Gainsbourg Made in Japan
Gainsbourg Made In Japan

Quand la J-Pop se pique de nostalgie par procuration, cela donne cet hommage à Serge Gainsbourg.

Lassés de la surexploitation franco-française du mythe Gainsbarre, la sortie d’un projet plus exotique ne pouvait que nous séduire à priori. En effet, si la côte de l’artiste frôle la surestimation depuis sa disparition, l’œuvre représente encore un terreau fertile aux potentielles covers. Le public hexagonal a d’ailleurs pris goût aux reprises décalées depuis les heureuses compilations estampillées Paris Dernière. Pour qui connaît les standards proposés, le plaisir réside alors dans la découverte de nouveaux interprètes[1]Gainsbourg Made in Japan, pourquoi pas ? Dix morceaux qui balanceront l’auditeur entre séduction et agacement, l’adaptation subtile y côtoyant la simple décalque arrangée à la sauce locale. Autant préciser tout de suite que ces dernières sont hélas majoritaires. Ainsi Poupée de Cire Poupée de Son, pierre angulaire de la J-Pop sucrée tendance idol, très souvent repris dans l’archipel, pas forcément pour le meilleur. C’est le cas avec Hosokawa Fumie qui se contente du minimum syndical sans apporter la moindre personnalité, une version digne du Hello!Project, c’est dire. On passe, mais la suite ne donne guère envie non plus de continuer la visite. Harley Davidson (Naho) s’avère par exemple un authentique ratage. Karie Kahimi, Ishido Natsuo ou Michelle Flyn ne s’élèvent jamais au-dessus de l’anecdotique, malgré un choix d’originaux moins courus. Quant à La Chanson De Prévert, Kaho Minami s’en tire avec les honneurs sans qu’il y ait matière à s’extasier, même chose pour le fameux Requiem Pour un Con par Epo.

C’est avec Sea Sex and Sun, énorme tube dilettante de l’homme à tête de chou, que ça fonctionne enfin. Une rythmique au ralenti, une énorme ligne de basse, l’interprétation mature de Natsuki Mari qui écrase les voix fluettes de la concurrence : il n’en fallait pas plus pour une réappropriation pleine de moiteur du standard originel, sans jamais le trahir. L’Eau à la Bouche signé Sublime, réussit également à convaincre, une ambiance épurée, un titre « classieux » pour citer Gainsbourg. La dernière plage, aussi inutile qu’insupportable, c’est Le Poinçonneur des Lilas, une version potache de Kenzo Saeki. Arrêtons le massacre…

Au final, voilà l’archétype du disque destiné au mieux à étonner ses invités, ou plus banalement à assurer le fond sonore d’une soirée entre amis. Bref, pas de quoi s’enthousiasmer pour si peu.


  1. c’est exactement la démarche inverse pour le public nippon à priori peu familier de l’univers Gainsbourg, mais connaissant la plupart des chanteurs sélectionnés []
3 mai 2010 Aucun commentaire
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