Lors de la réunion des anciens de la classe soixante-sept de l’école Hiroseyama, le discret Ureyama Tetsuya retrouve une élève oubliée, Hayase Naoko, femme divorcée revenue au pays pour y ouvrir un bar baptisé Coquille. Une relation va s’ébaucher, Urayama découvrant que la douce Naoko l’a toujours aimé.
Cinéaste quasi-inconnu de nos contrées à part un épisode de la saga Tomie : Forbidden Fruit (en 2002), Nakahara Shun signe avec Coquille [1], un mélodrame infiniment subtil. Une intrigue intelligente se développe, où le moindre petit geste en apparence anodin entrevu au début de l’histoire prendra toute sa valeur au fur et à mesure des révélations sur le passé des personnages, flash-backs s’intégrant harmonieusement dans le scénario.
Car le film va s’attacher à montrer qu’une existence réglée, tranquille comme celle de Urayama, honnête père de famille et heureux en ménage, peut soudainement bifurquer lorsque survient un élément inattendu. Changement sans possibilité de retour en arrière, d’autant qu’il s’agit de sentiment amoureux : impression indélébile d’être passé à côté du vrai bonheur qui met d’autant plus en lumière la morosité de sa vie actuelle. Une vie peut alors se résumer à des hasards malheureux, des rencontres manquées, des passions juvéniles incomprises, des malentendus irréparables. Constat d’une profonde amertume amenant une tristesse qui éclatera lors d’une bouleversante scène finale, laissant le spectateur aussi meurtri que le pauvre Urayama.
Jamais véritablement consommée, la relation Naoko/Tetsuya n’en devient que plus sublimée : sous l’apparente sérénité de la quarantaine, le feu de la passion couve toujours, attisant d’autant des regrets éternels. A la lecture d’un tel sujet, on pouvait craindre un long-métrage larmoyant à souhait. C’est tout le contraire. Loin des surcharges hollywoodiennes, Coquille dévoile une légèreté de style sachant éviter le pathos téléphoné ou la guimauverie lacrymale. A l’image de sa musique discrète mais au fort pouvoir d’évocation. Captant un geste, un regard, une attitude, le cinéaste procède par petites touches sensibles, n’oubliant jamais de resituer cette relation dans son environnement social ou familial. Le climat feutré du bar est admirablement rendu, cadre idéal pour ébaucher une relation qui s’épanouira peu ou prou. Il n’y aura pas de happy-end, pas plus d’ailleurs de dramatisation excessiv e : le morne quotidien reprendra ses droits. Comme dans la vraie vie, c’est tout. Inutile de dire que les deux interprètes principaux, tout aussi ignorés du public occidental que le metteur en scène, sont pourtant exceptionnels dans leur rôles respectifs, l’alchimie de leur couple à l’écran s’avérant particulièrement évidente.
Kobayashi Kaoru, acteur de cinéma et de télévision sera tout aussi excellent la même année dans la comédie fantastique Himitsu. Quant à la sublime Fubuki Jun, elle aussi habituée des plateaux nippons, elle a pas mal tourné pour Kurosawa Kiyoshi, obtenant avec Seance (Kōrei, 1999) un premier rôle mémorable aux côtés de Yakusho Koji dans cette sordide histoire de disparition d’enfant. Dans Coquille, elle est parfaite, et justement récompensée pour sa prestation[2]. Comment ne pas éprouver d’empathie pour de tels personnages, si crédibles, si proches de nous ? S’il fallait trouver une parenté à ce pur mélodrame, la plus évidente serait le tout aussi émouvant et pudique film tourné quasiment la même année par Jin-Ho Hur : Christmas in August. A l’image de ce désormais classique coréen, Coquille mériterait amplement la même reconnaissance, même tardive, du public occidental.
- コキーユ 貝殻
- Japon 1999.
- Shōchiku.
- Avec Kobayashi Kaoru, Fubuki Jun, Masuoka Tōru, Yoshimura Jitsuko…
