Galileo | Fuji TV
Alors que les scénaristes étasuniens ont recours à l’envi au Luminol [1], aux tests ADN, aux analyses de traces de sang et autre joujoux numériques pour résoudre les crimes les plus exotiques, le Japon télévisé ne s’embarrasse pas de toute cette armada technologique.
Retour aux sources de la logique ou simple fait de la fainéantise scénaristique, le détective nippon des temps modernes est un scientifique excentrique, Yukawa Manabu (Fukuyama Masaharu), physicien de son état. Son flegme, ses connaissances variées, son pragmatisme, et son fidèle bras droit sont les seuls points communs qu’on lui trouvera avec LA référence suprême, Sherlock Holmes. Il est en effet difficile sur Fuji TV d’imaginer un héros héroïnomane, misogyne et mysantrope, et quand bien même, la production de l’excellent Dr. House (Fox) aurait protestée.
Yukawa est professeur de fac et aime à résoudre des enquêtes mystérieuses. Il aide ainsi la jeune détective Utsumi Kaoru (Shibasaki Kô) qui semble abonnée aux affaires paranormales. La mythologie des duos d’enquêteurs a toujours fait la part belle à la complémentarité et au choc des personnalités, Galileo ne déroge pas à la règle. Impulsive et guidée par son idéal de justice, Kaoru se confronte au pragmatisme et à l’apparent stoïcisme de son aîné, prototype même de l’homme kakkoii [2], sportif, mono expressif, froid et toujours impécablement permanenté. Chose somme toute évidente quand on connaît le sieur Fukuyama, chanteur dont l’image a été façonnée depuis des années en ce sens, et qui nous livre donc ici un jeu des plus soporifiques.
Et pourtant elle tourne cette série. Rondement menée par le jeu et le charisme de Shibasaki Kô, encore une fois au sommet de sa forme. Habituée aux rôles de délicieuse râleuse qui ne se laisse pas marcher sur les pieds, c’est en effet sur ses épaules que repose tout le ressort comique du drama. Sur ce point encore, les scénaristes n’ont pas pris de risque, et entre deux équations et quelques T.P., Yukawa et Kaoru se vannent gentilment.
Les personnages secondaires n’apportent malheureusment pas grand chose à l’intrigue, c’est bien simple, ils sont transparents et ce malgré un casting intéressant sur le papier : (Maya Miki, vue dans Attention Please, ou encore Kitamura Kazuki vu dans Bambino).
Adapté d’une série de romans de Higashino Keigo, connu surtout pour l’intrigue à retournements de situation innombrables de g@me, Galileo est un bon divertissement familial qui pêche par un manque de prise de risque et des intrigues policières d’un intérêt contestable. La réalisation est honorable, mais on se prend à rêver un jour d’une américanisation de la chose. Un peu plus de dynamisme serait le bienvenu, encore faut-il avoir les acteurs et les histoires qui suivent. Ce n’est donc ni l’homme qui vole, les fantômes, les boules de feu, les meurtres en chambre close, ni même la bande son [3], d’une kitscherie improbable, qui captiveront le télépectateur, qui concentrera plutôt son attention sur l’alchimie relative entre Fukuyama et Shibasaki et la personnalité de cette dernière. C’est tout public, c’est carré, c’est très Fuji TV.
, le 21 novembre 2007
Notes
[1] Luminol : fascinant produit qui une fois appliqué sur quoi que ce soit, puis exposé à un néon ultra-violet fait apparaître miraculeusement résidus sanguins et autres sécrétions humaines. De quoi rassurer Lady Macbeth sur l’état de ses mains.
[2] kakkoii : bel homme, cool et « classe » à la fois
[3] A noter que le générique de fin, KISS Shite, a été composé par Fukuyama Masaharu, crooner pop notoire, et chanté par Shibasaki Kô
