Kitano Takeshi est un réalisateur en panne d’inspiration. Après avoir consulté un médecin, il passe mentalement en revue différents projets pour tenter de relancer une carrière au point mort.
Se prenant à nouveau pour sujet principal, Kitano dans son propre rōle signe une sorte de deuxième chapitre à TAKESHIS’ avec lequel il constitue un parfait diptyque. Cette fois pourtant, il ne semble plus maîtriser grand chose ; le schéma du film est complètement bancal, hésitant entre la relecture parodique de divers genres cinématographiques, et une histoire non-sensique au possible. La Kitano’s touch s’amuse d’abord à détourner à sa façon les scènes caractéristiques de grands moments du cinéma nippon, des comédies dramatiques de Ozu Yasujirō[1] aux films de fantōmes, en passant par l’inévitable histoire de ninjas. Des moments amusants, mais pas franchement passionnants à dire vrai, un exercice de style où l’on sent déjà que le coeur n’y est pas. Vouloir montrer avec humour et recul son incapacité à trouver un sujet porteur est une bonne idée en soi, sauf que sa concrétisation à l’écran s’avère là tout autant incapable de produire quelque chose d’intéressant… Constat hélas confirmé par une deuxième partie encore pire que la précédente.
Kitano choisit comme par défaut de suivre les pérégrinations de deux femmes excitées comme des puces en quête du pigeon idéal, interprétées par la fidèle Kishimoto Kayoko ((Hana-Bi, L’Été De Kikujiro, Dolls)) et la jeune Suzuki Ann[2], actrices totalement sous-employées pour l’occasion[3]. Elles composent deux personnages sans la moindre épaisseur, dont les agitations aussi hystériques qu’inutiles engendreront au mieux l’ennui, au pire l’agacement viscéral. Cette partie n’a strictement aucun intérêt, suite de sketches mal troussés comme ajoutés à la va-vite. Pour s’en sortir cette fois-encore, l’auteur tente un repli derrière son savoir-faire de showman télévisuel, mais en pure perte. Franchement, nous refourguer le coup de boule de Zidane, c’est limite indigne pour un bonhomme futé comme le Beat. Triste de la part d’un réalisateur qui arrivait encore il y a peu à émouvoir et faire sourire avec trois fois rien. Getting Any ? et sa gaudriole échevelée se rappellera à notre bon souvenir, même si l’on reste ici plutōt au-dessus de la ceinture, en dehors de ces paysans danseurs affublés d’énormes pénis rouge vif.
Alors que Zatoichi, qui était déjà la réappropriation d’un univers extérieur, était un exercice de style brillantissime, les deux derniers opus kitaniens s’enfoncent dans un auto-dénigrement nombriliste répétitif et lassant. En dehors de quelques thuriféraires aveuglés par leur fanatisme imbécile vis à vis du maître, la majorité des amoureux du cinéma de Kitano auront vite compris que l’homme a perdu la foi en son cinéma, en ses capacités créatrices, et qu’il parvient encore moins à traduire cette incapacité en images. Les ingredients de la maison Kitano sont toujours là, mais ils ne sait plus comment les assembler, à l’instar de sa bande de comédiens venus faire quelques caméos sans beaucoup de consistance. Quant à la bande originale, la gestion du départ de Hisaishi Joe n’a visiblement pas amené de solution durable, cela se sent avec une musique sans relief ni véritable identité. Seules quelques fulgurances très épisodiques laissent entrevoir ce qu’aurait pu être le film avec un peu de volonté. Ainsi lorsque Rakkyo Ide[4] interprète du délirant professeur Ide, s’affuble d’une tenue spatiale passablement ringarde, il apostrophe le Beat en lui faisant remarquer qu’il abordait déjà la même tenue huit ans plus tôt dans L’Eté De Kikujiro (1999). Un moment de rafraîchissante sincérité, une tonalité douce-amère sur la fuite du temps, un vrai instant de grâce kitanienne, celle d’avant …
Lorsque Kitano-le ninja invincible du début de l’intrigue se retrouve projeté au fin fonds d’un puits, il en ressort sans le moindre effort au nez et à la barbe de ses adversaires. Pas sûr que Kitano-le vrai puisse se sortir aussi facilement des abysses dans lesquelles il semble embourbé. Pour reprendre la phrase du médecin à son encontre : « votre cerveau est cassé ». Tout est dit. Et ce n’est une bonne nouvelle pour personne.
- 監督・ばんざい!
- 2007
- Bandai Visual
- Avec Kitano Takeshi, Matsuzaka Keiko, Yoshiyuki Kazuko, Suzuki Ann, Kishimoto Kayoko, Uchia Yuki, Emori Toru
- www.office-kitano.co.jp/banzai/


