Enka
Enka (Nakamori Akina)

L’album du vingt-cinquième anniversaire, un jubilé pour Nakamori Akinaidol des années 80 devenue grande dame de la chanson, noblesse de la mâturité oblige. Si le parcours s’est avéré chaotique, elle est toujours là, icône inaltérable d’une J-pop aujourd’hui en quête désespérée de figures tutélaires, si ce n’est d’identité.

Un LP reprenant des standards de la musique populaire locale, remontant le temps au fil des ritournelles sentimentales du enka, style à la patine kitsch certaine, mais à l’authenticité tout aussi incontestable. La diva est accompagnée d’une orchestration sophistiquée, symphonique, rejetant tout bidouillage électronique pour leur préférer la beauté pure des instruments classiques et traditionnels. Luxe, calme et volupté, telle pourrait être la devise de ce projet haut de gamme naviguant très loin des sonorités lambda. Très à l’aise sur ces tempos alanguis grimpant soudain pour des envolées lyriques, Akina se dévoile plus charmeuse que jamais. Sa voix incroyable, feutrée, tantôt aérienne tantôt profonde, surfant sur les syllabes, semble s’éteindre pour mieux renaître l’instant d’après, comme en apesanteur, manière unique de s’approprier un univers, de le vampiriser pour mieux le sublimer.

Car l’exercice de style garde ses distances avec l’enka que nous connaissons, celui des mémères permanentées en kimono et des vieux beaux en yukata. Madame Nakamori a trop de classe pour se livrer aux excès de vocalises pompiers. Les esprits chagrins pourront toujours lui reprocher un recul qui s’accorde mal au concept, voire un manque de spontanéité polissant un peu trop le caractère authentique de ces mélodies éternelles. Le meilleur exemple : Funa Uta , air magnifié jadis par Yashiro Aki et repris par Kaji Meiko qui se fondait sans retenue dans une interprétation échevelée digne des meilleurs spécialistes ès-roucoulades, là où l’évanescente ex-reine des eighties fait preuve d’un feeling tout personnel pour en donner une version totalement dépoussiérée. Qu’importe puisque de toutes façons l’émotion s’impose tout au long des treize plages : Akina, dont la vie privée n’a pas toujours été un long fleuve tranquille (prenant souvent le pas sur son métier de chanteuse), garde intacte une aura de parfaite tragédienne à l’élégance blessée, successeur directe d’une Yamaguchi Momoe dont l’ombre plane sur ces plages, on s’en serait un peu douté. Il n’y aura qu’à écouter Yoru Sakura wo Nana, l’avant-dernier morceau, pour s’en persuader.

Enka est en plus un bien bel objet se déclinant en plusieurs versions, du simple au luxe, autant de jaquettes aux photographies somptueuses, dont une promotion savamment orchestrée saura tirer le meilleur parti, la dame le mérite amplement. Mais pour une fois, un album de J-pop aura aussi du contenu. Enfin, de la pop pure et simple, il n’y en a pas vraiment, encore moins de ces rythmes latinos pour lesquels l’artiste semblait s’être trop longtemps amouraché, quitte à s’y enliser. Quant à savoir si c’est bien de l’enka, on répondra qu’il y en a certes au programme, mais qu’il s’agit avant tout du disque d’une Nakamori Akina retrouvée. Et c’est finalement le plus important.

14 novembre 2007 Aucun commentaire
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  • 艷華
  • Japon 2007.
  • Universal Music Japan.