La Fleur Vaincue Par Le Gel | Thöndrupgyäl
Tserang et Lhakyi sont deux beaux jeunes tibétains qui s’aiment depuis l’enfance et s’opposent ainsi aux coutumes ancestrales de leur village qui ne saurait tolérer une telle union.
Thöndrupgyäl nous offre une longue nouvelle en sept chapitres, autant de témoignages plus ou moins concordants des différents protagonistes, dénouant de manière originale le fil de cette romance contrariée aux forts relents symboliques. La Fleur Vaincue Par Le Gel est en effet une parfaite représentation d’un combat entre modernité et tradition, via le diktat du mariage arrangé. Texte entièrement inédit en traduction française, ce court roman a surtout été le tout premier jamais publié en langue tibétaine en 1981, événement d’importance quand on connaît la mainmise du pouvoir central de Pékin sur cette province.
L’auteur occupe désormais une place au sommet du panthéon culturel national, à titre posthume cependant puisqu’il s’est donné la mort en 1985, à 32 ans. Un geste en forme d’ultime avertissement, exhortation au réveil de son peuple, appelé à toujours rester lui-même en dépit de l’occupation chinoise. Poète, historien, essayiste,romancier, son oeuvre pléthorique encore à découvrir chante une modernité qui permettrait à ses compatriotes de traiter d’égal à égal avec le grand frère occupant et ne plus être considérés comme des assistés incapables de se suffire à eux-mêmes. L’autre volume publié chez le même éditeur en 2007 : L’Artiste Tibétain, un recueil de nouvelles, nous familiarisera un peu plus avec la personnalité complexe de cet intellectuel éclairé.
En attendant, ce texte charmant, limpide, aux accents poétiques certains et à l’exotisme incontestable, nous permettra encore de découvrir une ruralité quotidienne très éloignée de l’image habituelle du Tibet galvaudée par les médias occidentaux piqués de spiritualité et récupérant à tort et à travers l’image bienveillante du Dalaï Lama. Une façon idéale de découvrir la culture du cru, un équivalent littéraire et tibétain du joli film Le Chien Jaune De Mongolie si l’on préfère.
Chronique publiée dans SHINE#2
, le 31 mars 2008
