Dream
dream ©Avex Trax

« I have a dream » disait Martin Luther King. La maison de disques japonaise Avex aussi a fait le sien, même si ça commence à virer au cauchemar pour les intéressées…

En Occident, même si avec la mode des télé-crochets, la moindre caissière de restaurant rapide ou le plus humble maître-chien peut accéder au rang de star du jour au lendemain, le plus souvent pour juste le jour car les lendemains sont rarement chantants, on imagine mal chez nous des tonnes d’artistes recrutés de cette manière squattant les plus hautes marches des hits-parade et vendant des dizaines de millions de disques durablement. Au Japon, c’est commun, voire même extrêmement banal, surtout en matière d’idoles. Toutes les semaines ou presque, des émissions de télé proposent des castings géants censés découvrir les « futurs talents » ; en fait, les plus jolies candidates du lot. Il faut les voir ces adolescentes sourire niaisement devant les caméras et s’essayant de chanter le plus juste possible une ritournelle dans l’air du temps. On les présente un peu comme de la viande. De véritables marchés aux esclaves. Comme les élections de Miss France finalement ! Il est très amusant de voir ces gamines au naturel, avant que des maquilleurs, stylistes, visagistes et autres coiffeurs ne les prennent en main et transforment les petites paysannes fraîchement débarquées de leur cambrousse qu’elles sont en créatures de rêve. Notons qu’il existe la même chose pour les garçons.

dream ©Avex TraxDream, ou « dolimu » comme on dit là-bas, est né comme ça, d’un de ces castings à l’échelle nationale organisés par la maison de disques Avex Trax, en mai 1999, et réunissant près de 120 000 candidates au départ. Les trois finalistes seront Matsumuro Mai (née en 1983), Hasebe Yū (née en 1986) et Tachibana Kana (née en 1985). Evidemment, lorsque le résultat tomba, désignant les trois gagnantes, les Kleenex furent de rigueur ! Larmes et morve gluante à tous les étages. Le « rêve » commençait pour elles…

A ce moment, les rôles sont très clairs dans Dream. Mai est le leader du trio. De par son âge déjà et puis, n’oublions pas que c’est elle qui se mit à écrire les paroles des chansons du groupe à partir du quatrième single Reality. Dans les interviews télévisées, Mai semblait assez froide et distante. Arrogante presque ! Pourtant, force est de constater que Mai était la moins jolie du groupe et aussi celle qui avait le moins de voix. Yū est la pin-up, avec sa bouche en cœur et des jambes assez… électrisantes ! D’ailleurs, elle est le plus souvent en short ou en minijupe. Toujours au milieu des deux autres dans les photos, elle est belle et les producteurs le montrent bien. Malgré son physique, dont elle ne joue absolument pas, elle chante assez bien sur scène. Quant à Kana, il faut reconnaître que c’est sur elle que les Occidentaux flashent le plus, alors que bizarrement, les Japonais la boudent. Son visage, très vietnamien, y est sans doute pour quelque chose. Jouant un peu au yo-yo avec sa ligne, il e1t incontestable que c’est elle qui a le plus de voix dans le groupe.

Il faut bien admettre que les Dream n’ont jamais vraiment cassé la baraque dans les charts. En presque quatre années d’existence, elles n’ont jamais été numéro 1 et il y eut encore moins de phénomène de société comme pour SPEED ou les Morning Musume. Elles sont rentables mais sans plus. Une petite poignée de fans les suivent fidèlement. Ils achètent les disques et le reste, mais ça reste à une échelle assez minime. Elles firent quelques publicités à la télévision pour des téléphones portables, des sucettes, des shampooings etc. On les vit assez peu dans les magazines également. Pareil pour les émissions télé. Discrètes. Leur maison de disques ne les a jamais non plus poussées comme il fallait. Se remettent-ils encore des frais de casting ?…

dream ©Avex TraxMusicalement parlant, jusqu’en 2002, leurs chansons furent plutôt bien fichues. Les Dream excellèrent dans la pop mâtinée de dance. Leurs deux premiers albums, Dear… et Process, furent de très bonnes surprises. Certains titres sont signés Igarashi Mitsuru (tête pensante de Every Little Thing). Quasiment tous leurs slows sont un peu dégoulinants par contre. Dream s’essaya également à l’eurobeat pendant l’année 2000, comme la plupart des artistes de chez Avex car ce style musical était alors très à la mode à cette époque, le temps d’un titre phare, Night on Fire, puis, par la suite, sous forme de remixdans les singles histoire de combler un peu plus les si coûteuses galettes argentées. On notera parmi les singles à retenir chez elles Heart on WaveSolveBelieve in You ou Get Over. Des titres portant bien la patte des compositeurs d’Avex. Commerciaux, opportunistes mais très efficaces dans la forme. Deux DVD sortirent pendant cette période, les montrant en concert et prouvèrent qu’on peut être des idoles pas très mâtures et avoir un peu de talent. Les filles dansent bien sans pour autant être épileptiques et chantent juste et fort, Kana en particulier. Le clash viendra avec le départ de Mai du trio au début 2002. On coupe la tête ici, même si ce n’était pas la plus jolie. La version officielle dira que Mai devait terminer ses études et qu’elle reviendra bientôt en solo. La version officieuse parle plutôt d’un arrêt brutal des études de Mai pour vouloir justement faire uniquement du solo. On ne sèche pas les cours chez Avex. On veut des têtes bien faites certes, mais bien pleines également et pas trop enflées surtout. Mai ne se sentait plus pisser d’après les rumeurs, d’autant qu’elle avait signé les paroles d’une chanson de la chanteuse coréenne BoA juste avant. Un extra qui lui permettait de faire ses preuves en dehors du groupe. A noter qu’à l’heure actuelle, près de deux ans après son départ, personne n’a revu le bout du nez de Mai.

Ce départ fut très rapide et Avex ne fit pas de grand tralala comme c’est toujours le cas dans les départs (les « graduation » [1] comme on dit au Japon) des membres les plus fameux dans des groupes très connus. Quelques larmes de Yu et Kana à l’antenne et basta. Avex voulait passer à autre chose très rapidement. Les semaines suivantes passèrent dans la dignité muette pour Dream, quand soudain, pendant l’été 2002, une annonce officielle fit bondir les fans : Avex allait auditionner des chanteuses afin d’y inclure… 6 nouvelles recrues dans le groupe ! On sent là immédiatement le désir d’Avex de concurrencer les Morning Musume sur le terrain des colonies de vacances ! Et effectivement, un arrivage sauvage de gamines avec une moyenne d’âge de 15 ans débarqua dans le groupe. Kana hérita de la place de cheftaine.

dream ©Avex TraxÀ partir de là, tout va mal. Déjà, le groupe prend plus de six mois de repos après ce casting. Silence radio total. Pas de news, pas de titres à se mettre sous la dent. Très gros risque pris par Avex car le marché de la pop japonaise est si dynamique et si rapide que les Dream pouvaient passer de la célébrité à l’oubli total de la part des fans. Cette période sabbatique servira surtout à entraîner et former les nouveaux membres. Début 2003, les revoilà, fraîches et dispos. En guise de chansons, on a droit à un album de reprises à tendance disco de hits européen, Dream World, mais remis au goût du jour. Le single Music Is My Thing sera le moteur de ce retour mais la mayonnaise ne prend pas. Les chansons ont un goût de bâclé et de déjà vu. Les gamines derrière dansent pas très bien et une seule du lot, Yamamoto Sayaka, chante sur le devant de la scène avec Yū et Kana.

En février 2004 est sorti leur nouvel album, ID. Quelques bonnes petites choses dedans mais pas de grande révélation ni d’espoir de revoir le groupe en aussi grande forme comme en 2000/2001. Dream est désormais dans une sorte d’impasse. Mal produites, chantant de titres poussifs et fades, décrédibilisé par les six jeunes recrues, l’avenir s’annonce très incertain pour le groupe, Avex même semble avoir perdu la foi en Dream, d’autant plus que la concurrence est très rude en ce moment avec une avalanche de girlsbands tout droit sortis de l’école primaire. Berryz Kōbō et SweetS en tête. Ces dernières, produites chez Avex en plus, ont la particularité d’avoir comme « chanteuses » des gamines âgées entre 11 et 13 ans, le tout en minijupes et poses lascives bien évidemment. On connaît le goût malsain et très prononcé qu’ont certains Japonais pour la chair fraîche et ça marche. Quel fantastique producteur aurait été Marc Dutroux au Japon !… Les Dream ont beau multiplier les petites percées, comme par exemple de sortir un disque en duo avec les Fruit Punch et SweetS en fin d’année 2003 ou de jouer dans une comédie musicale (vu leur nombre, elles sont presque une compagnie à elles toutes seules !), les médias les boudent et elles sombrent de mois en mois. Le bateau commence même à prendre l’eau avec le départ au moins d’avril 2004 d’une des nouvelles recrues, à savoir Risa Ai.

Il ne reste plus qu’à Avex de se botter un peu plus les fesses pour arriver enfin à imposer Dream, même si ça sent la fin de parcours pour elles. Un gâchis immense. Très dommage.


  1. ou sotsugyō 卒業 []
25 novembre 2004 Aucun commentaire
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