Que reste-t-il du football est asiatique post coupe du monde 2002 ?
Première participation de la Chine à une phase finale de coupe du monde ; meilleures performances de leur histoire pour le Japon et la Corée du sud, avec respectivement un 1/8ème de finale et une 4ème place. Le monde du football ouvrait les yeux sur la montée en puissance de l’Asie, certains allant même jusqu’à pronostiquer une victoire de l’un de ces trois pays dans un futur proche. Toutefois, comme vous le savez tous, le soufflé est vite retombé puisque, quelque 4 ans plus tard, l’on assistait en Allemagne à une véritable Bérézina : le Japon, pas plus que la Corée du sud, ne parvint pas à sortir de son groupe lors du mondial allemand. La Chine, pour sa part, n’était même pas de la partie, n’ayant pu franchir la phase éliminatoire.
Soit on considère que 2002 était un accident heureux, ne reflétant pas le réel niveau de ces nations sur l’échiquier mondial, soit on adopte le raisonnement inverse : la coupe du monde allemande était un accident, les progrès entrevus en 2002 ne sont pas remis en cause et, même, se sont confirmés. Ici, aucune réponse tranchée ne peut être apportée ; la vérité se situe probablement entre les deux explications ou, plus précisément, en chacune d’elles.
En effet, la coupe du monde 2002 allait de manière endogène favoriser les 3 nations citées plus haut. Le Japon et la Corée du sud, en tant que pays organisateurs, étaient qualifiés directement (s’épargnant ainsi une périlleuse et éreintante campagne de qualifications). Du même coup, la Chine voyait deux de ses concurrents éternels lui laisser le champ libre pour se qualifier.
De plus, qui dit pays organisateur dit soutien populaire et, de ce côté là, la Corée du sud et le Japon n’ont pas eu à se plaindre, bien au contraire ; l’opinion populaire remet fréquemment en cause l’impartialité de l’arbitre vis à vis du pays hôte, et la coupe du monde 2002 apporta de l’eau à son moulin. L’Italie, comme l’Espagne, allaient être l’objet de décisions fort discutables (scandaleuses si l’on reprend leurs termes) au profit de la Corée du sud.
Enfin, on notera le rôle majeur joué par la fédération coréenne de football, qui suspendit son championnat pour permettre à l’équipe nationale de se préparer au mieux, une sorte de « training camp » intensif de plusieurs mois ; face aux joueurs des autres nations, arrivés éreintées par la répétition des matchs avec leur club respectif, la Corée du sud bénéficiait ainsi d’un atout non négligeable, la fraîcheur, le tout sous la houlette d’un entraîneur de grand talent en la personne du hollandais Gus Hiddink. Ces atouts ponctuels ont donné lieu à un résultat unique, non confirmé par la suite comme nous l’avons exposé précédemment.
Cependant, dire que 2002 serait un accident « heureux » dans l’histoire du football est-asiatique reviendrait à négliger l’essentiel, le jeu.
La première mi-temps du Japon face au Brésil fut ainsi de plutôt bonne facture et, est-il nécessaire de le rappeler, la Corée tînt la France en échec (1-1) lors du second match de poules. La défaite du Japon face à la Turquie en 1/8ème de finale n’avait rien de dégradant (0-1), pas plus que celles de la Corée du sud face à l’Allemagne en ½ (0-1) et à cette même Turquie dans le match « banania » pour la 3ème place (2-3).
En outre, on notera les commentaires avisés de notre Platini national, présentant le jeu nippon comme un jeu d’avenir, vif et technique, une sorte de retour aux fondamentaux du football.
Mais la bonne santé du continent asiatique au niveau international se matérialise d’abord et avant tout par la présence de ses joueurs dans les plus grands championnats européens. Si Nakata accaparait les projecteurs il y encore peu, sa retraite a permit de mettre en exergue plusieurs joueurs de premier plan international qui évoluent en Europe. Par Europe, nous considèrerons ainsi les « grandes nations de football » du continent européen et leurs championnats représentatifs ; le Japon, avec namoto Jun’ichi (Galatasaray, Turquie), Takahara Naohiro (Eintracht Frankfurt, Allemagne), Masashi Oguro (Torino, Italie), Ogasawara Mitsuo (Messina, Italie), Morimoto Takayuki (Catania, Italie), Nakamura SHunsuke (Celtic Glasgow, Ecosse), Matsui Daisuke (Le Mans UC72, France), Nakata Koji (FC Basel, Suisse), pour ne citer que les représentants les plus célèbres, est sans doute le plus grand « fournisseur » de joueurs de talent aux clubs européens.
La Corée du sud n’est pas en reste avec, notamment, Cha Doo-Ri (Mayence, Allemagne), Lee Young-Pyo (Tottenham hotspur, Angleterre), Seol Ki-Hyeon (Reading FC, Angleterre) et bien sûr Park Ji-Sung (Manchester UTD, Angleterre).
Enfin les joueurs chinois s’ « exportent » de mieux en mieux comme en attestent les exemples de Sun Jihai (Manchester City, Angleterre), Wei Du (Celtic Glasgow, Ecosse), Jiayi Shao (Energie Cottbus, Allemagne).
Le sort de ces divers joueurs est évidemment très différent, beaucoup ne sont que remplaçants, mais cette « internationalisation » est évidemment une très bonne nouvelle pour leurs équipes nationales. Au contact des meilleurs joueurs et entraîneurs de la planète, ils étoffent leur bagage de footballeur, notamment sur les plans tactique et physique (souvent pointés du doigt comme lacunes récurrentes de leur jeu).
Longtemps présentée comme une touche d’exotisme dans le paysage footballistique européen, la présence de joueurs asiatiques sur le vieux continent est devenue aujourd’hui une évidence.
Une évidence marketing, bien sûr, puisque générant de nouveaux et importants flux de merchandising pour les clubs ; mais aussi, et surtout, une évidence sportive : les joueurs japonais, sud-coréens et chinois amènent, dans les schémas tactiques ultra frileux des grands clubs européens, un soupçon de technique et de plaisir de jeu qui font la part belle au spectacle.
Un spectacle qui ne s’oppose pas à la performance pure et simple, comme en témoignent les matchs de grande qualité de Nakamura à Glasgow, véritable pilier de l’équipe et considéré comme l’un des plus grands spécialistes des coups francs au monde.
De même, l’internationalisation du football est asiatique a entraîné dans son sillage l’expatriation de joueurs d’autres nations asiatiques, comme l’iranien Ali Karimi (Bayern Munich, Allemagne) et, par conséquent, un renforcement du niveau général de la zone Asie. Un niveau général plus élevé implique des qualifications à la coupe du monde plus rudes et, par là même, une meilleure préparation à l’épreuve reine du football mondial.
Gageons donc que, contrairement à ce que l’on a pu penser avec la coupe du monde en Allemagne, 2002 n’était pas un feu de paille et que d’autres performances de premier ordre sont à prévoir pour l’avenir.

Article publié dans SHINE#2
Benjamin Salagnon, le 9 septembre 2006

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