Hong Sang-Soo et sa manière unique de capter le quotidien de ses personnages, entre observation clinique et ironie discrète.
Le titre français évoque Rohmer, mais le film flirte aussi avec les perspectives à la Jean-Luc Godard. Ou comment, à travers un film dans le film, tenter de s’approcher au plus près de la vraie vie, tout en sachant pertinemment que le résultat obtenu ne sera encore et seulement que du cinéma, un film de plus. L’exercice n’est pas nouveau, mais le brio est incontestable et l’inspiration au rendez-vous : si Hong tourne toujours le dos au moindre glamour pour les scènes de sexe, il saupoudre son histoire d’un humour déconcertant. Ainsi la parfaite tête d’ahuri du héros principal interprété par Kim Sang-gyeong[1] après avoir couché avec l’héroïne, sympathique paumé aux déambulations hasardeuses, ou encore le grand dadais suicidaire (Lee Ki-Woo, vu dans Sad Movie et The Classic) de retour de l’hôpital en taxi, son père tenant encore sa perfusion en l’air. Réputé intellectuel, le rigoureux cinéaste coréen offre là une lumineuse étude des rapports humains, où le pouvoir de fascination des femmes reste intact auprès d’une gent masculine vite à côté de la plaque. La distribution permet de retrouver aussi Uhm Ji-won (The Scarlet Letter) pour une oeuvre finalement assez proche tant dans la forme que dans le fond du remarquable Turning Gate, l’homogénéité de la filmographie du bonhomme n’étant plus à démontrer. Au-delà de zooms intempestifs et de surprenants plans fixes, cette mise en abîme de la propre création de l’auteur bénéficie sans doute d’une construction intelligente, mais possède surtout un charme diffus auquel il est difficile de résister. Du cinéma d’auteur exigeant mais parfaitement accessible voire carrément ludique.
- 극장전
- Corée du Sud 2005.
- MK2.
- Avec Kim Sang-gyeong, Uhm Ji-won et Lee Ki-woo.
