Young-Su brûle la vie par les deux bouts. Fumeur mais surtout buveur invétéré, il finit par se décider à faire un break pour traiter une cirrhose déjà bien avancée. Admis dans un sanatorium où une petite communauté de malades chroniques partage le quotidien au rythme des thérapies douces en vigueur et loin de toute tentation, il va faire la connaissance de Eun-Hee qui souffre d’une insuffisance respiratoire sévère. La rencontre avec cette femme simple si éloignée de son milieu sophistiqué va mettre à mal le cynisme qui l’habitait jusque-là.
Encore un mélo médical pour Hur Jin-Ho ! Il met toujours en scène des personnages aux prises avec les délicieux tourments de l’amour, et ce ne sera pas ce dernier film qui dérogera à la règle. On peut toujours reprocher au bonhomme un réel systématisme, mais force de constater que chaque long-métrage développe une approche originale de la chose. Ce que l’on appelle la cohérence thématique. Happiness, qui porte d’ailleurs bien mal son titre, va suivre le parcours chaotique d’un fêtard en fin de parcours, hésitant entre une amourette pépère de sorties nocturnes[1] et une relation plus dangereuse de part sa nature même, mais autrement plus adulte et profonde. Un choix que le héros de l’histoire n’assumera que lorsqu’il sera trop tard. La femme qu’il hésite à aimer pour de bon a de son côté tellement vécu dans la solitude de sa maladie que l’opportunité d’une relation lui permet de s’exprimer enfin au-dehors d’elle-même ; mais aussi d’éprouver de l’empathie pour autrui … un homme à réconforter alors qu’il n’est pas aussi gravement atteint qu’elle ne l’est, le don de soi s’avérant largement aussi curatif que toutes les thérapies comportementales du monde.Elle devient alors une sorte d’entité au-dessus de sa propre maladie là où lui reste tout le temps terriblement humain. On se doute bien que la réalité de l’histoire finira par les rattrapper.

On connait les parti pris narratifs du réalisateur coréen qui tourne cette fois encore le dos aux clichés inhérents au genre, préférant le réalisme aux situations un peu trop romancées pour être plausibles. À ce jeu, le sujet de départ très classique devient un bel instant d’émotion partagée, la carte du tendre selon monsieur Hur s’écrivant par petites touches déchirées par des moments de rupture terrassants. Nous sommes bien dans le mélodrame, mais le scénario coule au fil de la vie, celle des soubressauts de l’humeur de son principal protagoniste au comportement finalement très humain, avec ses incohérences et ses erreurs plus ou moins volontaires. L’impeccable direction d’acteurs évitera d’ailleurs à ces derniers d’en faire trop. La scène finale du retour à la maison de l’espoir (le nom du sanatorium), renaissance ou aboutissement d’un chemin de croix personnel, se déroulera une fois encore sous la neige, image décidément prisée d’un metteur en scène qui sait en exprimer tout le potentiel d’évocation. Pour Young-Su, le deuil peut vraiment commencer. Une façon pour le coréen de s’imposer comme le cinéaste des funérailles !
Si Happiness ne possède pas le caractère aérien de sa première œuvre Christmas In August (1998) et reste définitivement moins brillant que le plus récent April Snow, il conserve intacte la pudeur de ses prédécesseurs. Sachant comme personne saisir en quelques plans la naissance d’une attirance mutuelle, Hur Jin-Ho légitime le sentiment amoureux et l’évidence avec laquelle il s’impose. Que ce soit aux acteurs de l’histoire ou aux spectateurs les plus sensibles.
- ainsi retombe-t-il au milieu du film dans ses frasques : mais le changement est déjà irréversible, le dégoût qu’il éprouve vis à vis de lui-même lors du retour en ville s’instaure comme pour se prouver que la vie irrésolue, infantile d’avant, n’est plus possible [↩]
- 행복
- Corée du Sud 2007.
- Showbox Entertainment.
- Avec Hwang Jeong-min et Lim Su-jeong.
