Ichi Rittoru No Namida | Fuji TV
Adaptation libre d’une histoire vraie, Ichi Rittoru No Namida fut incontestablement le phènomène lacrymal de 2005 : épaulé par une bande son et une promo d’enfer la jeune Sawajiri Erika fit retentir des sanglots tous les mardi dès 21h.
Les amateurs de mélodrame au ressort pathético-navrant comme pu l’être l’adaptation télévisée interminable du film déjà bien copieux de Yukisada Isao, Sekai Chūshin De, Ai Wo Sakebu, seront ravis de découvrir cette autre histoire « vraie » de jeune fille frappée par l’injustice. Cruel destin incarné ici par une maladie cérébrale dégénérescente génétique rare [1] qui laisse peu d’espoir quant à l’issue de la saison.
Adaptée des mémoires de Kitō Aya (1962-1988) la série rappellera à n’importe quel téléphage les feuilletons télévisés américains médiocres à la morale simpliste rediffusés à l’envi l’après-midi sur TF1 et M6. « Ceci est une histoire horrible, tragique et vraie », argument marketing type qui suffit à convaincre la ménagère japonaise que tout ceci à un intérêt quelconque. On aurait pu pardonner cette putasserie lacrymale à Fuji TV s’ils nous avaient fourni une série digne de ce nom. Le budget est là, nous ne somme pas sur la plus grande chaîne japonaise pour rien, mais la réalisation est statique et aussi rébarbative que les scripts des épisodes. Comme souvent la production tire sur la corde, pas uniquement sensible, et délaye la saison. Effet soporifique garanti.
Aya découvre son funeste destin après son entrée au lycée et se bat courageusement contre la maladie jusqu’à la fin de sa vie. Des premiers symptômes à la tétraplégie puis la catatonie complète, rien ne nous est épargné, le tout baignant dans une atmosphère larmoyante, constamment envahie par trois chansons, devenues des tubes par la suite [2]. Puis, vers la fin, quand l’agonie se rapproche à grandes enjambées les épisodes sont ponctués de poèmes et des extraits de la prose originale de Kitō Aya.
Lâchée par tous, à l’exception de sa famille et de son meilleur ami/premier amour, le personnage d’Aya sert, une fois de plus, à faire la morale à la société japonaise, adepte de l’exclusion quasi-systématique des « clous qui dépassent ». Tentative louable, bien qu’ultra commerciale dans sa conception, de montrer que n’importe qui peut devenir « différent », la série pédale toutefois très vite dans la choucroute et reste très superficielle dans son questionnement. La réflexion la plus élaborée, reprise dans l’épisode spécial diffusé en 2006, restera qu’il faut être heureux d’être en vie. Certes.
Quid des questions existentielles ? De la peur de la mort ? De la gestion d’un deuil annoncé ?
La seule question majeure posée par l’héroïne à sa mère, « Kekkon dekiru ka ? » (Pourrais-je me marier ?), fait frémir. Bien qu’elle sous-entende un futur inexistant et le désespoir qui en découle, cette interrogation est très symptomatique de l’idée du « bonheur » que se fait — ou doit se faire, selon la télévision et conformément à son statut — la femme japonaise. Ici pas de réussite professionnelle, de joie simple de pouvoir vivre, l’important c’est le mariage… avec qui, ça on ne sait pas.
Longueurs et maladresses émaillent donc les péripéties auxquelles Aya est confrontée, et son charmant minois ne sauve pas le jeu stéréotypé de l’ensemble de sa famille, à commencer par l’hystérique père (Jinnai Takanori), le faire-valoir comique, personnage complètement raté puisque surjoué de bout en bout, suivi de près par la mère courage (Yakushimaru Hiroko), la sœur en crise d’ado [3] et enfin, le meilleur pour la fin, le Johnny’s de service, Nishikido Ryō du boysband NewS, engagé pour camper le petit ami taciturne et rebelle, figure classique de l’ikemen [4] idéal à la kakkoii attitude. Ce dernier personnage à d’ailleurs été rajouté pour donner une part de romance à un scénario de base peu glamour ; les joies de la libre adaptation sans doute. Notons au passage que Fujiki Naohito, le neurologue aux tirades constipées, est toujours aussi mauvais et ferait mieux de se cantonner à la comédie (cf. GalCir). Chacune de ses apparitions ne fait que nous remémorer péniblement le fascinant Kōkō Kyōshi 2003 [5] et sa mythique intrigue.
L’épisode spécial d’1h30 évoqué précédemment fait le point, toujours très superficiel, sur la vie des personnages après la mort d’Aya et l’influence que peuvent encore avoir son combat et son livre auprès des autres malades. Composé à 80% de flashbacks, cet épisode est indigeste pour qui a une bonne mémoire, ou peut, au choix, vous faire gagner quelques 550 minutes de votre vie en vous épargnant le visionnage de la série complète. L’autre possibilité qui s’offre à vos esprits curieux restant le film, qui contraste avec la production télévisée qu’il précède d’un an puisque la surenchère y est absente et nous offre une adaptation fidèle au livre, passée pourtant totalement inaperçue [6].
Incroyablement démonstrative, larmoyante et relevant d’un pathos à la limite de l’écœurement, l’adaptation TV d’Ichi Rittoru No Namida découragera les plus braves d’entre vous qui ne verseront sans doute pas un litre de larmes mais rempliront toute une bonbonne de baillements compulsifs.

, le 25 juin 2008
Il y a 8 Messages de forum
Notes
[1] Ataxie spinocérébelleuse
[2] Konayuki et Sangatsu Kokonatsuka de Remioromen, ainsi que Only Human de K
[3] Narumi Riko, vue dans Hachimitsu to Clover (Fuji TV, 2008) et une multitude de drama familliaux
[4] ikemen résulte de la contraction d’ikeru, cool, et men, visage
[5] avec Ueto Aya, pour TBS en 2003
[6] amusant de constater que ce film réalisé par Okamura Tsutomu a été également produit par Fuji TV et que son premier rôle Ōnishi Asae fait un caméo dans le drama
