From The Bottom Of The Dark Waters | Kawai Kenji
De la musique qui fait peur, d’accord, mais c’est quoi ? Un double CD a cappella des AKB48 ? le dernier tube R&B made in Korea ? S’il fallait chercher dans le meilleur du pire de la soupe musicale actuelle, on finirait bien par trouver le truc qui colle au sujet.
Pour ne pas avoir à s’imposer une telle punition, la bande originale d’un film d’horreur semblera donc un choix plus approprié. Dans un domaine codifié par de glorieux devanciers [1], ils ne sont pas légion à imposer leur style. Fidèle collaborateur de Nakata Hideo ou de Oshii Mamoru [2], Kawai Kenji fait partie de ces perles rares. Avec un look improbable d’oiseau rigolard, il aura marqué de son empreinte l’art du soundtrack avec des compositions où l’électronique reste au service d’une beauté formelle et limpide dont ce Dark Water constitue l’archétype. Treize plages nous entraînent à la suite d’une mère et de sa petite fille, dans les méandres d’un immeuble hanté. Au crescendo de tension succède un apaisement soudain, l’émotion voire la mélancolie prenant alors le relais de l’angoisse. Quelques accords plus agressifs, soutenant les moments choc, mélangent musiques classique et contemporaine, entre couinements de porte et envolée de cordes comme en panique. Pas une faute de goût, à part Blue Sky, un final chanté totalement hors-sujet, inutile concession à la sacro-sainte mode de la chanson thème de film.
L’ombre tutélaire de Takemitsu Tōru [3], influence plus ou moins revendiquée mais incontestable pour les trois papes de la BO nippone que sont Sakamoto Ryūichi, Hisaishi Joe et Kawai Kenji, plane occasionnellement sur le disque, une raison supplémentaire pour y jeter une oreille attentive.
On aura compris que From The Bottom Of The Dark Waters déborde largement du seul cadre de l’accompagnement musical évocateur pour figurer un parfait exemple d’ambient inspirée et toujours aussi agréable à écouter dix ans après (ou peu s’en faut) sa sortie. Tout ce qui contribue à la pérennité d’un classique.
, le 19 juillet
Notes
[1] par exemple, les premières notes du thème de The Shining suffisent à elles-seules à faire flipper
[2] cf. Ghost In The Shell ou Avalon
[3] 1930-1996, grand musicien classique et compositeur de musiques de films ayant signé quelques scores d’anthologie, dont ceux de Ran, Empire De La Passion ou encore La Femme Des Sables
