Contes D’Une Grand-Mère Cambodgienne

Yveline Féray

Venues du fond des âges, des histoires racontées par un vieil homme pour une audience sous le charme des pays de légendes et de merveilles, où l’homme s’aventure parfois à ses risques et périls ...


Vat Phnom Écrivain amoureuse des cultures asiatiques dont elle a été une documentaliste reconnue [1],Yveline Féray présente une bibliographie singulière : en plus de romans prenant pour thème cette région du monde [2], elle est à l’initiative d’une série de traductions de contes extrême-orientaux [3]. Une manière ludique de partager ses connaissances à travers la réappropriation intelligente de mythologies locales.

Le Cambodge et son imaginaire extrêmement riche, sous influence directe des croyances indiennes : autrement dit un royaume où les dieux visitent régulièrement notre monde, les animaux prennent forme humaine, autant d’aventures racontées par un lok ta [4] devant une assemblée de paysans du cru venus rêver et se détendre après leur dure journée de labeur aux champs. Ici, nul besoin de données temporelles ou géographiques précises, on se contentera du traditionnel préambule « il y a longtemps-longtemps » pour se laisser bercer par ces récits oraux empreints d’une bienveillance teintée d’ironie envers leurs protagonistes. Si la morale est plus ou moins présente , elle est toujours en demi-teinte, s’effaçant volontiers derrière un ultime clin d’œil du narrateur à son auditoire. Les péripéties relèvent d’un légendaire touffu où le nâga, serpent fabuleux aux pouvoirs infinis règne en maître [5], tandis que le dieu Indra intervient lui aussi pour apporter quelques retouches à des destinées terrestres contrariées.

L’écriture simple, prolongement voulu du langage parlé, amène une fluidité bienvenue au texte pour le lecteur lambda un peu perdu face à cette cosmogonie méconnue. Mais les traits d’humour ne manquent pas, la sexualité s’y révèle plus joyeuse et naturelle que dans nos contrées judéo- chrétiennes. Quant aux personnages se succédant au fil des chapitres, ils deviennent vite attachants, en particulier le jeune Thmenh Chey, sorte de Guignol khmer, dont le bon sens et l’espièglerie font tourner en bourrique jusqu’aux puissants du royaume. Finalement, ces Contes D’Une Grand-Mère Cambodgienne représentent une solution facile pour s’évader de nos petits problèmes quotidiens tout en découvrant un pan de littérature authentiquement populaire. Tout le mérite en revient à Yveline Féray qui poursuit là un inlassable travail de découverte et de vulgarisation.

photo Michel Boléchala

Michel Boléchala, le 6 août 2009

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