Si l’on devait faire un compte rendu général de « l’état de l’art » du punk rock japonais actuel il serait impensable d’oublier le groupe qui pendant les 3-4 dernières années a battu tous les autres, tant en présence médiatique, qu’en accessibilité musicale ou en ventes. Bien entendu il s’agit du quatuor Ellegarden.
Cette année encore, le groupe était parmi les protagonistes des grands festivals de l’été japonais : Nano- Mugen, Rock In Japan, Summer Sonic, MONSTER baSH.
Les ELLEGARDEN se sont formés en 1998 dans la préfecture de Chiba, ville de l’agglomération de Tokyo qui, malgré son aspect plutōt anonyme, présente une scène indie très animée. Son club le plus célèbre est probablement le Look, mais il y a aussi d’autres live housesmoins connues, tant à Chiba City que dans la préfecture qui porte le même nom. On ne peut d’ailleurs pas omettre le Makuhari Messe, énorme centre de convention souvent utilisé pour les festivals hivernaux (comme Countdown Japan), ainsi que le Chiba Marine Stadium, pour les concerts des grands artistes étrangers.

Après un premier album qui ne montrait pas encore une direction précise (Don’t Trust Anyone But Us, 2002), entre fadaises J-pop (le single discutable Yubiwa) et punk rock à la japonaise bien plus digeste, notre quatre héros guidés par le charismatique Hosomi Takeshi (voix, guitare et paroles) ont retrouvé le chemin d’un melo-core joué comme il faut pour faire sauter les kids aux concerts. Ils nous ont ainsi délivré trois albums qui, même sans laisser paraître aucune énorme évolution, dessinent tous ensemble un paysage sonore aux contours bien nets. Un beau et grand paysage, exploré avec une confiance certaine par un groupe qui montre d’indubitables dons d’écriture, de vitesse, mais également d’accroche mélodique qui sont nécessaires pour conquérir les charts. En effet les ELLEGARDEN sont devenus les sauveurs de la patrie punk japonaise à partir de leur deuxième effort de 2003, Bring Your Board !! (un titre qui est également un programme esthétique, et transpire la gaieté californienne et le mouvement fashion punk). Ils ont commencé à déplacer les foules lors de leurs tournées nationales dont la plupart des dates furent sold-out, et à totaliser des dizaines de milliers de disques vendus. Fin 2004, deux albums figuraient dans le top indies annuel d’Oricon. Fait qui s’est répété à la fin de l’année 2005, quand leurs LPsBring Your Board !! (19e), Pepperoni Quattro (2004) (14e) et Riot on the Grill (2005) (3e) se sont placés tous les trois dans le top 20 annuel indépendant. Un résultat quasi-historique qui montre la popularité de ce groupe et la solidité de sa base de fans.
Très appréciés pour leurs concerts extrêmement énergisants et franchement amusants (votre serviteur se trouvait parmi les 10 000 forcenés du Countdown Japan 2004), les ELLEGARDEN sortent un DVD par an, sorte de bootleg officiel regroupant le meilleur de leurs performances en concert. Définitivement éloignés de la scène punk rock underground, dominée par le « melo-core nouvelle generation » (cf. article sur Locofrank), les ELLEGARDEN n’ont aucune prétention artistique ni même d’engagement quelconque, sinon que très épisodiquement. Ce que confirme les déclarations d’Hosomi dans une interview pour Wave [1] : « Nous ne voulons sauver personne. [...] Si nous voulions changer quelque chose, je crois que nous aurions mieux fait de faire de la politique. Ce que nous faisons c’est produire un son énorme afin que les gens puissent se dire “Wow !”. Nos activités principales ne doivent pas s’éloigner de ça. ». Et d’ajouter dans Towerd’avril 2005 : « Je crois que musique peut se passer d’une cause ou d’un sens. Je pense que c’est plus une histoire d’impulsion et d’instinct, quelque chose de sauvage. Nous pensons tous que ces choses sont précisément les plus importantes quand tu fais de la musique »
Le groupe semble donc s’orienter vers un auditeur un peu superficiel, qui n’aime pas une musique « trop pensée avec la tête ». Paradoxalement, les ELLEGARDEN revendiquent l’importance du rock en tant que soutien dans la vie quotidienne, comme un moyen nécessaire à l’expression de ses propres sentiments d’insatisfaction, rebellion et espoir[2]. Tout cela se traduit par une approche relativement éclectique et contaminée, de façon à ce que leur musique se montre stylistiquiment reconnaissable et, de façon presque inattendue, originale. Leurs chansons, et surtout leurs productions, incroyablement polies, s’ouvrent en effet à des suggestions emo, tant qu’à des sonorités nu-metal ou rétro-grunge[3]. Productions qui exaltent les nombreux refrains mélodiques, en les enchâssant entre accelérations à perdre d’haleine et explosions de guitare. Les refrains quant à eux dégagent ont une forte odeur de J-pop.
En ce sens, Pepperoni Quattro reste sans doute leur chef-d’oeuvre, et l’un des disques les plus « internationaux » que la scène japonaise ait produit ces dernières années. On trouvera donc dans les albums des ELLEGARDEN des party songs, comme la spectaculaire Surfrider Association qui ouvre Board !! [4] ou la stupidité presque sublime dePizza Man (dans Pepperoni…). Mais l’on trouvera également des chansons plus méditatives et mélancoliques, pour preuve le single-bulldozer Missing (un de leurs plus grands hits), dans Riot, ou bien encore le fracas romantique et simil-gabber (!) de Make A Wish, dansPepperoni Quattro.
On ne s’ennuie pas en écoutant les ELLEGARDEN, même si, naturellement, la tenue de leurs albums n’est pas totalement uniforme, et l’on peut trouver çà et là quelques points faibles et quelques chansons moins inspirées. Mais si l’on considère la rapidité avec laquelle Hosomi et ses compères ont pondu leur discographie, on ne peut s’empêcher d’admirer l’abondance de chansons absolument mémorables. On se doit de citer : Wannabies, Jitterbug, No.13 tirées de Board !!, Butterfly, Supernova extraites de Pepperoni… et enfin Red Hot figurant dans Riot. Même l’ambigu Don’t Trust a ses bons moments, comme My Favorite Song, Santa Claus et Bare Foot. Il faut dire qu’Hosomi a une voix ductile et expressive et qu’il chante passant du japonais à un excellent anglais sans difficulté. Ses textes en langue étrangère ont du sens et sont chantés avec un accent parfaitement américain, ce qui est extrêmement rare au Japon. Enfin, une grande chose chez les ELLEGARDEN, tirée directement de la tradition du punk rock californien (NOFX, Vandals, Lagwagon, etc.) reste leur attitude ironique, leur image de jeune gens tout à fait ordinaires qui ne se prennent pas trop au sérieux. Regardez par exemple les livrets de leurs albums, l’homme qui mange des spaghetti sur la jaquette de Riotou encore Hosomi nous montrant ses fesses sur celle de Pepperoni Quattro, sommet d’une iconographie qui est à mi-chemin entre un hommage aux Blink-182 de Enema of The State (1999) et un épisode de Jackass.
Quelques faits notables sur ELLEGARDEN
- Qui sont ils ? Hosomi Takeshi (chant), Ubukata Shin’ichi (guitare), Takada Yūichi (basse), et Takahashi Hirotaka (batterie).
- Dans leur dernier vidéo-clip, Space Sonic, sorti en décembre 2005, le groupe joue en travestis au centre du plateau d’une émission de TV fictive. Ce PV rappelle d’une certaine façon l’infame In bloom de Nirvana (1992), où Cobain et ses potes jouent en robes et pour finir détruisent presque entièrement le studio.
- ELLEGARDEN a joué en première partie de Sum 41 lors de leur tournée de février 2005.
- TV Maniacs (Riot On The Grill) est une incursion typique dans le style du Chuck (2004) de Sum 41.
- Ils montrent un grand intérêt envers les sports typiquement punk rock comme le skateboard ou le snowboard. En fait, ils étaient l’un des groupes principaux au concert de clōture duToyota Big Air, un concours de snowboard qui s’est tenu en janvier 2006 dans la région de Sapporo.
- Il semblerait que Hosomi était un col-blanc (salaryman ou encore kaishain) avant de consacrer tout son temps au groupe.
- En mars 2006, ELLEGARDEN a fait sa première tournée aux Etats-Unis (8 dates) après la sortie américaine de Riot On the Grill le même mois. L’album est sorti chez le label indépendant Denko Secca dont le catalogue ne contient que 2 titres (l’autre étant un album de The Rodeo Carburettor).[/box]
2002 - Don’t Trust Anyone But Us | 2003 - Bring Your Board !! | 2004 - Pepperoni Quattro | 2005 - Riot on the Grill | 2006 - Eleven Fire Crackers
- Japon 1998-2008.
- Growing Up Inc./Dynamord.
- www.ellegarden.jp
