La Femme de Villon
La Femme de Villon ©Éditions du Rocher
La vie tumultueuse d’Otani Joji, un écrivain alcoolique, suicidaire et infidèle, vue à travers le regard de Sachi, sa compagne et mère de son unique enfant.
Dazai Osamu (1909-1948) ou l’un des très grands noms des lettres japonaises, sans doute le plus fameux tenant du courant watakushi shôsetsu [1], et objet d’un véritable culte plus de soixante années après sa disparition. La Femme de Villon était le dernier des grands textes de l’auteur encore inédits en français[2]. La première édition hexagonale bénéficie pour l’occasion d’un magnifique écrin avec le design soigné de la collection Nouvelles des éditions du Rocher, l’acheteur ayant en main un bien joli objet que l’on prendra plaisir à regarder avant d’en entamer la lecture. Papier luxueux et couverture à rabat, la grande classe pour un livre de poche. Référence à François Villon (1431-1463) auquel Otani a consacré un essai, le titreLa Femme de Villon fait le rapprochement entre les deux hommes à la même vie dissolue. Pour qui connaît le caractère profondément autobiographique de l’œuvre de Dazai, il est alors facile de faire le rapprochement entre le poète français et le romancier nippon via son double littéraire. La Déchéance d’un Homme [3] aurait d’ailleurs tout aussi bien convenu tant la fuite en avant commentée sans concession ni désir de juger par sa compagne évoque les contradictions d’un artiste talentueux tourmenté par une problématique intime dont la seule issue se trouve dans la mort. Un récit empreint de pessimisme et d’amertume dont le style sec et sans fioritures renforce le caractère réaliste parfois proche d’un compte-rendu clinique et abrupt. Sachi, à la fois épouse, témoin et actrice d’un drame conjugal vécu au quotidien, oscille entre lucidité et fatalisme, sans jamais se départir d’une tendresse, certes sans illusion, mais réelle vis à vis de son mari. On retrouve là la manière unique de l’écrivain, parangon de narcissisme qui affiche en permanence un dégoût de soi s’exprimant dans une cruelle autodérision et un humour aussi inattendu que ravageur, bien que cet aspect des choses soit cette fois moins présent. L’écriture faussement simple n’aura besoin que de quelques mots pour dresser le tableau ou expliquer les enjeux, l’émotion contenue éclatant au détour d’un court dialogue ou d’une réflexion de l’héroïne principale, sans qu’il soit besoin d’en rajouter. Une littérature moderne, à la fois limpide et d’une rare puissance d’évocation, pour figurer l’inutilité d’une existence. Mais là où Otani se débat en un conflit intérieur insoluble : continuer ou mourir, pour Sachi l’important est de vivre, même une vie comme celle-là.
Un film éponyme est sorti en 2009. En dehors des adaptations de son œuvre, la vie de l’écrivain a également donné lieu au téléfilm Dazai Osamu Monogatari réalisé en 2005 par Hirano Shunichi pour (TBS Network) , avec Toyokawa Etsushi dans le rôle principal.

  1. ou « roman du je », le texte étant toujours écrit à la première personne []
  2. la nouvelle avait en fait déjà était traduite et publiée dans le Bulletin de l’Association des Français au Japon n°93-94 de 1969 par Paul Anouilh, mais jamais éditée en volume []
  3. autre fameux texte de l’auteur []
3 août 2010 Aucun commentaire
Leave a comment

  • ヴィヨンの妻
  • Japon 1947.
  • Editions du Rocher (2005).
  • Traduit par Sylvain Chupin.