Kitano Takeshi
Glandeur dans sa jeunesse, puis apprenti comique manzai, bête de scène, de télé et de radio, pour finalement tâter de l’acteur, du cinéaste, du peintre etc. Kitano Takeshi a tout fait dans sa vie. S’il fait un bref récapitulatif de sa vie, je pense qu’il doit être le plus surpris de nous tous de par son parcours que pourtant, rien ne prédisposait. Alors que certains naissent avec une vocation et un certain destin à accomplir dans ce triste monde tragique, Kitano lui avance un peu au pif, même s’il a largement trouvé sa vocation depuis. Sa vie est une sorte d’enchaînements successifs dus à des défections, des hasards, mais aussi du fait de la curiosité dévorante de Kitano a toujours vouloir expérimenter des domaines inconnus pour lui. Portrait d’un touche-à-tout génial qui a réussi à réactualiser le cinéma japonais depuis un peu plus de dix ans et à devenir (hélas !) le chouchou de tous les bobos cinéphiles.
Les débuts au cabaret Le Français
Kitano Takeshi naît le 18 janvier 1947 dans une famille pauvre de Tōkyō. Sa mère est mère au foyer. Son père, Kikujirō [1], est un personnage mystérieux, violent parfois, et associé à la mafia japonaise, les fameux yakusa. Fabriquant artisanal d’articles pour peintres, il s’adonne parfois à la peinture en amateur, chose que Takeshi fera plus tard également. Malgré le fait que Kitano eût très peu de contacts avec son père, ce dernier le marquera, et lui manquera peut-être aussi, toute sa vie durant.
Après avoir glandé quelques temps à l’université Meiji dans des études techniques inintéressantes, pour les lâcher en cours de route afin de glander à nouveau, mais cette fois-ci dans les rues et bars avec d’autres parasites et pseudo artistes du même genre, Kitano décide à 25 ans de faire quelque chose de sa vie et de devenir comique. Revenu dans son quartier d’origine, dans le sixième arrondissement d’Asakusa à Tōkyō, il se présente au premier cabaret venu, baptisé Le Français et spécialisé surtout dans les strip-teases, et demande si on ne cherche pas des comiques. Il se fait embaucher de suite, mais comme garçon d’ascenseur ! Ce petit boulot, qui n’est pas vraiment une sinécure, lui permettra d’approcher le monde et les gens du spectacle, mais surtout le patron du cabaret, qui est aussi une des célébrités comiques du moment, Fukami Senzaburō. Fukami deviendra le pygmalion et le formateur de Kitano, ce dernier l’appellera toujours très respectueusement « maître ». Fukami lui répondant par des « Take » quand il était content de son élève et « petit con » quand c’était l’inverse ou tout simplement pour ne pas lui montrer qu’il était fier de lui. Fukami, intrigué par Kitano et sa volonté de devenir comique, alors qu’il fera tout pour lui en dissuader au début, lui enseignera les bases du métier, à commencer par les claquettes, puis lui donnera son premier rôle sur la scène : celui d’un travesti en talons-aiguille ! Avec ses jambes arquées et son allure pas vraiment efféminée, vous imaginez aisément les rires du public.
Le temps passant au Français, Kitano grimpe petit à petit les échelons, passant du simple garçon d’ascenseur à celui de régisseur et se lie d’amitié avec un peu tout le monde dans le cabaret, en particulier avec les danseuses qui le prennent en affection et le gavent comme une oie de bons petits plats. Le travail devient de plus en plus dur et les cuites de plus en plus fréquentes. Son salaire étant trop maigre, Kitano va jusqu’à arnaquer des clochards ou les strip-teaseuses du cabaret pour pouvoir se beurrer lui et son grand ami d’alors, Inoue… Kitano a toujours été un alcoolique sévère. Même maintenant, alors que les médecins lui ont interdit de boire depuis son terrible accident de moto en 1994. Il fume également au moins trois paquets de cigarettes par jour. Il semble grandement apprécier l’autodestruction.
Kitano devient de plus en plus populaire sur la scène du Français dans les sketches que son maître lui a patiemment appris. Grisé par les rires gras du public, il improvise de plus en plus, jusqu’à rogner le temps de scène des strip-teaseuses qui passaient juste après lui, ce qui lui valait de se faire copieusement engueuler par celles-ci. Le cabaret devait les trois-quarts de ses entrées, et donc des revenus de ceux qui y travaillaient, aux danseuses. D’ailleurs, le public venait bien plus pour voir des filles en petite tenue que de gros comiques bien lourds et passablement demeurés. Enthousiasmé et plein de confiance en lui-même et en son talent à faire rire, et légèrement jaloux de voir certaines de leurs connaissances, estimées moins bonnes qu’eux, passer à la télé, Kitano et un petit nouveau entré au Français du nom de Maakii, commencent à vouloir battre tous seuls de leurs propres ailes, ce qui impliquerait de quitter tôt ou tard le cabaret et par la même occasion maître Fukami, chose qui se fera plus tard presque dans la douleur des deux côtés. Kitano et Maakii commencent donc à répéter quasiment en secret des sketchs. Etant deux et jouant dans un registre comique, la chose la plus logique aurait été pour eux de faire du manzai mais Kitano ne voulait pas. Il n’aimait pas ce genre et s’en trouvait certainement très influencé par maître Fukami qui, lui, abhorrait quasiment cette activité en disant que ce n’était même pas de l’art. Le manzai est un art comique typique du Japon. Il consiste en un duo qui s’échange des propos salaces, acerbes et très souvent stupides le plus rapidement possible. Chaque comédien rebondit sur la phrase de l’autre comme une sorte de ping-pong verbal. L’improvisation y joue un très grand rôle. On pourrait parler d’équivalent chez nous avec le vieux duo des années 70 baptisés Les Frères Ennemis.
Hélas ! Maakii, alcoolique au dernier degrés et gravement malade de surcroît, ne pourra pas assumer plus longtemps les répétitions et l’ambition dévorante de Kitano à monter sur une autre scène. Plein de regrets, il cède sa place à un autre type, Kiyoshi Kaneko, qui tannait Kitano depuis bien longtemps pour faire avec lui du manzai, activité plus lucrative selon lui. Ils quittent tous deux le Français et décident de se produire sous le pseudonyme de The Two Beats [2]. Une fois le duo constitué, Kitano fait l’erreur de laisser le commandement de la barque à son acolyte. Celui-ci a donc en charge de proposer les sketches. Ils sont lourds, vieillots et archi-connus. Des duos de manzai comme eux, il y en a déjà des dizaines. La concurrence est donc rude. C’est une période de vache très maigre et enragée pour eux deux. Kitano gagnait encore moins d’argent qu’au temps du Français. Les Two Beats travaillaient moins de dix jours par mois en moyenne pour des salles très souvent vides ou peuplées de vieillards éteints ne sachant même pas ce qui se passait sur la scène.
Revenir au Français aurait été l’humiliation suprême pour Kitano, même si Fukami l’aurait accueilli à nouveau sans rien dire. C’était tout de même de trop. Il décida de prendre les choses en main et changea totalement le répertoire du duo. Alors que le manzai était complètement dépassé et quasiment assimilé au ringard, Kitano dépoussière le tout en y introduisant des blagues de fesses vulgaires, des gros mots, des propos racistes envers les habitants de différentes régions du Japon et en faisant souvent participer le public, bien involontairement d’ailleurs puisque Kitano n’hésitait pas à leur foncer dans le lard, à les chahuter, ou carrément à les insulter s’ils ne réagissaient pas ! C’était du jamais vu auparavant. L’ambiance était explosive et il arrivait même certains soirs que Kitano en vienne aux mains avec certains spectateurs. Le succès est tout de suite au rendez-vous. En 1974, ils se font remarquer par un chasseur de tête de la télé et se font engager sur la chaîne NHK et en l’espace d’un an seulement, ils deviennent de véritables éléments indispensables comiques. En 1975, c’est la consécration puisqu’ils reçoivent une récompense pour leur émission.
Premier grand rôle
Avec une telle notoriété télévisée, il était bien évident que Kitano intéresserait d’autres médias que la télé. Il fit des pubs, quelques disques mêmes aussi [3] mais c’est surtout le cinéma qui le prit dans ses filets. Il démarra tout d’abord dans un drama japonais nullard au possible. A grand acteur, même débutant, il faut un grand réalisateur. Oshima Nagisa lui donnera sa première chance réelle en 1983. A l’époque, Oshima, bien connu pour L’Empire Des Sens, film porno sous couvert d’intellectualisation et produit par des capitaux français, s’apprêtait à tourner un long-métrage avec deux musiciens en guise de premiers rôles et non des moindres : David Bowie et Sakamoto Ryūichi dont ce dernier, leader du groupe électro-pop Yellow Magic Orchestra alors en pleine gloire au Japon, écrira également la bande-originale du film [4]. Le film s’appellera Furyo en Occident et Merry Christmas Mr. Lawrence en Asie. L’intrigue se passe dans un camp de prisonniers anglais à Java, tenu par des Japonais pendant la guerre contre le Japon. Kitano, la boule à zéro, jouera le sadique sergent Hara Gengo. Même si Sakamoto et Bowie resteront les maîtres de ce film extrêmement ambigu et noble, Kitano ne manquera pas de se faire remarquer de par son jeu et sa folie latente.
Kitano continue ensuite ses émissions télé toujours plus délirantes et désormais en solo (le duo The Two Beat s’étant séparé au début des années 80), qu’il remplace par une troupe d’acteur-copains-poivrots-souffres-douleur appelés les Gun Dan. Il se fait tout de même épingler pour avoir cassé la gueule, avec cette même bande, de paparazzis qui l’importunaient lui et sa petite amie de l’époque, ce qui lui vaudra une réputation de mec violent au cinéma comme à la ville. Kitano n’a pas bonne presse dans son pays.

Kitano le cinéaste
En 1989, une nouvelle opportunité de film s’offre à lui. Des producteurs nippons avaient envie de faire, avec Kitano en premier rôle, un remake à leur sauce de Dirty Harry, le fameux inspecteur Harry Callahan, aussi réac’ qu’expéditif dans ses méthodes pour lutter contre le crime, et que l’immense Clint Eastwood a incarné cinq fois de suite à l’écran. Mais le réalisateur choisi pour faire ce film, Fukasaku Kinji, ne s’entendant pas avec Kitano [5], déclare forfait. Ne se dégonflant pas, Kitano prend sa place derrière la caméra ! Ce sera sa « première fois » en tant que réalisateur d’un film complet. Et quel film ! Violent Cop sera une claque pour le public japonais et les fans de Kitano en général. La légende dit que c’est lui-même qui monta le trailer de ce film et qu’il ne choisît que les rares séquences comiques du film et quelques scènes passe-partout. Le public, en voyant ça, s’imaginait trouver là une bonne grosse comédie digne de Kitano et qu’ils allaient rire aux éclats durant tout le film. Erreur ! Violent Cop fit l’effet d’une bombe au Japon. Ce rôle de flic violent, désabusé, et complètement à côté de ses pompes fut une véritable douche glacée pour le public de Kitano qui ne l’avait jamais vu comme ça ou presque.
Les choses s’enchaînent alors très vite pour lui et le créneau du cinéma semble être sa nouvelle passion et but après le cabaret et la télé. Jūgatsu [6] arrive ensuite en 1990, premier film entièrement écrit et monté par Kitano lui-même. Film brouillon tout de même, plus proches des films grotesques chinois, avec des yakuzas plus beaufs qu’autre chose, mais avec tout de même des scènes assez balèzes et surtout, le début des plans fixes sur des paysages ou des personnages ne disant rien, chose que Kitano aime tant. La fin du film intrigue. Pour A Scene At The Sea (1991), il laisse tomber la violence et les yakusas en chemise hawaïenne et cols pelle à tarte pour nous proposer un film contemplatif, quasiment sans dialogues (les deux jeunes acteurs interprètent des rôles de sourds et muets…), et également sans Kitano, mais avec de petites notes d’humour répétitives qui font mouche à chaque fois et beaucoup de sentiments même si cela se termine mal ce qui est presque toujours une constante chez Kitano. Une grande réussite !
C’est avec Sonatine (1993) que l’on va commencer à parler de Kitano en dehors des frontières nipponnes et qu’il va devenir le réalisateur fétiche des yuppies occidentaux... Sonatine est une sorte de Jūgatsu mais en plus réussi et en beaucoup plus esthétique. Les paysages sont magnifiques, les acteurs sont touchants, souvent drôles, et nous montrent l’absurdité d’une vie de yakuza, faite de violence et finalement sans véritables buts.
Avec Getting Any ? (1994), Kitano réalise un film formaté quasiment pour le public nippon. A moins d’avoir une sévère culture du pays, aussi bien général que médiatique, ce film est difficile à appréhender pour un occidental. Kitano se moque de la société japonaise à l’aide de chansons parodiés et de sketches à deux balles. Le film ne sera pas un gros succès au Japon, probablement parce que le public n’aime pas que l’on se moque de lui ou qu’on lui montre sa vraie face.
Kids Return (1996) marque le retour de Kitano après un très grave accident de moto en 1994 dont il réchappera de justesse [7]. La version officielle est que Kitano était complètement bourré quand c’est arrivé. La version officieuse parle d’un suicide manqué… Malgré ça, et à peine sortie de l’hôpital, il se remet au boulot pour nous pondre un film presque autobiographique sur deux étudiants glandeurs, racketteurs, essayant tout et n’importe quoi pour se trouver un but dans une vie et une société qu’ils ne comprennent pas vraiment et qu’ils refusent en bloc. Beaucoup de détails issus de la propre vie de Kitano, alors qu’il était au Français, sont inclus dans ce film qui reste un des favoris des fans du maître.
Hana Bi (1997) est probablement son meilleur film. Sublimement noir, Hana Bi prend le spectateur aux tripes par son histoire de flic désespéré, mortifié par la mort d’un de ses collègues et le handicap d’un autre, mais surtout par le cancer de sa femme en phase terminale. Kitano, sous le rôle de Nishi, nous montre les dégâts que peuvent occasionner une vie dégueulasse sur un homme. Magnifique. A noter que les nombreux tableaux exposés dans le film sont de lui. Kitano reçut le Lion D’or à Venise pour Hana Bi.
L’Été De Kikujiro (1998). Avec ce film, Kitano largue le « côté obscur » de la chose pour un film très tendre et joyeux, même si la tragédie y pointe légèrement son nez parfois. Un yakusa, plus bouffon qu’autre chose, est désigné par sa maîtresse-femme de compagne pour emmener un gamin qu’elle connaît voir sa mère qui habite à l’autre bout du Japon. Bourré de gags, de petites phrases, et de situations comiques, et encore une fois issues de sa période au Français (les clins d’œil y sont nombreux) Kitano nous fait son numéro en véritable show man. On s’amuse, on rit et on est ému.
Aniki (ou Brother, 1999) n’est pas son meilleur film. On sent bien qu’il a été tourné en grande partie pour plaire aux Américains et à Hollywood. Tourné aux USA, c’est une histoire banale de yakusa, de vengeance et de carnage total. Kitano y introduit des acteurs étrangers. Malgré plusieurs scènes réussies et de l’humour, alternant avec de la violence sauvage, Aniki est un « petit » film de Kitano et finalement très prévisible. Peut-être que lui-même n’en fût pas vraiment convaincu lors de sa réalisation et le bâcla-t-il. Reste les performances des seconds rôles du film comme Omar Epps ou Terajima Susumu, ce dernier étant un habitué des films de Kitano et toujours excellent.
Même s’il n’était qu’un simple acteur dedans, personne n’oubliera jamais sa performance exceptionnelle dans Battle Royale, film devenu culte entre temps, dans le rôle de « Kitano », dont la forme fait grandement penser au sergent Hara dans Furyo, le même sadisme et déconnexion totale du monde réel.
Dernier film en date du maître à l’heure où cet article est écrit, Dolls (2003) nous démontre que le vieil adage « les histoires d’amour finissent mal en général » est bien vrai. Comme pour Kids Return ou A Scene At The Sea, Kitano n’intervient pas dans ce film. Trois petites histoires composent ce long-métrage et toutes s’emboîtent les unes dans les autres. La plus réussie des trois est la première, celle des mendiants enchaînés. Kitano l’avait dans la tête depuis bien longtemps mais n’avait pas assez de matière pour en faire un film complet.
Avec le temps, il ajouta deux autres histoires dans le même style mais nettement moins marquantes et poignantes que celle des mendiants. Une histoire écrasante d’émotion et deux comédiens époustouflants pour la jouer, mention spéciale à Kanno Miho pour son jeu d’actrice.
Dans les années 60/70, il était inconcevable que le maître des « westerns spaghetti », à savoir Sergio Leone, ne puisse faire un film sans le support musical d’Ennio Morricone. Pour Kitano, c’est la même chose avec Hisaishi Joe, déjà connu pour ses musiques de films pour les animations du studio Ghibli [[citons Mon Voisin Totoro, Princesse Mononoke, Le Voyage De Chihiro etc.). Ce dernier signera toutes les bandes-originales de ses films à partir de A Scene At The Sea.
Kitano l’homme-mystère
Interrogé, Kitano semble totalement étranger aux réactions des médias, qui semble mépriser et en particulier quand ils ne sont pas japonais (la conférence qu’il donna aux USA à la sortie d’Aniki fit presque scandale tant Kitano fut froid et agacé). Il n’aime pas être contrarié, la promotion l’emmerde très certainement. C’est un personnage mystérieux. Il ne semble là que pour faire ce qu’il veut. Il fait ses films, ça marche ou pas, il s’en fout. Les multiples pressions habituelles des réalisateurs, comme le fait de savoir si le film sera amorti niveau entrées ou ce genre de choses, ne l’atteignent pas. Quand on lui dit que son dernier film Dolls a fait pleurer d’émotion des armées entières de Japonaises dans les salles de cinéma nipponnes, il répond simplement que « ça lui fait bizarre d’entendre ça ». Rien de plus. Les interviews le gavent. Les flagorneries encore plus. Il tomberait sur cet article, il dirait que c’est de la merde et que son auteur peut se le tailler en pointe.
Kitano a des avis extrêmement tranchés, voire « réacs » sur certaines choses. Le politiquement correct, ce n’est pas son truc. Quand il estime quelque chose de mauvais, il le dit et assez fortement. Tout cela doit venir de son expérience passée sur les planches en tant que comique manzai, où le tact est rarement employé. Le cinéma américain en fit les frais lors de la promo de Aniki. Avec toutes ces pseudos stars hollywoodiennes qui se regardent un peu trop le nombril, ça fait du bien d’avoir un type comme Kitano, qui ne se prend pas au sérieux et qui agresse finalement pour cacher sa timidité et ses sentiments à l’instar de son regretté maître Fukami, décédé au début des années 80 dans un incendie, probablement volontaire, à cause d’une solitude trop pensante. Les comiques ne sont comiques que sur scène. Une fois rentrés chez eux, ils sont seuls pour la plupart du temps et le bouffon laisse place au clown blanc, celui qui est triste. Une médaille aura toujours son revers.
Kitano est obsédé par la mort ou le fait de la frôler de très près, probablement pour mieux se sentir vivant après. Tous ses films le prouvent. Mais à force de frôler le soleil, il arrive parfois qu’on s’y brûle les ailes. Il ne serait guère étonnant qu’on apprenne un soir aux infos qu’il s’est suicidé dans des circonstances mystérieuses et sans aucune raison pour expliquer son geste. Kitano Takeshi a réussi l’exploit de ressusciter le cinéma japonais depuis Kurosawa ou Ozu avec des films mêlant la violence à l’émotion, le glauque à l’esthétique, le dégueulasse à la noblesse. Il est évident qu’il entrera dans ce club très fermé des réalisateurs légendaires nippons dans peu de temps et qu’il y restera.
Chronique publiée dans Kogaru#6
, le 11 octobre 2003
Filmographie sélective
Réalisateur :
- 1989 - Violent Cop
- 1990 – Jūgatsu
- 1991 – A Scene At The Sea
- 1993 – Sonatine
- 1994 – Getting Any ?
- 1996 – Kids Return
- 1997 – Hana Bi
- 1998 - L’Été De Kikujiro
- 1999 – Aniki, Mon Frère
- 2002 - Dolls
- 2003 – Zatōichi
- 2005 – Takeshis’
- 2006 – Kantoku Banzai !
Acteur :
- 1983 - Furyo (Oshima Nagisa)
- 1995 - Johnny Mnemonic (Robert Longo)
- 1995 – Gonin (Ishii Takashi)
- 1998 – Tokyo Eyes (Jean-Pierre Limosin)
- 1999 – Gohatto (Oshima Nagisa)
- 2000 - Batlle Royale (Fukusaku Kinji)
- 2004 – IZO (Miike Takashi)
- 2004 – Blood And Bones (Kim Joon-Pyong)
- 2007 – Ten To Sen
Notes
[1] comme le film dont son fils lui rendra un vibrant hommage quelques 40 ans plus tard avec le film L’Été De Kikujiro
[2] le nom d’acteur de Kitano pour ses films, Beat Takeshi, vient de là
[3] sa fille Shōko lui emboîtera le pas quelques années plus tard en J-Pop, sans grand succès
[4] thème qui fera le tour du monde grâce au thème Forbidden Colours, en association avec David Sylvian, le leader charismatique du groupe new wave Japan
[5] amusant quand on sait qu’ils finiront par collaborer an 2000 pour le brûlot ultra-violent Battle Royale
[6] appelé aussi Boiling Point
[7] il restera plusieurs jours entre la vie et la mort et son visage portera à vie les traces de cet accident par de profondes cicatrices sur le visage mais aussi des tics nerveux faciaux bien visibles dans ses films depuis cette période
