Une nouvelle aventure du lézard atomique, cette fois aux prises avec d’anciens ennemis rappelés par des extra-terrestres vindicatifs. Un combat inégal ? Pas si sûr, d’autant qu’une mystérieuse force d’intervention vient lui prêter main forte. On n’a pas tous les jours cinquante ans…
Un demi-siècle plus tard, le personnage de Godzilla reste une franchise hautement rentable pour des producteurs en mal d’inspiration. La volonté de confier l’épisode spécial anniversaire[1] à Kitamura Ryūhei procède du même calcul mercantile, le réalisateur puisant généralement ses fans auprès des branchés ou des djeuns, de quoi prodiguer un salutaire lifting au concept initial forcément répétitif. Ainsi, après avoir donné sa version MTV du chambara [2] avec Azumi, le voilà qui s’attaque au kaijū eiga [3] avec la même détermination réformiste.
La trame habituelle du genre s’enrichit cette fois d’une intrigue parallèle : une cohorte d’aliens, avides de chair fraîche sous des dehors pacificateurs, a des vues sur notre planète. Mais ce serait sans compter avec de gentils mutants défenseurs du genre humain. Une partie qui prend bien son temps, l’occasion pour le réalisateur de pomper allègrement quelques illustres prédécesseurs, ainsi la trilogie Matrix, ou encore le feuilleton télévisé V. Sympathique spectacle malgré tout ; nos héros sapés comme des gravures de mode, tendance gay friendly, évoluent tantôt en apesanteur, tantôt en mode arrêt sur image pour se tirer la bourre à moto ou se tester sur leurs simulateurs de pilotage. Ces beaux gosses n’ont de cesse d’afficher une saine rivalité entre deux réparties involontairement hilarantes car débitées avec le plus grand sérieux[4]. Les actrices ne sont pas en reste : ainsi Kikukawa Rei qui campe l’indispensable journaliste dont le glamour est inversement proportionnel à la crédibilité.
Où est donc passé Godzilla me direz-vous ? La star sait se faire désirer quasiment toute la première heure, mais elle finit par débouler au moment opportun pour dynamiser une histoire qui commençait à tourner en rond. Place aux monstres ! La surprise est pourtant de taille : là où nous nous attendions à une version relookée du cracheur de feu géant, celui-ci se pointe avec une dégaine oldschool à peine modernisée. Fi des images de synthèse, voilà un bon vieux figurant dans son costume de latex, cartonnant la moindre maquette qui se présente sous ses pattes, avant de rappeler d’autres légendes du bestiaire cinématographique de l’archipel pour une baston généralisée. Gigan et consort, tous à la rescousse aux ordres du chef suprême des envahisseurs de plus en plus démonstratif. Peine perdue, on se doute bien qu’ils vont se faire tour à tour dégommer en beauté. On notera cejoke amusant et revanchard : l’horrible bestiole tout droit du pitoyable remake US de Roland Emmerich[5] est renvoyée illico dans les cordes au bout de vingt petites secondes, la copie ne saurait valoir l’original. Ah, quels chauvins, ces japonais … Le clin d’oeil à la période « décadente » de la série est en tous cas clairement établi[6]. L’arrivée de Baby Godzilla, le fils gentiment ridicule, vient entériner ces choix de mythologie plus souriante que terrifiante. Un jeu référentiel bien plus amusant que les sempiternelles postures arty d’un cinéaste qui s’avère là excellent continuateur d’un cinéma-bis premier degré et jubilatoire.
En dépit d’une structure bancale, Godzilla Final Wars finit par emporter la mise, tribute certes imparfait, mais digne représentant d’une série qui ne peut être qu’inégale vu sa longévité. A chacun son Godzilla : si le vingt-huitième n’est sans doute pas le meilleur, il ne saurait figurer parmi les pires rejetons d’une saga inusable.
- le numéro 28 des aventures de Godzilla [↩]
- film de sabre [↩]
- film de monstre [↩]
- et on préférera ne pas commenter la participation de Don Frye, professionnel d’Ultimate Fighting et autres sports de combat, au jeu pour le moins minimaliste [↩]
- Godzilla, 1998 avec Matthew Broderick et Jean Reno [↩]
- située entre le milieu des années soixante et les seventies, lorsque s’opérait le glissement vers un spectacle ouvertement enfantin, très éloigné de l’image sombre et alarmiste des origines [↩]
- ゴジラ FINAL WARS
- Japon 2004.
- L.C.J. Editions (2006)
- Avec Matsuoka Masahiro, Kikukawa Rei, Kitamura Kazuki, Don Frye.
- www.godzilla.co.jp/english/
