Help Me, Eros
Help Me Eros ©Homegreen Films

Kaohsiung, Taiwan. Ah Jie, trader sans emploi et fauché, rencontre Shin qui fait partie de ces vendeuses en petite tenue proposant au client des noix de bétel ou des cigarettes. Ils vont vivre une histoire d’amour contrariée, tandis que Chyi, une femme obèse travaillant pour SOS suicide, voit son couple se déliter inexorablement malgré l’attention portée par son époux bisexuel à lui préparer sans cesse de nouveaux mets originaux.

Le cinéphile se souvient sans doute de La Saveur de la Pastèque (2003), étonnante comédie dramatique autant que musicale à l’érotisme assez cru. Un mélange osé orchestré par le taïwanais Tsai Ming-Liang pour obtenir un succès d’estime mérité. Son interprète fétiche Lee Kang-Sheng y jouait comme toujours le rôle principal. Celui-ci est depuis passé derrière la caméra pour The Missing (2005) avant de signer Help Me, Eros où il coiffe la double casquette d’acteur et de réalisateur.

Help Me Eros ©Homegreen FilmsComment filmer encore l’ultra-moderne solitude urbaine sans tomber dans les clichés attendus ? Une question visiblement superflue pour notre homme qui va se contenter d’un « à la manière de » peu subtil, pur exercice de style dans la droite ligne de son pygmalion, avec une incontestable impression de déjà-vu. Et pour cause : le cinéaste de The Hole (1998) fait plus que parrainer le projet de son poulain puisqu’il figure au générique comme producteur exécutif doublé de directeur artistique. D’où une narration qui prend tout son temps pour exposer son sujet, l’esthétisme qui prévaut sur l’ensemble, une composition soignée du cadre, le recours aux plans fixes, quelques uns parmi les tics récurrents de Tsai Ming-Liang. Revenant sans arrêt au microcosme clinquant et frelaté des vendeuses de noix de bétel, l’objectif n’aura de cesse de sublimer ces jeunes femmes. Qu’elles interviennent directement dans l’intrigue ou qu’elles ne soient que partie du décor, elles occupent quasiment en permanence tout l’espace, joliment éclairées par une multitude de néons, tout spécialement lors d’un clip fantasmatique, il est vrai posé là comme un cheveu dans la soupe. Une esthétique du toc pour la déambulation essentiellement nocturne d’un paumé adepte de la fumette et des plaisirs sexuels variés, la netteté clinique de la forme contrastant avec le désordre intérieur des protagonistes.

Help Me Eros ©Homegreen FilmsC’est vrai que tout cela vise un peu à épater le bourgeois, un reproche confirmé par l’autre partie du long-métrage où intervient une grosse fille délaissée par son mari cuisinier et travaillant à la télévision. Entre autres incongruités trash : vision écœurante d’un poisson massacré pour être servi vivant, héroïne déprimée plongeant dans un bain d’anguille, la provocation est bien présente, on le voit. Mais sans véritable lien avec le reste, comme si tout cela avait été rajouté in fine.

Avec sa dégaine de sympathique branleur, le comédien s’offre là un bel objet narcissique dont la vacuité se délaye dans une contemplation le plus souvent stérile. L’autoportrait égocentrique se veut celui d’un looser social en perpétuelle quête d’échappatoire à son morne quotidien, sans trop ébrécher le miroir cependant. La représentation du perdant devient ainsi celle d’un perdant magnifique, une vraie bête de sexe au look tendance ! D’ailleurs, le final le transforme en ange déchu s’éparpillant littéralement devant sa dulcinée d’un soir, nul ne saurait espérer meilleur final. Pourtant, le personnage peut à l’occasion se révéler touchant, comme dans cette scène pleine d’humour qui le voit courir et s’époumoner en vain derrière un véhicule publicitaire diffusant les résultats du tirage de la loterie dans laquelle l’homme avait placé ses derniers espoirs. Un clin d’œil amusant, hélas sans suite.

Help Me Eros ©Homegreen FilmsSuscitant d’abord un ennui poli puis une irritation grandissante, Help Me, Eros ne parvient ni à s’affranchir de la présence omnipotente de son producteur exécutif, ni à faire passer une authentique émotion. Un coup pour rien qui ne permettra pas de se prononcer sur les supposées qualités de metteur en scène de Lee Kang-Sheng.

16 août 2010 Aucun commentaire
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  • 幫幫我,愛神
  • Taiwan 2007.
  • Homegreen Films.
  • Avec Lee Kang-sheng, Jane Liao, Dennis Nieh et Ivy Yi.