Matsumoto Kōji
Imaginez que Battle Royale se télescope avec Une Nuit en enfer. On peut voir les amateurs de goules et de bains de sang ont l’œil brillant, la bave aux lèvres, à la lecture de ses mots. Et pourtant...
...circulez, il n’y a rien à voir.
Pour retrouver son frère aîné disparu il y a plusieurs années, Akira et sa bande de potes, comprenant un grand macho, une fille qui fait chavirer les cœurs, un geek, un trouillard et un blagueur de service, se jettent sciemment dans un guet-appends organisé par quelques vampires en manque de sang frais.
Après quelques péripéties sanguinolantes et un premier contact musclé avec un vampire lors d’un matsuri [1], qui nous ramènent déjà aux grands classiques cinématographiques de course-poursuites horrifiques dans les foires et autres fête à neuneu, le groupe d’étudiant et de lycéens fraîchement diplômés se lance à la recherche de leur ami/frère disparu sur une mystérieuse île.
À peine arrivé sur Higanjima, dont le nom devrait leur donner une vague idée de ce que lui réserve l’avenir [2], Akira et son groupe d’une douzaine de personne rassemblées pour l’occasion se fait décimer par des villageois à dents pointues. Notre héros doit ainsi lutter pour sa survie et celle de ses amis survivants avec l’aide de son frère, très efficace quand il s’agit de décapiter de la goule. Vous avez dit prévisible ?
Publie depuis 2003, Higanjima rappelle forcement Battle Royale dans son concept : un huis-clos gore et une lutte sans pitié pour sa propre survie. Moins bien dessiné que l’adaptation en bande-dessinée du best seller de Takami Kōshun, il n’en est pas moins crétin. On collerait bien les pieds carrés de ses personnages au faciès quasi identique dans la tête de Matsumoto pour qu’il redevienne sérieux un moment et se penche un peu plus sur la construction de son récit, succession de scènes rocambolesques franchissant souvent la limite du grotesque, à la rythmique bancale et au suspense aboulique.
Pour pallier à son manque de scénario et d’inspiration, Matsumoto multiplie au fil de tomes les apparitions fantômatiques et méphistophéliques. Il transforme son « île aux vampires » un peu terne en lieu de rendez-vous à la mode pour créature monstrueuse. L’île d’Higan, véritable Ibiza du démon, n’apporte pourtant pas grand chose à un bestiaire déjà surexploité par l’imaginaire collectif,
Obsédé par les fluides corporels (nous vous en épargnerons la liste...) et la symbolique sexuelle primitive, Matsumoto Kōji ne nous épargne rien entre deux poutrages de montres très conformes au schéma des survival horrors les plus basiques. Ça suinte et ça dégouline, ça décapite et ça énuclée, ça va même jusqu’au cannibalisme... la grande classe en somme.
Aude Boyer, le 28 juillet 2009
[1] fête traditionnelle japonaise, comparable à nos foires
[2] l’higan (彼岸) est en effet la célébration bouddhiste de 7 jours consacrée à la mémoire des morts et ayant lieu à chaque équinoxe
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