Hotelier

TV Asahi

Le Tokyo Ocean Hotel est depuis trente ans un établissement renommé. Il connaît pourtant de graves difficultés financières suite au décès de son directeur. C’est tout le personnel de l’hôtel qui va devoir faire face, en particulier Odagiri Kyoko, jeune assistante-manager dévouée corps et âme à son métier, qui devra choisir entre son travail et les sentiments qu’elle éprouve pour un séduisant homme d’affaires aux motivations ambiguës.


Hotelier c’est d’abord un drama coréen étalé sur vingt épisodes en 2001, avec en vedette Bae Yong-Jun l’idole des ménagères nippones [1] qui assure le lien avec ce remake made in Japan le temps de quelques courtes séquences au début de l’histoire. Qu’en est-il de la présente version ? Voilà une comédie mélodramatique terriblement old school dont les rebondissements sont ultra-prévisibles, les caractères dépeints passablement caricaturaux et l’intrigue de base plutōt pépère ; l’archétype du drama familial et consensuel, cela n’a hélàs rien d’un compliment. Si l’on recherche une vision plus fun et paradoxalement plus réaliste du monde des grands hōtels nippons, on la trouvera dans l’excellente comédie burlesque The Uchōten Hotel, et non dans ce drama où les rares excentricités se noient dans un océan de poncifs en tous genre.

Ogata (Tanabe Seiichi)

Face à un tel constat de platitude, le spectateur patient finira pourtant par accéder à une dimension parallèle d’où tout jugement objectif est banni, comme hypnotisé par les images qui défilent sur son petit écran, prenant un plaisir coupable à se délecter de telles niaiseries. Bienvenue alors dans le monde merveilleux de l’hōtellerie à la japonaise. Un monde où chacun vénère son lieu de travail, il n’y a qu’à voir le nombre de plans où Kyoko admire la bâtisse de son cher hōtel ; un monde de respect du travail bien fait, personnifié par la figue maternelle et protectrice de la gentille directrice, un monde de solidarité entre les différentes couches sociales. Un endroit magique où la pauvre petite fille riche rêve de devenir femme de chambre, où les méchants financiers ne font que compenser par leur agressivité une ancienne déception amoureuse, où les disputes ne durent jamais, où l’amitié ne se trahit pas, où tout problème peut trouver solution du moment qu’on l’aborde avec le sourire. Mais surtout un monde entièrement japonais, construit par et pour eux, on est tellement mieux entre soi.

Who's who

Une constatation que le jeune businessman Mizusawa prendra vite à son compte. Si Kyoko préfère son job à son petit ami qui vit à l’étranger, normal au vu de tout ce qui a précédé, celui-ci n’aura qu’à revenir dans la mère-patrie le temps de régler quelques affaires courantes. Et le tour est joué, happy end vite expédié devant le spectateur médusé. Nunuche en chef, Ueto Aya, impeccablement sanglée dans son costume tout neuf, va passer son temps à courir d’un couloir à l’autre sans trop savoir pourquoi, tiraillée (pas trop longtemps...) entre Ogata le grand frère protecteur et sympa et Mizusawa le nabot ténébreux. Tout ce beau monde s’agite pour des broutilles, les coups de théâtre ne se bousculant quand même pas tant que ça malgré les écrans splittés pour éviter de perdre une miette de l’action ! Une distribution sympa mais qui assure le minimum syndical du drama, on n’est pas à l’Actors Studio non plus. Le retour au vrai monde sera sans doute un choc pour les plus courageux qui se seront ingurgités les neuf épisodes d’affilée : de leur cerveau passablement embrumé leur viendra alors cette maxime à répéter à l’envie : « Le Tokyo Ocean Hotel est beau, le Japon est grand, Ueto Aya a de jolies dents ».

Michel Boléchala, le 28 janvier 2009

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