La chasse à l’inspiration sur le net continue pour les producteurs en mal de scénaristes. Pascal Nègre nous rebat les oreilles avec la crise du marché du disque à longueur d’année mais oublie souvent de préciser qu’elle va de pair avec une crise artistique. Un manque de créativité flagrant, une spirale infernale dans laquelle le septième art est également emporté, touché par le mal moderne du recyclage d’idée : le remix. Koizora, ou l’exemple type du « produit culturel » moderne.
Rien de moins innovant en Asie que de produire une histoire trouvée sur la toile ; comme les biopic aux États-Unis, le genre pullule.Bloggers et romanciers en herbe voient régulièrement leurs écrits adaptés à l’écran, petit ou grand. Les deux plus grandes réussites à ce jour étant sans conteste Densha Otoko et, avant lui, la délicieuce sucrerie coréenne My Sassy Girl. Koizora figure également sur cette fameuse liste. Aveu de l’incompétence scénaristique des nouveaux studios nippons qui se bornent à adapter leurs propres productions télévisées, elles-même souvent déjà adaptées de mangas, eux-mêmes tirés de blogs et autres BBS (forums), ce très très long métrage ne restera certainement pas gravés dans la mémoire des cinéphiles.
À l’origine du mal il y a Mika[1]. Une anonyme qui écrit un keitai shōsetsu (roman de portable) sur un site web pour cellulaire, suivant de peu l’énorme succès de Yoshi et son Deep Love [2] publié de la même manière.Romanesque, abracadabrantesque même, ce roman est dans la continuité de la littérature populaire dans sa version la plus péjorative : la « culture du pauvre ». L’adaptation cinématographique est fidèle à l’œuvre originelle dans son essence même, l’amateurisme. Tout comme le casting est à l’image de la qualité de production, dorama-tique.
Mika est en seconde, elle égare son téléphone dans le lycée et le retrouve vidée de toute ses données. Un mystérieux garçon l’appelle alors quotidiennement, l’été passe, ils se rencontrent. C’est un grand type de son lycée aux allures de bad boy, Hiro[3], un blond platine, et percé de surcroit, qu’elle va aimer passionnément après quelques minutes d’hésitation. Sur cette base maintes fois radotée, vont se succéder les jours heureux, les batifolages pudibonds et les promesses intenables. Difficile de ne pas voir venir de très loin un grand malheur s’abattre sur les deux jeunes amants. De son viol, à la perte d’un enfant (désiré), en passant par les traumatismes divers, tromperies, maladies mortelles, avortements, Mika collectionne les histoires glauques, plus ou moins épaulée par son cher et tendre, et subit quarante années de poisse en moins de quatre.
Accumulant les poncifs et les situations improbables, Koizora reste un soap opera d’un ennui mortel : mal construit, au vu des aberrations scénaristiques et des enchaînements brutaux ; mal écrit, au vu de la psychologie des personnage et du manque de réalisme ; mal filmé au vu des obsessions stylistique et démonstrations pataudes d’Imai Natsuki[4]. Le ponpon reste la dernière partie du film qui lorgne du côté d’un Sekachū, machouillé, ruminé même, puis recraché bêtement, sans bénéficier du talent d’interprétation, de réalisation et d’écriture mélodramatique de ce dernier. La mort c’est triste, mais il faut continuer. C’est sur un constat fascinant de ce type qu’il vous faudra méditer tristement entre deux reniflements, et quelques notes de Mr. Children, groupe larmoyant s’il en faut à l’image de toute la bande sonore du film qui tente d’arracher de vos yeux embrumés par la fatigue de grosses gouttes d’eau salée.
La romance adolescente est un genre plus complexe et plus nuancé qu’un épisode de Newport Beach ou de Premiers Baisers, chose que le réalisateur, ici aux manettes de son premier film, n’a semble-t-il pas assimilé, sans doute était-il trop imprégné des ses expériences télévisés où se cotoient le bon (Orange Days) comme le très mauvais (Kōkō Kyōshi 2003 ). Un premier film, et pourtant déjà un film de trop, voire un film du « trop ». Trop décousu, trop banal, trop superficiel, trop… mauvais. Un beau ratage, dont on devra sans doute subir une suite inspirée de la side story, Kimizora, la même histoire vue par Hiro. L’occasion tout de même de revoir le charmant minois d’Aragaki Yui[5] archétype de la girl next door à la japonaise.
- 美嘉 [↩]
- adapté en film par l’auteur en 2004, ainsi qu’en drama et manga [↩]
- Miura Haruma, vu dans des films mineurs comme Akihabara@Deep ou Catch A Wave et dans de nombreuses séries TV comme Unfair ou plus récemment 14 Sai no Haha [↩]
- notamment les plans fixes et redondants sur le ciel, ou les rizières, loin du talent lyrique et graphique d’un Iwai Shunji ou d’un Yukisada Isao [↩]
- vue dans de nombreux drama comme GyaruSa, Papa To Musume No Nanokakan, ou Sh15uya [↩]
- 恋空
- Japon 2007.
- Toho.
- Avec Miura Haruma et Aragaki Yui.
- koizora-movie.jp
