Cutie Honey The Live
Cutie Honey © TV Tokyo

Lycéenne brillantissime affichant une perpétuelle bonne humeur et une exubérante spontanéité, Kisaragi Honey est en réalité un androïde ultra-perfectionné pouvant se transformer à volonté en Cutie Honey, une combattante hors-pair. Aidée du sympathique mais improbable apprenti détective Hayami Seiji, elle va devoir affronter les forces maléfiques de Panther Claw, une nébuleuse criminelle aux pouvoirs tentaculaires, en un combat sans cesse recommencé entre le bien et le mal.

Dans la foisonnante bibliographie du légendaire mangaka Gō Nagai[1]Cutie Honey [2] évolue aux frontières entre les séries d’action du maître et celles visant un public plus adulte peuplées de jolies filles dénudées. Archétype de la justicière aux super-pouvoirs qui fera rapidement école[3], elle est toujours très populaire dans l’archipel depuis sa création voilà trente-cinq ans, on ne compte plus les adaptations en version anime. Quant au film live sorti en 2004, il a relancé si besoin était la popularité du personnage[4], tandis que la chanson-titre du film permettait à Koda Kumi de lancer sa carrière vers les sommets.

Cutie Honey © TV TokyoLe drama suit un peu la même voie[5], développant sous tous les angles la rivalité éternelle entre Cutie Honey et les sbires de Panther Claw, avec bien sûr toute la flexibilité narrative et la capacité d’évolution que permet une série de longue haleine par rapport à un unique long-métrage. Les ramifications de l’organisation se dévoileront ainsi au fur et à mesure des épisodes, au rythme de l’apparition de nouveaux méchants oscillant entre sadisme, perversion et amour de l’argent. De la même façon, la personnalité de Kisaragi Honey et de ses acolytes Saotome Miki et Kenmochi Yuki va s’étoffer petit à petit, seul le farfelu enquêteur Seiji restant cantonné dans un registre gentiment ridicule. Les auteurs ne se privent pas pour modifier l’ambiance générale d’un chapitre à l’autre, même si l’humour un peu déjanté en reste la constante première.

Mais à la franche rigolade de Ojōsama Yūkai Jiken !? (épisode 9) répond la noirceur deDai Ni No Shōjo !?(épisode 5), première apparition de Sister Miki, version sombre de la lumineuse Cutie qui ne restera pas insensible au charme de cette super-héroïne triste. Yokubō No Hāmonī !? (épisode 12) suit un peu une veine identique, le duo de filles étant cette fois complété par la longiligne Sister Yuki, qui en pince quant à elle pour Honey ! Un triangle amoureux dans la grande tradition du célèbre mangaka, grand pourvoyeur d’histoires parsemées de relations saphiques pour le public essentiellement masculin de ses autres séries érotiques. On ne s’étonnera pas de voir que ce nigaud de Seiji est l’éternel exclu de ces joutes sentimentales[6], le seul rôle qui lui est alloué étant celui de témoin-voyeur, évidente identification pour le véritable lecteur. La suite montrera cependant une évolution intéressante au sein du trio vedette, le scénario jouant avec subtilité sur la notion de filiation avec le retour au premier plan de la figure du professeur Kisaragi. À la clé, un sacré paradoxe : la fille la plus humaine du savant se trouve être une androïde, une machine. Autant d’épisodes où l’humeur vire à la gravité, encore que…

Cutie Honey © TV TokyoOn aura compris que l’esprit de Gō Nagai est parfaitement rendu, soulignant au mieux la savante alchimie entre l’optimisme de surface et la noirceur sous-jacente de son univers où la sexualité reste une composante essentielle, même de façon détournée, un style unique aux multiples succédanés sur papier ou à l’écran. Si certains reprocheront l’absence de véritables créatures monstrueuses, la plupart des super-vilains de Panther Claw gardant une physionomie humaine, la galerie vaut le détour, entre le bilingue et très versatile Duke Watari IV, Nakajo Yuji et ses multiples personnalités, Karasugawa Mayumi la cruelle professeur lesbienne fortement attirée par Miki, ou Tanaka Hiromi, vendeuse de poisson obsédée par l’argent. Tous ces allumés vont combattre Cutie Honey et ses copines avec une énergie jamais prise en défaut. Les combats sont rythmés, joliment chorégraphiés dans le plus pur style sentai [7], bastons sans complexe et funaccompagnées de quelques effets spéciaux pour en souligner le caractère surnaturel. L’action est au rendez-vous ! En choisissant Hara Mikie, ancienne junior member du groupe J-pop Bishōjo Club [8] et désormais gravure girl extrêmement populaire, la production a déniché le gros lot.

Cutie Honey © TV TokyoLà où Satō Eriko, autre modèle pour clichés sexy, affichait dans le film de Anno Hideaki une certaine distance et une forme d’inaccessibilité due autant à son allure de top-model qu’à son détachement vaguement hautain, Mikie nous la joue fille d’à côté. Une girl next door en osmose avec son personnage, entre naïveté calculée et décontraction, un peu crétine sur les bords à l’occasion et bavarde comme pas deux, mais franche et ouverte. Un cyborg plus proche, plus humain si l’on veut. Autre modèle en bikini, Misaki Ayame compose avec l’ombrageuse Saotome Miki le caractère le plus intéressant du lot, tandis que le reste de la distribution évolue majoritairement dans un registre proche de la parodie, ce dont personne ne se plaindra. Ainsi dans Akutoku No Obasan !? (épisode 11), lorsque Tanaka Hiromi voit apparaître successivement nos trois adeptes du “honey flash !”, elle s’exclame :« Une après l’autre ! C’est une soirée costumée ou quoi ? ». Un recul de la série vis à vis d’elle-même bienvenu, prouvant que les scénaristes ne se prennent jamais au sérieux. Sans temps mort, elle assume totalement l’aspect répétitif de la bataille gentils-méchants au centre de son sujet et un côté feuilletonesque aux rebondissements plus ou moins prévisibles.

Quant on sait que le passage du dessin ou de l’animation à un véritable décor et des acteurs réels a plus souvent occasionné de cinglants échecs que de belles réalisations, on ne peut que saluer la légèreté, la loufoquerie et le dynamisme de Cutie Honey The Live, quintessence de l’adaptation réussie, plus subtile qu’il n’y paraîtra au premier abord, et définitivement ludique. Honey Flash !


  1. il est entre autres le créateur du robot géant Mazinger Z suivi de son homologue UFO Robot Grendizer devenu en France Goldorak. Il est également le père de Devilman, et de deux justicières très dévêtues : Kekkō Kamen et Maboroshi Panty. Son influence dans l’histoire du manga est considérable et va bien au-delà, ses oeuvres ayant été maintes fois adaptées en série d’animation et en version live, que ce soit au cinéma ou pour la télévision []
  2. manga créé en 1973 et adapté en série animée la même année au Japon, Cutie Honey sera diffusée pour la première fois en France en 1988 sous le titre Cherry Miel []
  3. les magical girls comme Sailor Moon en sont un des nombreux exemples []
  4. Cutie Honey, film réalisé en 2004 par Anno Hideaki, avec Satō Eriko, Ichikawa Mikiko & Murakami Jun. Une adaptation fort réussie, qui, si elle lorgnait vers un large public en gommant certains aspects trop sexuels du manga, préservait suffisamment d’ambiguïté et de sous-entendus pour ne pas dénaturer complètement l’oeuvre originelle []
  5. l’horaire de diffusion, en deuxième partie de soirée, permettant quelques séquences plus violentes ou sexy []
  6. dans le film de Anno Hideaki de 2004, Hayami Seiji partageait d’ailleurs un destin similaire, exclu de l’attirance entre Cutie et la femme flic Aki Natsuko []
  7. escadron de combat, justiciers masqués de séries télévisées japonaises, comme Bioman []
  8. réincarnation tardive du mythique Onyanko Club des années quatre-vingt, le Bishōjo Club 21 puis 31 du nombre de ses membres, n’a jamais été bien productif. Tremplin pour la chanteuse américano-japonaise Arashiro Beni, le club a depuis lors été largement dépassé par une autre chorale de jeunes pouliches, les AKB48, à la discographie plus conséquente []
9 janvier 2008 Aucun commentaire
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  • キューティーハニー THE LIVE
  • Japon 2007.
  • TV Tokyo.
  • Avec Hara Mikie, Misaki Ayame, Takeda Makoto, Yomamoto Shōma, Murakami Kōhei.