Shinezine

Daisy | Andrew Lau Wai Keung



Hye-Yong, jeune femme artiste peintre vivant avec son grand-père en Hollande, va se retrouver au centre d’une rivalité amoureuse entre un agent d’Interpol et un tueur solitaire.

Andrew Lau en roue libre. Débarrassé pour un temps de son acolyte Alan Mak, duo à la base du triomphal Infernal Affairs, il s’offre une parenthèse qui sans renier la trilogie hong-kongaise, s’autorise un net dérapage vers le mélodrame, façon de justifier le caractère coréen très affirmé de cette coproduction. Sur une trame policière à suspens va ainsi se greffer une romance fortement contrariée où des personnages sans épaisseur ni réalité sociale se croisent le temps de l’intrigue sur fond de Hollande de carte postale. Limitée en quelques lieux choisis (une place publique, un appartement/observatoire, des champs en fleurs), l’action se déroule dans un cadre digne d’un dépliant touristique à la gloire du pays batave, gigantesque et officieuse promotion à destination d’une classe moyenne pan-asiatique désireuse de visiter la vieille Europe. A rendre jaloux les créateurs de la fameuse collection de livres Harlequin !

Il y a- t-il un vrai film derrière tout ce fatras de kitcheries ? Entre deux gunfights sporadiques les protagonistes jouent à un cache cache sentimental guère plus crédible que leur affrontement pseudo shakespearien. Hye-Young, jeune fille spontanée et sensible, tire le portrait aux touristes locaux, aime un grand-père idéal, tandis que Park Yi est l’archétype du tueur à gage méthodique, adepte de musique classique, une parfaite machine à tuer qu’un grain de sable va enrayer, son ennemi et alter-ego Jeong Woo alliant la droiture avec un sixième sens de vieux briscard... La construction du scénario alterne flash-backs et moments présents, une voix off, celle des trois personnages, intervenant pour éclairer une même scène d’un point de vue différent et révélateur. Méthode efficace pas des plus novatrices, on s’en doute, le meilleur du film reste alors ces moments contemplatifs où Park Yi s’interroge sur le sens d’un parcours allant tout droit à l’impasse, même si là-encore on a déjà vu tout ça ailleurs.

Belle des champs (Jun Ji-Hyeon) La musique, oeuvre de Umebayashi Shigeru [1], multiplie les envolées lyriques sans parvenir à relancer l’intérêt, un vrai gaspillage quand on connaît la capacité du musicien à susciter l’émotion en quelques accords. Encore un nom prestigieux ajouté à une affiche qui n’en manque pas mais ne parvient jamais à justifier sa réputation. Malgré une distribution glamour à souhait où Jeon Ji-Hyeon prouve sa capacité à endosser les rôles les plus inconsistants en gardant une fraîcheur de jouer intacte, ses deux partenaires masculins s’en tirant eux-aussi avec les honneurs, Daisy ne réalise pas l’amalgame souhaité entre deux genres cinématographiques dissemblables.

Andrew Lau renouvellera rapidement l’expérience, cette fois en retrouvant son compère Alan Mak, pour un Confession Of Pain un peu plus réussi mais encore nettement en dessous du potentiel des artistes en présence. On était en tous cas légitimement en droit d’attendre un peu plus de fond et de noirceur d’un projet certes destiné à un public très large, avec la volonté évidente de toucher l’auditoire féminin réfractaire aux seules fusillades virevoltantes, mais limitant trop ses ambitions au livre d’images filmé, noyé dans l’eau de rose et la guimauve dégoulinante. Et comme on nous le répète tous les jours, l’excès de sucrerie finit par nuire à la santé.

Michel Boléchala, le 27 novembre 2007


Notes

[1] compositeur du thème du film Yumeji réalisé par Suzuki Seijun, thème qui sera repris dans In The Mood For Love (Wong Kar-Wai) avec le succès que l’on sait

  • Procès Douch  Le génocide khmer rouge enfin jugé
  • NANA // NANA 2 Ōtani Kentarō
  • Harcèlement Sexuel Chine et Japon, le cauchemar au royaume du riz
  • Unholy Women Amemiya Keita, Suzuki Takuji, Toyoshima Keisuke
  • Mishima Yukio Le Clou Qui Dépasse
  • Nuages Flottants Le Livre, Le Film
  • Foot-age de gueule Propagande ordinaire en Corée du Nord
  • Radio France vous emmène en Asie Japon et Chine
  • Reprises : Cat’s Eye 1983 -vs- 2010
  • Gosse de Peintre Visite de l’expo Kitano à la Fondation Cartier
  • Kitano à Cannes Outrage en compétition officielle
  • The First Chapter Locofrank
  • Ogon Batto/The Golden Bat Sato Hajime
  • Live in Geneva Merzbow (Akita Masami)
  • Happiness Hur Jin-Ho
  • Sparta Locals Sparta Locals
  • Kobato Kurumi Daizenshû Kobato Kurumi
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