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Four Days Of Snow And Blood | Gosha Hideo



Ecœurés par la corruption sévissant parmi leur hiérarchie, de jeunes officiers de l’armée japonaise décident de fomenter un coup d’état pour restaurer leur honneur et la dignité impériale. Ainsi éclate la dramatique révolte du 26 Février 1936.

Spécialiste du Chambara [1], Gosha Ideo signait en 1989 un drame historique inspiré d’un fait authentique, célèbre dans l’archipel sous l’appellation Ni-Ni Roku [2].

Nous allons suivre le cheminement chaotique de ces militaires portés par un idéal [3], entre deux flash-backs évoquant l’environnement familial de chacun. L’exaltation initiale du petit groupe pour sa téméraire mission va rapidement être confrontée tant aux réalités de la rigidité disciplinaire qu’à ses propres défaillances. Proclamer la restauration de la condition supérieure de l’Empereur selon eux reléguée au second plan, c’était avant tout vouloir éliminer ceux qui en étaient la cause, à savoir les grand financiers, les politiciens, mais encore et avant tout les généraux, autrement dit les supérieurs directs des insurgés. Une situation contradictoire frisant peut-être l’absurde dans la mesure où le jeune Hiro-Hito condamnait lui-même cette insurrection. De fait, les pressions extérieures et la tension interne à la troupe auront raison du coup d’état avorté. Le huis-clos psychologique l’emporte alors sur le traditionnel “film de soldats” proclamant des valeurs supposées viriles.

Long-métrage souvent contemplatif où le désespoir ne tarde pas à déteindre sur toute chose, Four Days Of Snow And Blood ne propose en effet que de rares séquences de bataille dans sa première partie. Là, dans la pénombre hivernale, l’intrusion de la violence vient détruire la quiétude feutrée du paysage enneigé, une esthétique du contraste attendue mais néanmoins saisissante. La photographie privilégie des chromatiques estompées, conférant à la reconstitution un caractère documentaire fort à propos. Une sobriété tant formelle que narrative si l’on préfère, seule la musique signée Senju Akira [4] s’autorisant quelques envolées lyriques tout en soulignant constamment la solennité des événements. De cette tentative de prise de pouvoir promise à l’échec avant même d’avoir commencé, le film de Gosha ne tirera aucune morale, se contentant de présenter les faits avec le plus de précision possible. Mais son final plutôt émouvant dévoile malgré tout l’aspect pathétique de l’entreprise ; simple exécutant de la volonté expansionniste et va-t-en-guerre du gouvernement et de la pragmatique maison impériale, le noyau d’officiers rebelles, fidèles à un esprit chevaleresque désuet, représente un passé révolu, sinon illusoire. L’extrémisme de cette quête en laissera beaucoup dubitatifs, voire engendrera un certain malaise devant tant de conviction radicale. L’antépénultième réalisation de son auteur [5] ne vire cependant pas à la célébration morbide.

À l’instar des nombreux personnages de samouraïs peuplant la filmographie de Gosha Hideo [6], les protagonistes de Four Days Of Snow And Blood ont le tort intrinsèque de figurer des individus aux valeurs anachroniques les destinant à disparaître dans la tourmente de l’Histoire. Le cinéaste observe ainsi leur vaine agitation, dernier signe d’un anéantissement annoncé.

Michel Boléchala, le 14 décembre 2009


Ce romantisme de l’inutilité ne pouvait que plaire au provocateur né Mishima Yukio. En pleine utopie patriotique et passéiste, l’écrivain proposera une vision toute personnelle de l’incident avec Rite D’Amour Et De Mort, moyen métrage aussi martial que masochiste, adapté de sa propre nouvelle Patriotisme [7].

Notes

[1] films de sabre

[2] pour 2-26 en japonais, soit la date du 26 février, et par ailleurs le titre original du film

[3] qui resteront obscurs au yeux de l’occidental lambda peu au fait de l’histoire et de la tradition impériale nippone

[4] compositeur éclectique ayant œuvré entre autres pour Full Metal Alchemist

[5] qui décédera trois ans plus tard

[6] cf Goyokin, L’Or Du Shogun en 1969, ou Samouraï Sans Honneur en 1966 parmi tant d’autres

[7] publiée en France dans le recueil La Mort En Été

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