gens, mais avant tout portraitiste de la femme japonaise, Naruse a toujours su contourner les figures imposées du mélodrame. La Mère est un parfait exemple de sa manière délicate d’aborder un sujet propice aux effluves larmoyantes ; avec un certain réalisme mais beaucoup d’humanité et surtout une pudeur distanciée, il nous livre cette chronique douce-amère du temps qui passe , écoulement inexorable pour une mère de famille livrée aux aléas d’une destinée rarement souriante. Deuils successifs du fils aîné, du père, les drames sont contrebalancés par quelques moments souriants. Affleure alors une empathie indulgente sans la moindre niaiserie pour ses personnages ; concours de chant ou fête de quartier, jeux d’enfants, flirt de Toshiko, la fille de Masako (et narratrice de l’histoire) avec un jeune boulanger un peu naïf, rapports avec le voisinage, autant de petits événements du quotidien abordés avec une justesse de ton oscillant entre légèreté et fatalisme, une façon d’observer sans trop s’immiscer dans l’intimité des protagonistes. La patte Naruse est justement cette simplicité voulue, sans effet de style ni surcharge narrative ou mélodramatique. Ainsi dans la courte séquence où le petit Tetsu apporte un cadeau à son oncle malade, des poissons dans un bocal que l’homme observe mélancoliquement, image d’une vie débordante et apaisante pour celui qui va bientôt la quitter : pas besoin d’en rajouter après ces quelques images pleines de poésie.

Si Naruse concède un semblant de Happy end avec la déclaration finale de Toshiko débordant de tendresse filiale, [1] nul ne sera dupe de la solitude à laquelle sera bientôt confrontée Masako. Une situation que Toshiko a directement causée, d’abord en écartant un prétendant potentiel pour sa mère, ensuite par son départ du domicile maternel vers sa vie de femme, une façon de résumer l’ingratitude de tout enfant envers ses parents, injustice ancestrale et acceptée puisque faisant partie de l’ordre naturel des choses. C’est le leitmotiv répété à l’envi tout au long du film, à savoir que le temps passe trop vite, mais qu’il faut faire avec, le pessimisme sous-jacent dans la filmograpie de Naruse trouvant là son expression la plus évidente.

Réputé pour sa direction d’acteurs, Naruse est encore une fois entouré d’une distribution hors-pair, en tête Tanaka Kinuyo, actrice de l’Age d’or du cinéma japonais [2]. Son regard est celui vers qui se tourne le plus souvent le metteur en scène, révélateur de ses doutes, de ses angoisses face à l’inéluctabilité d’un destin morose.

mère & fille

Oeuvre un peu oubliée depuis la révélation occidentale de chefs-d’oeuvre comme Nuages Flottants , L’Éclair ou Épouse dont elle est contemporaine, La Mère est à redécouvrir toutes affaires cessantes au hasard de programmations festivalières, en attendant une édition en DVD amplement méritée ... mais toujours aux abonnés absents.

Michel Boléchala, le 23 février 2008


Notes

[1] « Maman, es-tu heureuse ? Je voudrais tant savoir. Je te souhaite une longue vie heureuse. »

[2] à l’affiche de classiques comme L’Intendant Sansho ou Contes De La Lune Vague Après La Pluie pour Mizoguchi, de La Ballade De Narayama version Kinoshita, tournant encore avec Ozu dans Fleur D’Equinoxe ou dans un autre film signé Naruse : Au Gré Du Courant

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