Croyez-vous aux contes de fées ? Certains y croient dur comme fer toute leur vie et sombrent dans la dépression nerveuse vers 45 ou 50 ans en voyant que ça n’existe pas et que la vie est dégueulasse en général. Les résidents permanents du pays des Bisounours sont des clients potentiels pour tous les analystes et autres psy, les vrais dépressifs se suicident eux… Pourtant, ça arrive quelque fois qu’une histoire digne de la collection Harlequin, vous avez, ces livres ridicules écrits pour des gens qui ne savent pas lire, se produise. Mais encore faut-il le mériter ! Kawashima Ai en vit une en ce moment.
N’ayant même pas encore 18 ans, Kawashima Ai est l’une des nouvelles coqueluches de la j-pop actuelle, tout aussi bien en solo sous son propre nom que sous celui de son duo I WiSH (Ai Wish ?…) dont ce dernier vendit 600 000 albums d’un seul coup en 2003. Une des valeurs sures et probablement l’une des futures « grandes » de la chanson japonaise. Kawashima Ai est née le 21 février 1986 à Fukuoka, dans la même préfecture que Hamasaki Ayumi pour le détail. Parcours classique pour cette gamine dont la mère est musicienne. Elle inscrit donc sa fille à des cours de piano dès l’âge de trois ans. C’est la révélation. En grandissant, elle décide de devenir chanteuse par tous les moyens. Ai remportera de nombreux concours musicaux dans son enfance.
Les études japonaises étant ce qu’elles sont, Ai ne trouve pas beaucoup d’opportunités pour se faire entendre, elle, et les petits bouts de chansons qu’elle a commencé à griffonner dans son coin. Après le brevet des collèges, Ai est toujours au point mort. Personne ne la connaît et personne ne l’attend. Pourtant, son désir de chanter est toujours intact. Pour ses études, elle monte à Tōkyō, se trouve un petit boulot et avec l’argent économisé, s’achète un clavier pour remplacer le piano familial qui lui manque tant. Ai se met à composer comme une folle. Sa vie se déroule entre ses cours et la musique une fois rentrée chez elle. Elle ne sort quasiment jamais, le moindre temps libre est réservé à la composition. Devant les touches noires et blanches de son synthé, elle se sent vivre. Le solfège n’ayant pas de secret pour elle, elle note toutes les musiques qui lui passe par la tête et chante dessus ses propres textes. Ai s’investit énormément, compose plus d’une centaine de chansons ; elle en vient même à prier pour que ça marche. Les bonnes fées récompensent toujours ce genre de chose…
Un jour, en se promenant dans les rues de Shibuya, quartier haut en couleurs de Tōkyō où l’on croise les derniers grotesques en haillons fashion, elle voit de jeunes guignols, estampillés « rockers », en train de massacrer de la musique en plein air. Et malgré la pauvreté de ce qu’ils jouent, et leur voix éraillée par l’abus de bière bon marchée et de cigarettes, il y a du monde qui les écoute. Ils semblent même aimer ça. Ai se dit que si des pouilleux comme eux arrivent à se faire entendre, elle peut tout aussi bien en faire autant. Elle fera donc la même chose mais dans son style. Elle décide de se lancer un pari à elle-même : elle donnera 1000 petits lives dans la rue pour se faire remarquer. Si après ces 1000 lives, rien n’a bougé, elle laissera définitivement tomber. Pari fortement risqué car c’est son rêve qu’elle joue ici. Le spectre hagard et terrifiant de l’office lady plane désormais sur sa vie future en cas d’échec.
Avec Kawashima Ai, on est très loin de la japonaise gauche et complexée. Pourtant, à l’entendre parler, elle semble extrêmement timide, modeste et réservée. Pas du tout le genre de « grande gueule » ambitieuse et imbue de sa personne. Ai ne se démonte pas et, armée de son synthé portable, elle s’installe dans la rue et commence à jouer ses compositions. Jour après jour, elle est là. Le public aussi vient, de plus en plus nombreux au fil du temps. La pureté de la voix de Ai et ses compositions légères et touchantes sont de puissants attracteurs. Un groupe d’une centaine de fans de la première heure se crée et la soutienne. Ai les connaît tous par leurs prénoms. Ai dira par la suite que ces petits concerts improvisés lui firent chaud au cœur et lui montrèrent qu’elle n’était plus seule, elle avoua aussi que vivre à Tōkyō, mégalopole inhumaine, était déprimant et qu’elle pleurait très souvent seule le soir chez elle.
Le temps passe doucement au rythme des notes et des mélodies en plein air. Ai se lance dans un nouveau pari. Elle s’enregistre chez elle sur un tout petit matériel et en fait un CD. Merci le tout numérique. Ce sera ses « indies », comme tout bon débutant confirmé. Elle décide d’essayer d’en vendre 5000. Ai ne semble avancer que lorsqu’elle se lance des paris extrêmement osés. De l’audace, toujours de l’audace… Une chaîne de télévision nipponne qui proposait une reportage sur les artistes de rue, montra Kawashima Ai avec son petit clavier et ses chansons douces. Elle ne débordait pas d’ambitions intenses de devenir une grande star de la chanson ; son vœu était simplement de chanter et de réussir ses paris. Après, si ça marche, tant mieux. Le reportage lui donne une gros coup de pouce, elle se fait remarquer par une maison de disques qui lui propose un contrat. Au départ, ce sera juste I WiSH, un duo avec un claviériste vaporeux nommé Nao mais Ai garde le contrôle sur tout. D’ailleurs, parmi les fidèles de Ai, personne ne savait que c’était elle qui chantait dans ce duo, dont la chanson Asu He No Tobira sera l’un des gros cartons de la fin 2003. Malgré ce succès évident, Ai continua à jouer dans la rue, son compte de représentation n’y était pas encore. Quand elle arrêta, elle avait vendu elle-même 9046 CD.
Son dernier vœu était de chanter dans une grande salle de concert japonaise. Ce sera le Shibuya Kōkaido. La salle fut quasiment pleine avec 1923 spectateurs. C’est d’ailleurs le lendemain de ce concert que la presse se déchaîna sur elle en révélant que la chanteuse de I WiSH était Kawashima Ai, la petite chanteuse de Shibuya. En parlant de salle, notons que grâce à son petit succès, et à l’appui de Toba Ichirō et Mikawa Ken’ichi, elle put chanter au Carnegie Hall et être la plus jeune artiste de tous les temps à avoir ce privilège. Ai composa également le générique de la très populaire émission de télé Ainori. C’est une sorte de Loft Story en version japonaise. Un bus se promène dans toutes les grandes villes nipponnes et à l’intérieur, des garçons et des filles dont ils ne soupçonnaient même pas l’existence la veille. On les voit se déchirer ou s’unir à coups de baisers en cul de poule, typiquement japonais !
Il est désormais évident que Kawashima Ai, que ce soit en solo ou au sein de I WiSH, a trouvé son style et s’y tiendra, à savoir de gentilles petites chansons douces. Cela pourrait bien la piéger, comme c’est le cas pour Kiroro. Elle se risque à d’autres styles plus énergiques dans ses albums ou en face B, mais il est clair que le public lui demande avant tout de la tendresse et du doux, style où elle est en passe de devenir maîtresse. A suivre de très très près à l’avenir.
- 川嶋あい
- Japon
