Jeon Ji-Hyun | Sassy Girl, Mais Encore ?
Lee Young-Ae, Shim Eun-Ha, Seong Hyeon-A, Kang Hye-Jeong, Son Ye-Jin ... Heureux cinéphiles coréens ! Le boom de leur cinéma depuis le milieu des années 90 a vu l’éclosion d’une nouvelle génération d’actrices aussi ravissantes que talentueuses, têtes d’affiche à l’égal des stars masculines locales. Mais s’il en est une qui triomphe à coup sûr au palmarès de la popularité, c’est bien Jeon Ji-Hyun (ou Jun selon la transcription voulue) propulsée au sommet par la grâce d’un seul film, le déjà culte My Sassy Girl.
Cette grande fille (1m72) native de Séoul [1] démarre une carrière de modèle en 1997. La télévision la repère vite pour l’intégrer dans un drama intitulé Season Of Puberty, puis dans un autre plus conséquent : Steal My Heart. Elle participe aussi à des shows populaires, et un nouveau rōle dans une troisième saga, Happy Together, lui permet d’obtenir un prix d’interprétation catégorie Espoirs.
Cela suffit largement à lui entrouvrir les portes du grand écran : White Valentine [2] sera donc son premier film, un mélodrame gentillet où son charme encore juvénile fait oublier le manque d’originalité du sujet.
Succès honorable, ce sera pourtant un autre support qui va faire d’elle la nouvelle sensation du moment ; elle tourne un spot publicitaire où son allure, sa façon de bouger, de danser, rencontrent un écho immédiat auprès d’une jeunesse en quête d’identification.

Ji-Hyun devient alors un visage reconnu de beaucoup. Ce fort impact lui permet de tourner sa première grosse production aux cōtés de la vedette masculine Jung-Ae Lee. Un autre mélo, mais d’un autre calibre. Il Mare [3], aux forts relents de fantastique, raconte la correspondance à travers le temps d’un homme et d’une femme habitant la même maison, mais à des époques différentes. Décor splendide (un lieu de villégiature fameux en Corée), acteurs à la photogénie idoine, mise en scène discrète, scénario original, autant de points forts pour expliquer le joli score du projet au box-office de 2000 [4].
En attendant, mademoiselle Ji-Hyun est partout. Cosmétiques, produits de communication font appel à la jeune femme qui garde un pied dans le monde de la mode via des photos pour la presse féminine. Mais ce long préambule vers la gloire ne sera rien comparé au raz-de-marée de son film suivant en 2001 : My Sassy Girl [5] va en effet pulvériser les records d’affluence. Comédie complètement débridée, pour ne pas dire délirante, centrée sur la personnalité aussi versatile qu’attachante d’une authentique peste ambulante, le film conte les rapports ambigus qu’elle entretient avec un souffre-douleur désigné (et consentant) rencontré par hasard dans le métro.
Alternant les moments trash les plus jubilatoires, la belle vomissant ainsi à profusion sur la moumoute du passager d’une rame, et des séquences sentimentales plus classiques avec un brio confondant, My Sassy Girl réussit la gageure de renouveler la comédie romantique en poussant le bouchon toujours plus loin, mais en se basant sur un scénario très bien construit et des personnages crédibles à la psychologie plus fouillée qu’il n’y paraît.
Le cinéaste s’offre même le luxe de revisiter d’autres genres cinématographiques populaires : films de sabre, science-fiction, sans pour autant nuire à la cohésion de l’ensemble.
Le triomphe de ce long-métrage doit bien sûr beaucoup à la complicité du couple vedette. L’excellent Cha Tae-Yun [6] permet l’identification immédiate du spectateur avec cet ahuri amoureux d’une allumée notoire, authentique performance de comédienne pour Jeon Ji-Hyun qui passe de la provocation la plus délurée aux larmes avec un naturel déconcertant. Le film est aussi un joli succès en Chine, où l’actrice devient vite la vedette coréenne la plus célèbre.
Elle effectue un virage à 180° pour son projet suivant en 2003, un thriller horrifique ou elle aborde un registre bien plus sombre avec le personnage d’une jeune fille vaguement inquiétante. The Uninvited [7] est une vraie réussite dans un genre ultra codifié. Retrouvailles avec le metteur en scène Kwak Jae-Young l’année d’après pour Windstruck [8]. La suite de My Sassy Girl ? Plutōt un prologue, les fameuses prequel chères aux américains. Femme flic hors-norme et explosive, son rōle lui permet de renouveler sa performance de fille impertinente, mais le tout fonctionne moins bien, il s’agit là d’une comédie romantique plus conventionnelle qui flirte avec un fantastique à la Ghost. L’alchimie avec l’acteur Jan Hyuk semble moins évidente à l’écran, pour ce qui reste malgré tout du cinéma populaire haut de gamme. C’est paradoxalement avec Windstruck que l’actrice est reconnue au Japon [9], nouveau palier dans sa carrière asiatique, en attendant de viser encore plus haut.
Désormais superstar incontournable, elle consolide aussi son statut de gueule de pub. Olympus, iPod les vêtements Giordano, dès qu’elle apparaît dans un spot les ventes grimpent, amenant de nouvelles propositions juteuses. Ambassadrice de beauté pour Pantène à Hong-Kong, égérie de Coca-Cola à Taiwan, elle tourne parfois des publicités trop sexy pour être diffusées à des heures de grande écoute. Son physique avantageux est d’ailleurs régulièrement cité dans les différents classements vantant les plus belles asiatiques. C’est aussi le lieu du tout et du n’importe quoi ; un classement d’internautes la consacre “plus belles fesses coréennes”, alors que son corps est plébiscité dans un questionnaire à propos d’un éventuel clonage.
Elle retrouve le cinéma après cette année de pure promotion où elle aura quand même connu le privilège d’être la première coréenne à faire la couverture de l’édition locale du magazine Elle. Daisy [10] est une grosse production signée Andrew Lau Wai-Keung, heureux cinéaste Hong-kongais de la célèbre trilogie des Infernal Affairs. Ji-Hyun partage l’affiche avec la belle gueule en vogue du show-biz coréen, Jeong Wu-Seong, déjà vu dans A Moment To Remember ou Sad Movie. Visiblement le pendant masculin idéal de miss Jeon puisque le couple a déjà été associé dans la publicité, pour Giordano en particulier. L’action se passe en Europe, dans un Amsterdam de carte postale, cadre parfait pour un polar romantique où un flic et un tueur tombent amoureux de la même femme, devinez qui ?! Un tantinet éreintée par la critique, cette co-production asiatique s’avère bancale, capitalisant un peu trop sur le glamour imparable de son casting trois étoiles et l’évident romantisme de la Venise du Nord. Le film-véhicule typique pour fans absolus !
Avec son visage boudeur qui peut s’avérer plein de malice, et un reste d’enfance dans le regard, Jeon Ji-Hyun possède cette expressivité immédiatement reconnaissable. Si l’on ajoute une silhouette parfaitement adaptée aux canons de la beauté actuelle telle que la conçoivent les coréens, on comprendra facilement sa popularité. Etre là au bon moment, c’est très important.
Mais si elle se sert à merveille de son sex-appeal lors de multiples campagnes publicitaires glamoureuses, elle (et son entourage) a suffisamment d’intelligence pour ne rien dévoiler dans sa carrière à l’écran,entretenant un certain mystère garanti de durée ; elle possède aussi le recul nécessaire sur elle-même pour bousculer une image sexy, s’appropriant un public féminin en jouant sur l’identification. Son allure de jeune femme moderne-modèle fait le reste. Une forme de schizophrénie artistique si l’on veut, à savoir top model un jour et comédienne le lendemain, les passerelles entre les deux professions garantissant un flou bénéfique. Sans doute, aussi, une certaine pudeur face à son propre statut.
Son atout premier reste encore sa formidable présence devant les caméras, un charisme immédiat certes facilité par une photogénie idéale, mais qui prouve surtout qu’elle reste une de ces natures de cinéma nées en dehors des écoles d’art dramatique, mais qui pouvent aisément porter un film, qu’il soit bon ou médiocre, sur leurs épaules.
Elle a par exemple tourné en 2007 dans une co-production internationale sous la direction de Chris Nahon [11], changeant pour l’occasion son patronyme en Gianna Jun, plus facile à mémoriser pour un public occidental. Blood : The Last Vampire n’est autre que l’adaptation d’un manga puis anime fameux dont il ne faut sans doute pas attendre des merveilles.
En ce début 2008, A Man Once A Superman [12], à l’affiche en Corée en février, s’annonce plus excitant. Un homme se prend pour Superman et passe son temps à aider le voisinage. Une productrice beaucoup plus pragmatique en fera le sujet d’un documentaire télévisé. Un personnage différent pour Jeon Ji-Hyun, plus complexe, moins glamour aussi, encore que ... Elle a d’ailleurs sacrifié en partie sa magnifique chevelure pour les besoins du film, partageant l’affiche avec l’excellent Hwang Jeong-Min [13].
Peut-être sera-ce la bonne opportunité pour se débarrasser enfin de l’étiquette de « fille sexy et un peu allumée » qui lui collait à la peau depuis My Sassy Girl ? Il en est grand temps, à l’heure où les comédies calquées sur ce film devenu culte ne cessent d’encombrer les écrans péninsulaires, à grand renfort de surenchère supposée comique et de belles brunes interchangeables. Ses détracteurs reconnaîtront au moins à Jeon Ji-Hyun le mérite de l’antériorité !
Première version publiée dans SHINE#3
, le 23 février 2008
Notes
[1] le 30 octobre 1981
[2] 화이트 발렌타인, réalisé par Yang Yun-Ho en 1999
[3] 시월애 film de Lee Hyeon-Seung en 2000
[4] Hollywood en a produit un remake poussif en 2006, Un Pont Entre Deux Rives avec Keanu Reeves et Sandra Bullock, choix prévisible mais peu en faveur de la transparente américaine au petit jeu des comparaisons.
[5] 엽기적인 그녀 réalisé par Kwak Jae-Young
[6] Sad Movie, Lover’s Concerto
[7] 4인용 식탁 un film signé Lee Su-Yeon
[8] 내 여자친구를 소개합니다
[9] pays où la première histoire n’avait pas cartonné
[10] 데이지 2005
[11] le jeune réalisateur du dispensable Baiser Mortel Du Dragon avec Jet Li Lianjie en 2001
[12] projet signé JeongYun-Cheol le cinéaste de Marathon en 2005 ou If You Were Me III en 2006
[13] A Bittersweet Life, This Charming Gir, Happiness
