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Kami Wa Saikoro Wo Furanai | Sato Toya & Nagumo Seiichi



Il y a dix ans, le vol Oriental Air 402 disparaissait mystérieusement. Il réapparaît dix ans plus tard tout aussi étrangement, alors que tout le monde pensait l’équipage et les passagers morts. Seul le professeur Kato avait osé envisagé une telle hypothèse, quitte à passer pour fou. Pour Mayuzumi Yasuko, hôtesse qui avait été en charge de la liaison avec les familles des disparus, c’est l’occasion de retrouver son ex-fiancé le pilote Tetsuya. Mais comme les autres rescapés, celui-ci va devoir affronter bien des contradictions et des problèmes directement liés à ce décalage temporel. Surtout que le temps est compté pour chacun.

Les paradoxes temporels ont nourri l’imaginaire collectif depuis toujours ; alors quoi de plus naturel qu’un Drama, genre populaire s’il en est, utilise ce thème porteur ? Kami Wa Saikoro Wo Furanai [1], propose un cocktail très maîtrisé de comédie et de mystère, distillant avec une rigueur de métronome son lot de scènes humoristiques entre deux rebondissements à caractère plus dramatique. D’un sujet de départ intéressant, le scénario dilue sans doute un peu trop une intrigue qui aurait largement tenu en six épisodes en lieu et place des neuf. Un défaut inhérent au format et au fonctionnement-même du Drama, n’évitant jamais son lot de redites et de longueurs vaguement ennuyantes, ici par exemple les incessants allers-retours de l’aéroport à la demeure familiale de Yasuko. Yamamoto Taro Chaque épisode fonctionne comme la partie d’un compte à rebours général, chacun illustré d’une nouvelle phrase en exergue, manière de poser des question pertinentes sur la fuite du temps et son influence sur notre comportement. L’intrigue va dans le même sens, privilégiant au fur et à mesure de sa progression l’aspect émotionnel sur la comédie pure, les ultimes chapitres baignant dans une certaine mélancolie que ne viennent contraster que quelques passages gentiment souriants. Il en ira de même pour un final relativement ouvert, sans véritable happy end. Sur une musique renvoyant discrètement au Joe Hisaishi [2]toute une galerie de caractères va se démener, essayant par tous les moyens de retarder la course du temps et ses effets dévastateurs, autant de personnages rapidement attachants, emmêlés dans des incohérences difficiles à vivre,pour les uns réapparition de l’être aimé trop tôt disparu et pour les autres difficulté à appréhender un saut impromptu dans un futur de dix années. Des héros certes archétypaux, mais que les auteurs ont pris soin de décrire en deçà de la caricature. A commencer par le joli portrait de Mayuzumi Yasuko, bonne samaritaine presque malgré elle, délaissant un morne confort pépère pour venir en aide aux « naufragés » du vol 402, mais s’absorbant dans sa mission bienfaitrice pour éviter de statuer sur son propre devenir avec un jeune homme de maintenant dix ans son cadet ! Dans un pays vénérant la beauté juvénile et précoce, l’ex- femme délaissée de trente-huit ans et virtuelle veuve va regoûter aux délicieuses incertitudes amoureuses. Kobayashi Satomi prête ses traits à cette employée ordinaire, ni bombe ni laideron, son jeu subtil faisant passer toute une palette d’émotions face au costaud du premier Battle Royale Yamamoto Taro qui cabotine avec une évidente jubilation. Pourtant sa performance est sobre par rapport à celle d’un Osugi Ren en roue libre, professeur Tournesol déjanté loin des rôles contemplatifs que lui réserve son pote Kitano Takeshi, cependant qu’on retrouve un autre vétéran Kitanien, le toujours smart Kishibe Ittoku. Enfin, alors que les enfants sont particulièrement bien choisis (dont la petite Sasaki Mao de la version live du Tombeau Des Lucioles), c’est un plaisir de revoir Takeda Shinji [3] en jeune frère de Yasuko légèrement otaku sur les bords. Toute l’agitation va cesser aussi soudainement qu’elle a commencé, en quelques plans où le formatage télévisuel laisse la place à une émotion bien plus profonde, avec pudeur et non sans fatalisme : là, le sentiment de perte devient palpable, l’absence de l’autre visible, un souffle de vie qui disparaît. Le véritable travail du souvenir va pouvoir commencer. Quintessence de la comédie dramatique à la sauce nippone, Kami Wa Saikoro Wo Furanai arrive paradoxalement à sortir des sentiers battus du genre. Le néophyte pourra toujours y découvrir, sous couvert de la fiction, des codes sociaux différents, d’autres conceptions du rapport amoureux ou familial, mentalités à l’oeuvre révélatrices de la façon de penser des habitants de l’archipel, ou comment compléter sa propre culture via le média de proximité par excellence que reste la télévision. Si cela n’est qu’un complément aux nombreux ouvrages savants déjà publiés sur le sujet, il permettra peut-être à l’amateur de ces feuilletons à la réputation peu glorieuse de se déculpabiliser à peu de frais !

Michel Boléchala, le 6 décembre 2007


Notes

[1] dont le titre est emprunté à une phrase d’Albert Einstein : « Dieu ne joue pas aux dés ».

[2] Sonatine, Hana-Bi

[3] Tokyo Eyes, Gohatto

  • Procès Douch  Le génocide khmer rouge enfin jugé
  • NANA // NANA 2 Ōtani Kentarō
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  • Nuages Flottants Le Livre, Le Film
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